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	<title>Thierry Crouzet</title>
	
	<link>http://blog.tcrouzet.com</link>
	<description>La politique change. Voter n’est plus qu’un engagement parmi d’autres. Dans un monde toujours plus complexe, les partis et les systèmes hiérarchiques pyramidaux n’ont plus leur place. Il faut apprendre à vivre en réseau, à penser global et agir local.</description>
	<lastBuildDate>Thu, 02 Sep 2010 12:42:48 +0000</lastBuildDate>
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		<title>La dangereuse décroissance ou l’inconsistance de Paul Ariès</title>
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		<pubDate>Thu, 02 Sep 2010 12:33:56 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Thierry Crouzet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Dialogue]]></category>
		<category><![CDATA[Alternative nomade]]></category>
		<category><![CDATA[technosphère]]></category>
		<category><![CDATA[une]]></category>

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		<description><![CDATA[Comme les décroissants et les partisans de la simplicité volontaire, je pense que le consumérisme est un des maux qui ronge nôtre société. En revanche, je pense qu’on ne combat pas un mal par la première stratégie venue, celle qui nous vient immédiatement à l’esprit : ne plus consommer. C’est le sujet de L’alternative nomade (version [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://blog.tcrouzet.com/images_tc//2010/09/Phen-Hum-fig.gif"><img src="http://blog.tcrouzet.com/images_tc//2010/09/Phen-Hum-fig-450x311.gif" alt="" title="Le phénomène humain - Complexification" width="450" height="311" class="alignnone size-large wp-image-19051" /></a></p>
<p>Comme les décroissants et les partisans de la simplicité volontaire, je pense que le consumérisme est un des maux qui ronge nôtre société. En revanche, je pense qu’on ne combat pas un mal par la première stratégie venue, celle qui nous vient immédiatement à l’esprit : ne plus consommer.<span id="more-19048"></span></p>
<p>C’est le sujet de <a href="http://blog.tcrouzet.com/alternative-nomade/"><em>L’alternative nomade</em></a> (version 1.1 maintenant disponible). Comme un livre édité numériquement n’est jamais fermé, je continue de le travailler, notamment en essayant de clarifier ma position par rapport aux décroissants. Bien à propos, Stan Jourdan vient de retranscrire <a href="http://www.tetedequenelle.fr/2010/08/paul-aries-decroissance/">une interview de Paul Ariès</a> qui peut me servir de matière première.</p>
<p>Pour Ariès, l’abondance est un mythe. Je digère mal cette proposition. Le soleil nous insuffle continuellement de l’énergie. Elle est en abondance, nous pouvons user de cette abondance encore pour au moins 1 milliard d’années (avant que le soleil ne devienne trop chaud). L’abondance n’est un mythe que si nous sommes nul en technologie (ce qui ne soucie pas Ariès).</p>
<p>Les bonobos baisent à longueur de journée. Les moines prient à longueur de journée. Les intellos lisent à longueur de journée. Nous penchons irrémédiablement vers l’abondance, car la vie découle de l’abondance énergétique (nous n’avons pas d’autre choix que de lutter contre l’entropie). Il serait dangereux de réduire l’abondance à l’abondance matérielle prônée depuis le début de la révolution industrielle. Et puis E=mc<sup>2</sup>. La matière, c’est aussi de l’énergie. Même l’idée que le matérialisme est dangereux ne peut être généralisée (sauf à combattre la technologie).</p>
<p>Que font les moines ? Ils vivent dans la frugalité, mais ils s’adonnent à une consommation spirituelle. Je me sens proche d’Épicure. Que faisait-il dans son jardin ? Il s’adonnait à l’abondance de conversations. Abondance sexuelle, spirituelle, culturelle, sociale, nous succombons au moins à l’une ou à l’autre, je crois qu’il ne peut en être autrement du fait même des mécanismes de la vie.</p>
<p>Je renvoie à la courbe de Teilhard de Chardin, tracée dès les années 1940. Elle indique une croissance exponentielle de la complexité. Avons-nous la puissance de nous arracher à ce processus ? Est-ce même souhaitable ? J’ai pour ma part une curiosité sans fin. Je veux voir ce que cette évolution donnera.</p>
<p>Nous avons longtemps privilégié la complexité matérielle, nous devons un temps réduire cette dernière, sans pour autant renoncer à la complexité en général. Nous sommes faits pour la croissance. Un enfant voudrait-il arrêter de grandir ? Un homme de s’élever spirituellement ?</p>
<blockquote><p>Nous ne sommes pas partisans d’une décroissance à tout va, déclare Ariès. Ce que nous refusons, c’est le culte de la croissance.</p></blockquote>
<p>Il faudrait sans cesse marteler ces paroles pour éviter un glissement sémantique presque inévitable vers un tout décroissant qui pourrait s’avérer dangereux. Combien de décroissants s’opposent à la technologie ? Et de fait, même s’ils ne le souhaitent pas, contre la complexification sociale et, comme je le montre dans mon livre, contre la liberté.</p>
<blockquote><p>Pour nous, il ne faut pas aller chercher la solution à tous les problèmes dans le « toujours plus », ajoute Ariès.</p></blockquote>
<p>Il me semble que le bug se trouve à ce point précis. Nous avons besoin de toujours plus d’énergie pour ne pas nous laisser avaler par l’entropie. L’homme a besoin de toujours plus. Pas forcément d’objets, mais de liens sociaux, d’amis, de connaissances, d’émotions, d’extases, de culture… Chacun son truc. J’estime qu’une solution ne peut passer que par un « plus ». Il faut replacer le « plus matériel » par un autre plus, selon moi un plus de complexité, une complexité qui peut prendre une multitude de formes.</p>
<blockquote><p>On ne peut plus continuer comme auparavant, déclare Ariès Soit on accepte de sauter par dessus le mur sans savoir où l’on va, soit on accepte non pas de revenir en arrière, mais de faire un pas de coté.</p></blockquote>
<p>Je suis d’accord sur le constat. Nous devons changer. Mais, entre sauter au-dessus ou le pas de côté, je ne vois pas de différence. Pour moi, dans les deux cas, nous allons vers l’inconnu. Il n’y a pas moins de danger dans un sens que dans l’autre. Ce n’est pas parce que, par le passé, un mode de vie fonctionnait qu’il peut fonctionner avec une humanité qui tend vers 9 milliards et qui se compose d’hommes et de femmes beaucoup plus libres que par le passé, et qui aspirent à plus de liberté.</p>
<p><a href="http://www.artofgrace.org/goodnews.html"><img src="http://blog.tcrouzet.com/images_tc//2010/09/Freedom_In_World1-450x313.jpg" alt="" title="Freedom in the world" width="450" height="313" class="alignnone size-large wp-image-19052" /></a></p>
<p>Une remarque d’Ariès m’a fait grimacer. Quand le journaliste lui demande où se trouve le centre de gravité de la pensée de la décroissance, il répond Lyon. Croire qu’il existe un centre intellectuel aujoud’hui, ce n’est pas faire un pas de côté, mais un pas en arrière. Partout, nous pensons l’alternative, chacun avec nos outils, chacun avec des approches différentes. Rien que cela implique une croissance, un foisonnement, c’est de cette diversité que viendra la solution non d’une idéologie donnée, et qui plus est localisée.</p>
<p>Ariès semble être contre une politique de l’austérité. Contre le serrage de ceinture. Contre le productivisme qui implique des sacrifices. Tout cela pourquoi sinon pour un plus de bonheur ? Donc pour une croissance, une autre croissance. Ariès affirme que le PIB ne peut plus croître. <a href="http://blog.tcrouzet.com/2006/05/30/croissance-illusoire/">Tout dépend de ce qu’on met dans cette formule.</a></p>
<blockquote><p>Puis la deuxième raison, est que l’on peut reprocher tout ce que l’on veut à la société du toujours plus, à la société de consommation, il faut reconnaître que c’est une société diablement efficace sur le plan anthropologique parce que, je dirais, elle sait susciter nos désirs et les rabattre sur le désir de consommation. Tant qu’on aura pas quelque chose d’aussi fort que le toujours plus à lui opposer, on ne peut pas y arriver. Et à mes yeux il y a un mouvement international qui est en train de se développer pour le partage, pour la gratuité.</p></blockquote>
<p>Justement, cette nouvelle société du don n’est pas décroissante. Elle invente sans cesse, elle innove, elle participe à la croissance de la complexité. Quand Sarkozy pousse Hadopi, c’est pour lutter contre cette société, c’est pour empêcher la complexité d’exploser. Sarkozy est un décroissant, un partisan du monde de la rareté. Il a tout intérêt à ce que les choses ne bougent pas. Il ne veut pas plus d’un pas de côté que d’un saut. Il veut que le monde reste tel quel pour en rester le roi. La décroissance le servirait même, car il maîtrise la vieille logique de la simplicité (c’est-à-dire la dictature).</p>
<p>Ariès est contre la croissance économique, contre l’argent au pouvoir, ce qui le fait mettre en doute les nouvelles technos. Mais il ne propose aucune solution pour sortir de ce paradigme du fric. Il ne propose pas un modèle plus puissant que le consumérisme. L’ascétisme n’a jamais séduit qu’une petite part de l’humanité. Et c’est peut-être parce que je suis un peu ascète que je le comprends. La modération épicurienne a toujours été réservée à une minorité. Par quel miracle se propagerait-elle aujourd’hui ? Nous sommes encore trop loin de la catastrophe pour qu’elle s’impose et, quand la catastrophe surviendra, il sera trop tard. Il faut proposer autre chose de séduisant, dès aujourd’hui. C’est pour cette raison que je prône la complexité volontaire, qui implique le nomadisme, qui, par effet de bord, pousse à se détourner du consumérisme et du fric. En aucun cas, je ne fais de ces conséquences un objectif direct. Mon objectif reste dans le plus, le plus de liens, le plus de bonheur, et tout le reste en découle.</p>
<p>En fait, j’ai une opposition de méthode avec Ariès, plus que de fond.</p>
<blockquote><p>Nous ce que l’on prône, c’est le local sans les murs, nous ce que l’on veut ce n’est pas défendre des identités définies de façon essentialiste, c’est défendre des cultures, des cultures populaires, des cultures régionales, parce que défendre des cultures, c’est dire que l’on ne veut pas d’un monde standardisé, homogénéisé. Et c’est quand, en prenant appuis sur cette diversité que l’on pourra échapper à la logique du toujours plus.</p></blockquote>
<p>J’approuve bien sûr. Mais cette diversité doit sans cesse croitre, elle ne peut être statique, c’est sa seule chance de survie à travers ce que j’appelle dans mon livre les TIZ.</p>
<blockquote><p>Mais je crois que nous partageons quelque chose avec les militants d’extrême droite, c’est la détestation de ce monde, mais en revanche on ne partage pas le même modèle de société pour le futur.</p></blockquote>
<p>Moi, j’aime notre monde, nous vivons une époque bouleversante, une époque incroyable, avec des tonnes de défis, aussi des espoirs immenses. Je ne partage rien avec l’extrême droite.</p>
<blockquote><p>Donc le discours de la décroissance c’est aussi un discours pour dire : il faut remettre la mort au centre de la vie, et il faut remettre nos faiblesses et les faibles au cœur de la cité.</p></blockquote>
<p>Dès <a href="http://blog.tcrouzet.com/le-peuple-des-connecteurs/"><em>Le peuple des connecteurs</em></a>, je me suis insurgé contre une telle vision. La mort est notre ennemi, nous devons la combattre jusqu’au bout. Chaque fois que je vois quelqu’un disparaître, peu importe son âge, je me dis que c’est du gâchis. Je m’insurge contre toutes les fatalités. Ariès a peur du transhumanisme, moi je l’accepte. Je porte des lunettes. Si demain j’ai un arrêt cardiaque, j’accepterai un pacemaker. J’accepte les vaccins. J’ai l’espoir que tout cela soit offert en partage à tous.</p>
<p>Quelques points d’accord avant le plus grand désaccord :</p>
<ol>
<li>Refus d’une gouvernance mondiale.
<li>Prise en compte des limites.
<li>Besoin de lois d’un genre nouveau.
<li>« Je crois qu’une société s’invente toujours dans ses marges et dans ses franges. »
<li>Dégoût pour les entreprises capitalistes.
<li>Nécessité d’un dividende universel, mais Ariès devrait vite <a href="http://www.creationmonetaire.info/">lire Galuel</a> (parce qu’un revenu maximal n’est pas nécessaire).
<li>« Moins de biens, mais plus de liens. » Mais alors pourquoi parler de décroissance, c’est absurde. C’est cela même qu’il faut mettre en avant, montrer que le bonheur se trouve dans cette direction. La décroissance matérielle s’effectue alors automatiquement. Plus de liens, c’est plus de complexité.
</ol>
<p>Le problème chez Ariès, comme chez beaucoup de politiciens, c’est de s’intéresser à ce que devraient faire les masses (décroître), et ils oublient trop souvent ce qu’ils devraient faire eux-mêmes (se lier). Alors Ariès parle de la décroissance, un résultat global, plutôt que de parler de liens, de la mécanique quotidienne que nous pouvons tous mettre en œuvre à notre niveau. Cela conduit à des dissonances :</p>
<blockquote><p>À mes yeux, la gratuité c’est la seule chance si l’on veut effectivement avoir un discours suffisamment fort pour s’opposer à cette société du toujours plus</p></blockquote>
<p>Dit un homme qui ne distribue pas gratuitement ses textes (<a href="http://blog.tcrouzet.com/2010/02/05/trop-tard-pour-la-revolution/">c’est pas la première fois que je dénonce cette incohérence chez Ariès</a>). Je n’ai rien contre l’idée que ses livres soient aussi payants, mais leur gratuité en ligne ne s’impose-t-elle pas ? N’est-il pas temps de faire ce que nous prônons ? Ne serait-ce pas le début d’une nouvelle société, une société post-démocratique car il est bien connu que nos élus ne font jamais ce pourquoi ils ont été élus ?</p>
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		<title>Mon ami Arash Derambarsh</title>
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		<pubDate>Mon, 30 Aug 2010 14:51:37 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Thierry Crouzet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Dialogue]]></category>
		<category><![CDATA[édition]]></category>
		<category><![CDATA[une]]></category>

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		<description><![CDATA[À Ouessant, j’ai rencontré Arash Derambarsh. Vous vous souvenez peut-être, c’est l’ancien Président de Facebook. Ce bientôt avocat tient un blog. Il m’a demandé de linker vers lui, mais comme Google n’aime plus les listes de liens, je n’ai pas d’autre choix que d’écrire un article. Je n’ai jamais autant dit bonjour de ma vie [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://blog.tcrouzet.com/images_tc//2010/08/4447768974_f77e964d781.jpg" alt="" title="Arash Derambarsh " width="400" height="273" class="alignnone size-full wp-image-18978" /></p>
<p>À Ouessant, j’ai rencontré Arash Derambarsh. Vous vous souvenez peut-être, c’est l’ancien Président de Facebook. Ce bientôt avocat tient <a href="http://arashderambarsh.blogspot.com/">un blog</a>. Il m’a demandé de linker vers lui, mais comme Google n’aime plus les listes de liens, je n’ai pas d’autre choix que d’écrire un article.<span id="more-18977"></span></p>
<p>Je n’ai jamais autant dit bonjour de ma vie qu’en traversant le village de Lampaul avec Arash. J’avais l’impression d’accompagner le Président de la République. Il s’avançait vers les passants, leur tendait la main avec énergie. Je ne pouvais m’empêcher de penser à un Chirac en campagne.</p>
<p>Au bar où nous avons atterri, Arash m’a montré sur son téléphone les extraits des émissions de TV où il était passé. J’avais beau lui dire que je ne regardais pas la TV, il m’a posé des questions sur les gens qui passent à la TV. Moi, je lui parlais de cette autre politique qui me tient à cœur et se joue loin de la surface.</p>
<p>Mais nous étions attendus. Arash embrasse la patronne comme s’il la connaissait depuis des années et nous décampons vers le Salon du livre insulaire, à pas vifs entrecoupés de serrages de pogne. Il va sans dire qu’on n’a pas beaucoup parlé d’édition. On aurait dû pourtant. On était à Ouessant pour ça.</p>
<p>Je vous annonce tout de même un scoop : Arash m’éditera prochainement aux Éditions du Cherche-Midi où il est directeur de collection. Bon, ce n’est pas encore signé. Mais j’ai une idée marketing : sortir en papier, et en même temps, trois de mes textes : <a href="http://blog.tcrouzet.com/id/"><em>J’ai eu l’idée</em></a> (pour le côté littéraire, un peu tard pour le Goncourt de cette année), <a href="http://blog.tcrouzet.com/alternative-nomade/"><em>L’alternative nomade</em></a> (pour le côté politique), <a href="http://blog.tcrouzet.com/croisade/"><em>Croisade</em></a> (pour le côté détente). Ça ne serait pas un beau coup ? Détourner un chantre du numérique du tout électronique. <a href="http://ple-consulting.blogspot.com/2010/08/retour-douessant-pandemie-apple.html">Ça ferait plaisir à Lorenzo Soccavo.</a></p>
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		<title>Démographie implique démocratie</title>
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		<comments>http://blog.tcrouzet.com/2010/08/29/surpopulation-implique-democratie/#comments</comments>
		<pubDate>Sun, 29 Aug 2010 16:50:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Thierry Crouzet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Dialogue]]></category>
		<category><![CDATA[Alternative nomade]]></category>
		<category><![CDATA[Complexité]]></category>
		<category><![CDATA[une]]></category>

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		<description><![CDATA[Au cours des vacances, sans doute sur les cimes pyrénéennes, j’ai eu l’intuition que la démocratie était une conséquence de la complexité. Elle apparaît parce qu’il faut plus de liberté individuelle pour gérer la complexité. J’avais pratiquement effectué cette démonstration dans L’alternative nomade sans la pousser à bout. Ce matin, j’ai comparé l’évolution de la [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://blog.tcrouzet.com/images_tc//2010/08/demopop.png"><img src="http://blog.tcrouzet.com/images_tc//2010/08/demopop-380x450.png" alt="" title="Population vs Démocraties" width="380" height="450" class="alignnone size-large wp-image-18938" /></a></p>
<p>Au cours des vacances, sans doute sur les cimes pyrénéennes, j’ai eu l’intuition que la démocratie était une conséquence de la complexité. Elle apparaît parce qu’il faut plus de liberté individuelle pour gérer la complexité. J’avais pratiquement effectué cette démonstration dans <a href="http://blog.tcrouzet.com/alternative-nomade/"><em>L’alternative nomade</em></a> sans la pousser à bout.<span id="more-18937"></span></p>
<p>Ce matin, j’ai comparé l’évolution de la population mondiale et l’évolution du nombre de démocraties, <a href="http://schools-wikipedia.org/images/515/51583.png.htm">celles avec un indice Polity supérieur à 8</a>, c’est-à-dire où la liberté est maximisée. La corrélation ne me surprend pas. Dans la nouvelle version de mon livre (pas encore en ligne), je démontre qu’il ne s’agit pas d’une coïncidence .</p>
<p>J’insisterai sur les dangers de parler de décroissance ou de simplicité. Si la courbe de population, ainsi que toutes les celles qui signent la complexification (longévité, production d’information, échange d’information, innovation…), venaient à décroître, nous tendrions dangereusement vers la dictature.</p>
<p>Les Khmers verts ont déjà été stigmatisés. Je crois que tous les partisans de la simplicité volontaire et de la frugalité doivent revoir leur vocabulaire. Je vais m’attacher à relire leurs discours, à traquer les glissements sémantiques à mon sens dangereux.</p>
<p>Je suis en train de me dire que je devrais titrer mon livre <em>La complexité volontaire</em> (sous-titre actuel) plutôt que <em>L’alternative nomade</em>. Le nomadisme sur le graphe social est la conséquence de la complexité volontaire, je n’en parle qu’à partir du milieu du livre. Tout commence avec l’explosion de la complexité et la nécessité de nous y adapter (on voit ce que deviennent les populations des pays surpeuplés incapables d’instaurer la démocratie).</p>
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		<title>I’m the media</title>
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		<pubDate>Sat, 28 Aug 2010 08:34:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Thierry Crouzet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Dialogue]]></category>
		<category><![CDATA[Critique]]></category>
		<category><![CDATA[une]]></category>

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		<description><![CDATA[Depuis le 31 mai dernier et sa diffusion intégrale en ligne, je dois voir I’m the media, le film de Benjamin Rassat. Pourquoi ai-je attendu hier soir pour le visionner ? Tout simplement parce que depuis cette date, je n’ai pas regardé le moindre film, pas la moindre vidéo. La lecture et l’interaction, dans la chair [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://blog.tcrouzet.com/images_tc//2010/08/benjamin-rassat-interview-screen-capture1.jpg"><img src="http://blog.tcrouzet.com/images_tc//2010/08/benjamin-rassat-interview-screen-capture1-450x287.jpg" alt="" title="Benjamin Rassat dans I&#039;m the media" width="450" height="287" class="alignnone size-large wp-image-18886" /></a></p>
<p>Depuis le 31 mai dernier et sa diffusion intégrale en ligne, je dois voir <a href="http://www.iamthemedia.tv/"><em>I’m the media</em></a>, le film de Benjamin Rassat. Pourquoi ai-je attendu hier soir pour le visionner ? Tout simplement parce que depuis cette date, je n’ai pas regardé le moindre film, pas la moindre vidéo. La lecture et l’interaction, dans la chair ou en ligne, m’accaparent.<span id="more-18884"></span></p>
<p>Comment Benjamin aurait-il pu traiter du narcissisme en ligne sans se moquer de lui-même et de devenir le principal interviewé du documentaire ? Cette mise en abîme a pour effet de rendre un peu plus ridicules les autres interviewés, excepté <a href="http://blog.ehrmann.org/">Thierry Ehrmann</a> que j’ai trouvé sympathique. Et sans la présence de Benjamin dans son film, nous aurions été privés d’un final hilarant. Pour moi, la véritable histoire commence à ce moment, j’aurais aimé que Benjamin nous entraîne dans un délire encore plus total, extravagant. J’en avais besoin après avoir vu des personnalités presque pitoyables, tel Robert Scoble, qui expose son obésité satisfaite et déblatère des banalités.</p>
<p>Je vous fais une prédiction. Le jour qui viendra assurément où les internautes se désintéresseront de Scoble, il finira par se filmer en train de chier. Ils le feront tous. Ils sont prêts à tout pour attirer l’attention, même aux pires abjections. Comme ils manquent de culture, ils ne savent pas qu’Hervé Guibert s’est déjà filmé en train de tenter de se suicider, puis en train de mourir. Dans cette veine de l’exposition de soi, vous n’irez jamais plus loin que lui ; sinon à l’égaler dans le morbide. Mais lui écrivait merveilleusement !</p>
<p>Je n’ai pu m’empêcher de penser à mon propre narcissisme. Isabelle m’a fait remarquer que, plus jeune, j’étais trouble, je n’étais pas au point, comme une image qui se divise en plusieurs facettes. J’occupais au moins les trois extrémités d’un triangle.</p>
<ol>
<li>Il y avait en moi celui qui se voulait écrivain et qui écrivait.
<li>Il y avait celui qui regardait sans cesse l’écrivain comme narcisse se regardant lui-même.
<li>Il y avait celui qui regardait les autres écrivains et qui dialoguait avec eux.
</ol>
<p>Il me semble qu’aujourd’hui ces trois pôles ont fusionné. Je n’ai plus besoin d’interroger mon écriture, de l’analyser, de la comparer aux autres, de me comparer à eux et de chercher dans leur regard la preuve de mon existence. J’ai peut-être dépassé l’étape narcissique. N’est-ce pas une condition préliminaire avant de devenir auteur ? Faire une mise au point. Se focaliser. Alors plus rien ne nous est interdit.</p>
<p>Mais suis-je guéri puisque j’éprouve le besoin de parler de moi pour parler d’un film que je viens de voir ? Comme le dit Benjamin, une dose de narcissisme reste nécessaire, ne serait-ce que pour nier l’impossible objectivité.</p>
<p>Mais entre une dose et une overdose, mon cœur chavire. Les narcissiques filmés par Benjamin me sont apparus comme des êtres limités et incomplets, qui cherchent leur point de focalisation. Je n’ai éprouvé aucune envie de les connaître mieux. À force de vouloir tout montrer, ils nous démontrent leur vide intérieur, presque vertigineux.</p>
<p>L’ouverture qui nous permet de publier en ligne ce qui nous passe par la tête a un prix. Des gens diffusent leur vide, ils font du vide avec du vide, ils occupent l’espace avec leurs rien plutôt que de chercher à bâtir des œuvres. Pour les encourager, des spectateurs fainéants se passionnent par millions pour ces vides qui ressemblent aux leurs, et les écrivains qui connaissent le succès reprennent ce truc, le vide nous emporte au point que nous pourrions tous être tenté d’y succomber. Alors nous devons arpenter d’autres régions, nous tenir éloignés de ces trous noirs et ne pas succomber à leur attraction.</p>
<h3>Notes</h3>
<ol>
<li>Benjamin évoque Steve Jobs et le lancement du Mac en 1984. IBM était comparé au dictateur d’Orwell. Un quart de siècle plus tard, Steve Jobs s’est lui-même glissé dans la peau du dictateur, avec la volonté d’enfermer Internet dans ses appareils, installant partout de péages et des postes de douanes. Voici où conduit le narcissisme.
<li>Quand Benjamin réalise son film, Loïc Le Meur lançait Seesmic, alors un service de forum vidéo. Loïc croyait que les vidéos remplaceraient les posts sur les blogs, que tout le monde déballerait sa vie au quotidien, il s’appliquait à lui-même la règle qu’il espérait que le plus grand nombre embrasserait. Aujourd’hui, Seesmic est devenu une interface aux réseaux sociaux (et j’aurais du mal à m’en passer) et Loïc publie moins de vidéos. Le narcissisme est devenu une technique marketing.
</ol>
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		<title>Croisade en filigrane</title>
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		<pubDate>Fri, 27 Aug 2010 14:59:22 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Thierry Crouzet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Brèves]]></category>
		<category><![CDATA[Twiller]]></category>

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		<description><![CDATA[Les Canadiens lancent un service pour que les élèves du secondaire puissent se créer un répertoire culturel personnalisé. Un extrait de Croisade se retrouve en fond de la page d’accueil à côté d’une citation de Barthes ! J’en profite pour mettre en ligne la dernière version des cinq premiers chapitres du roman, suite aux multiples corrections [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://blog.tcrouzet.com/images_tc//2010/08/croisade.png"><img src="http://blog.tcrouzet.com/images_tc//2010/08/croisade-450x329.png" alt="" title="Croisade" width="450" height="329" class="alignnone size-large wp-image-18866" /></a></p>
<p>Les Canadiens lancent un service pour que les élèves du secondaire puissent se créer un répertoire culturel personnalisé. Un extrait de <a href="http://blog.tcrouzet.com/croisade/"><em>Croisade</em></a> se retrouve en fond de la page d’accueil à côté d’une citation de Barthes ! J’en profite pour mettre en ligne la dernière version des cinq premiers chapitres du roman, suite aux multiples corrections effectuées par Ayerdhal. En septembre, je proposerai le manuscrit finalisé à quelques éditeurs papier.</p>
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		<title>Suis-je grand public ?</title>
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		<pubDate>Fri, 27 Aug 2010 10:35:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Thierry Crouzet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Dialogue]]></category>
		<category><![CDATA[écriture]]></category>

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		<description><![CDATA[On dirait que parce que je parle de roman de gare ou d’écriture coopérative, j’ai renié la littérature. Dans le même temps, des commentateurs viennent m’insulter et m’accuser de faire de la masturbation intellectuelle. Pas simple ! Difficile d’être consensuel et d’écrire pour tous les publics en même temps. Qu’est-ce qui empêche de mener plusieurs projets [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>On dirait que parce que <a href="http://blog.tcrouzet.com/2010/08/25/pour-une-litterature-de-gare/">je parle de roman de gare ou d’écriture coopérative</a>, j’ai renié la littérature. Dans le même temps, des commentateurs viennent m’insulter et <a href="http://blog.tcrouzet.com/2010/08/26/vers-une-ecriture-sans-litterature/#comment-80469">m’accuser de faire de la masturbation intellectuelle</a>. Pas simple ! Difficile d’être consensuel et d’écrire pour tous les publics en même temps.<span id="more-18831"></span></p>
<p>Qu’est-ce qui empêche de mener plusieurs projets de front ? Certains littéraires, d’autres moins. Nombre de réactions me laissent supposer que l’on ne peut faire qu’une chose à la fois, que s’adonner à un seul genre à la fois. Je crois, au contraire, qu’il est nécessaire de déployer son écriture dans des directions antagonistes (surtout si on a le temps et la force de travail nécessaire).</p>
<p>J’ai envie de…</p>
<ol>
<li>Continuer ce blog masturbatoire.
<li>Poursuivre mon exploration de la littérature populaire entamée avec <em>Croisade</em>.
<li>Écrire de nouveaux essais et pamphlets (mais j’ai besoin d’une pause).
<li>Expérimenter l’écriture coopérative grâce aux mécanismes du jeu de rôle (parce que jouer est un plaisir).
<li>Appliquer <a href="http://blog.tcrouzet.com/la-strategie-du-cyborg/"><em>La stratégie du cyborg</em></a> pour un roman ou <a href="http://blog.tcrouzet.com/2010/04/18/hypothese-ouranos/">un documentaire fictif</a> (il ne s’agit pas d’écriture collective mais d’une écriture augmentée).
<li>Pourquoi ne pas m’essayer au théâtre.
<li>Ne pas oublier mon vieux projet littéraire, mes carnets conçus comme une œuvre en soi et non seulement comme un journal.
</ol>
<p>Rien ne m’empêche de creuser chacun de ces sillons qui peuvent se nourrir les uns les autres sans nécessairement se croiser, tout en développant cette forme nouvelle qu’est le blog.</p>
<p>J’ai terminé cette année trois textes, <a href="http://blog.tcrouzet.com/croisade/"><em>Croisade</em></a>, <a href="http://blog.tcrouzet.com/id/"><em>J’ai eu l’idée</em></a> (il faut qu’avec François Bon on publie la version finale sur publie.net) et <a href="http://blog.tcrouzet.com/alternative-nomade/"><em>L’alternative nomade</em></a>, avec en annexe <a href="http://blog.tcrouzet.com/propulseurs-dans-le-flux/"><em>Propulseurs dans le flux</em></a>. Un roman populaire, une collection d’aphorismes, deux essais.</p>
<p>Pour un éditeur traditionnel, cet éparpillement est suspect. Impossible de me présenter ni comme un romancier, ni comme un essayiste, ni comme un poète (dans quelle autre catégorie ranger <em>J’ai eu l’idée</em> ?), d’autant que je ne revendique aucune de ces appellations. Je ne veux pas m’enfermer dans une case. C’est là que le numérique joue un rôle et peu faire péter les frontières, à nous de ne pas réinventer les anciens clivages comme cette opposition populaire/littéraire.</p>
<p>Quand je lis Simenon, je le trouve populaire et littéraire. J’ai toujours considéré Lovecraft comme littéraire alors que, quand je le lisais, il y a 25 ans, il était encore considéré par beaucoup comme populaire. C’est un peu comme avec la musique, je ne mets pas Bach au-dessus des Clash (Bach était d’ailleurs populaire en son temps). Quand François Bon écrit sur Hendrix, il s’intéresse à ce que certains sourds pourraient prendre pour de la musique de supermarché.</p>
<p>Surtout, ne nous enfermons pas. Ne réinventons pas des églises. Continuons à nous engueuler, à nous rencontrer, à nous lire, à nous retrouver. Et n’oublions jamais de dire ce que nous pensons.</p>
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		<title>Vers une écriture sans littérature ?</title>
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		<pubDate>Thu, 26 Aug 2010 08:01:47 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Thierry Crouzet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Dialogue]]></category>
		<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<category><![CDATA[une]]></category>

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		<description><![CDATA[Ce n’est pas parce que nous avons une conscience littéraire que nous produisons de la littérature. Il ne suffit pas de se vouloir littéraire pour l’être. Cette conscience a même le don de paralyser nombre d’auteurs, de leur faire regarder leurs phrases jusqu’à ce qu’ils soient incapables d’en produire une de supportable. Tout peut être [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://blog.tcrouzet.com/images_tc//2010/08/3032193121_b5291ac831_b1-450x263.jpg" alt="" title="The mountain (flickr.com/photos/papalars/3032193121/)" width="450" height="263" class="alignnone size-large wp-image-18799" /><br />
Ce n’est pas parce que nous avons une conscience littéraire que nous produisons de la littérature. Il ne suffit pas de se vouloir littéraire pour l’être. Cette conscience a même le don de paralyser nombre d’auteurs, de leur faire regarder leurs phrases jusqu’à ce qu’ils soient incapables d’en produire une de supportable.<span id="more-18796"></span></p>
<p>Tout peut être littéraire. <a href="http://blog.tcrouzet.com/2010/08/25/pour-une-litterature-de-gare/">Écrire un roman populaire peut-être un projet littéraire</a>. La littérature en soi n’existe pas. Un texte devient littéraire après coup. Ce n’est pas l’auteur qui le décide, mais ses successeurs. La littérature ne se limite pas à l’alignement de belles phrases. Qu’est-ce qu’une belle phrase ?</p>
<p>Un auteur est littéraire quand il dit des choses qui lui sont propres d’une façon qui lui est propre (cela implique une esthétique, une politique, une philosophie… bien des champs à définir). C’est tout le contraire d’un journaliste, qui pourtant lui aussi écrit, et qui peut le faire fort bien, prouvant que l’écriture peut être non littéraire.</p>
<p>Se vouloir littéraire, c’est se vouloir dans l’histoire, déjà un personnage historique. Gombrowicz disait que tous les génies se considèrent géniaux. C’est une condition nécessaire, rien de plus. Il ne faut pas la prendre au sérieux, sinon on frôle le ridicule.</p>
<p>Se vouloir littéraire est donc pour moi suspect. On peut en rire avec les amis, je ne m’en prive pas, mais, après, il faut bosser en négligeant tout ce bazar. On oublie les autres écrivains, on le devient soi-même, on porte sa forme, on l’exprime en tous sens… et on accède peut-être à la littérature (en tant qu’antiessentialiste je ne sais pas trop ce que ça peut être).</p>
<p>C’est comme avec le sexe. Plus on parle de littérature, moins on est littéraire. On devient prof de français (c’est parfois un reproche que j’ai pu faire à Gracq en le lisant, même si je l’admire – d’autant qu’il vivait dans un autre siècle). Les écrivains ne sont pas des profs, mais des faiseurs. Toute écriture doit intégrer la littérature des autres pour s’en débarrasser.</p>
<p>Me voilà devenu professeur à mon tour. Je me déteste quand j’écris avec ce ton. En vérité, je cherche à vous raconter mon parcours. J’aurais mieux fait de vous raconter ma vie de scribouillard. La vie parle mieux que la théorie.</p>
<p>J’ai voulu pendant des années faire littéraire. J’ai tenté des expériences en tout sens, d’<a href="http://blog.tcrouzet.com/equinoxe-automne/"><em>Équinoxe d’automne</em></a> en passant par <a href="http://blog.tcrouzet.com/genius-locus/"><em>Genius Locus</em></a> jusqu’à <a href="http://blog.tcrouzet.com/turista/"><em>Turista</em></a>, et bien d’autres textes que je n’ai pas mis à jour. J’ai peu à peu cessé de me regarder écrire, j’ai écrit ce qui me venait, à ma façon, sans chercher ma place par rapport à mes prédécesseurs. C’est ainsi que j’ai abouti au blog, à cette forme libre entre toutes, et j’ai envie de poursuivre cette expérience, sous toutes les formes, même hors du blog.</p>
<p>Quand Isabelle me relit, elle coupe les phrases qui sonnent trop littéraires et qui dissonent chez moi (je devrais vous donner un exemple… mais comment retrouver ce qui a été jeté). Elle me pousse à être davantage moi-même et à moins ressembler aux sculpteurs de phrases qui oublient de démonter leur échafaudage après leurs travaux de rafistolage. Je n’ai jamais dit qu’il ne fallait pas travailler son écriture, je dénonce juste le travail qui se voit, les ajouts qui se voient, les substitutions qui se voient. Le repenti trop visible me fait mal. J’aime la métaphore du tennis. Je déteste les écrivains qui ressemblent à Yvan Lendl. Je préfère les John McEnroe.</p>
<p>Pour moi, il n’y a pas de genres inférieurs. Je respecte les auteurs de bestsellers, ne serait-ce que parce que je suis incapable de les imiter. Si leur art est facile, pourquoi ne prendrions-nous pas quelques semaines pour nous y exercer et nous remplir les poches ? Nous consacrerions le reste de notre vie à la littérature.</p>
<p>En vérité, rien n’est simple. Faire du vide avec du vide est un art qui m’échappe et que le public aujourd’hui adore. Je le regrette, mais je ne sais le satisfaire. Je peux maudire ce public, je peux haïr ces écrivains complaisants, mais je suis obligé de leur reconnaître un talent.</p>
<p>Nous devrions nous passionner pour les genres populaires ou datés. Notre but pourrait être d’en faire des genres majeurs. C’est le seul défi devant nous. De toujours renouveler la littérature, là où les dits littéraires d’un temps n’y pensent pas, n’y voient aucune possibilité.</p>
<blockquote><p>Les phrases sont aussi des histoires, me répond  <a href="http://twitter.com/angkhistrophon/status/22082728024">Angkhistrophon</a> sur Twitter.</p></blockquote>
<p>C’est tout l’objet du <em>Nouveau Roman</em>, faire de l’écriture même le sujet de l’écriture. J’ai joué à ce jeu, dans <em>Genius Locus</em> faisant d’une île l’héroïne de mon écriture, sans doute sous l’influence de <em>Triptyque</em> de Claude Simon. Toujours, les mots en eux-mêmes racontent une histoire, mais croyez-vous que ce soit aujourd’hui suffisant ? Je dis bien aujourd’hui. Nous avons un monde à reconstruire. Nous devons utiliser toutes nos armes, n’en négliger aucune, travailler le fond et la forme, sans nuance.</p>
<p>Je n’aime que les écrivains de combat. Proust se bat pour une vision de l’art, pour l’acceptation des préférences sexuelles, pour la disparition du temps, pour un art de vivre. Il m’a changé. Les écrivains de science-fiction que j’aime dénoncent et proposent (des écrivains trop peu lus par les littéraires français – sauf Houellebecq, est-ce un hasard ?). Puis il y a tous les autres, qui ne souhaitent que divertir ces lecteurs qui ne cherchent qu’à s’évader. Stop. Je lis pour me changer, j’écris pour me changer… et peut-être changer un bout du monde. Tel est pour moi le but de la littérature, peu importe les formes employées pour l’atteindre.</p>
<p>Privilégier le style, la structure, les idées, la psychologie, la philosophie, la politique, n’a aucun sens pour moi. Nous devons nous déployer dans toutes les directions. Écrire mieux que mal est nécessaire, ce n’est qu’une des conditions pour devenir écrivain. Trop des nôtres voudraient se contenter d’exceller dans une catégorie. Je préfère toucher à toutes, car toutes ont été définies par le passé, et celles qui compteront demain restent à façonner.</p>
<h3>Notes</h3>
<ol>
<li><a href="http://twitter.com/fbon/status/22080796278">François Bon a inspiré le titre de ce billet</a>.
<li>Je devrais trouver des échafaudages trop visibles chez mes contemporains. Mais on peut les retrouver chez des écrivains presque canonisés, même chez ces <em>Nouveaux Romanciers</em> que j’ai pourtant beaucoup lus et que je ne renie pas.
<li>Je vous parle de ma position, de ce qu’est pour moi un écrivain littéraire aujourd’hui. Je ne renonce pas à la littérature, mais j’estime que nous pouvons en déplacer le champ. C’est ce que nous faisons tous les jours avec le blog.
<li>Je n’ai rien contre le lyrisme, j’aime parfois m’envoler.
<li>Mon blog est-il littéraire ? Croyez-vous que je me sois un jour posé la question ? Je me fiche de la réponse. J’écris, je combats, j’expérimente, je vis et ne me repentis pas.
<li><a href="http://www.liminaire.fr/spip.php?article667">Je lis ce matin une réponse de Pierre Ménard.</a> D’une certaine façon, concernant les ateliers d’écriture, j’ai déjà répondu avec <a href="http://blog.tcrouzet.com/la-strategie-du-cyborg/"><em>La stratégie du Cyborg</em></a>. Comme toujours, il n’existe pas une façon de faire, une technique indépassable, de nouvelles voies se révèlent sans cesse.
<li>Un écrivain doit s’essayer à tous les genres, c’est le meilleur atelier d’écriture que je connaisse. Plus des genres sont méprisés, plus il est de notre devoir de les élever à la hauteur du grand art. Les littéraires pour moi sont ceux qui méprisent et qui classent les livres en genres supérieurs ou mineurs. Pour cette raison, je ne veux pas me définir comme littéraire. Je me bats contre toutes les classifications, contre toutes les hiérarchies, dans la littérature comme ailleurs. Je suis pour faire exploser ce fatras au profit de structures réticulaires, où c’est l’interdépendance entre les possibles qui domine. Chaque œuvre est alors un chemin dans le réseau, <a href="http://www.amazon.fr/Chant-pistes-Bruce-Chatwin/dp/2253054771/ref=sr_1_1">un chant des pistes</a>.
<li>J’ai déjà écrit sur la fonction prescriptive de la littérature dans <em>Le peuple des connecteurs</em>. J’y montre comme les auteurs cyberpunk ont inspiré les créateurs du Web. Est-ce une littérature insignifiante ? Je ne le pense pas. Proust a autant changé ma vie que Gibson. Je ne dispose d’aucun autre critère d’évaluation d’un auteur que son influence sur moi. Il n’existe aucun référent absolu. La littérature, c’est ma littérature. C’est pour ça que je peux en parler.
</ol>
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		<title>Pour une littérature de gare</title>
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		<comments>http://blog.tcrouzet.com/2010/08/25/pour-une-litterature-de-gare/#comments</comments>
		<pubDate>Wed, 25 Aug 2010 07:53:52 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Thierry Crouzet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Dialogue]]></category>
		<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<category><![CDATA[une]]></category>

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		<description><![CDATA[Je n’ai jamais participé à un atelier d’écriture, sinon ici même sur ce blog au quotidien depuis cinq ans, ou lorsque j’ai écrit Croisade. M’est venue l’idée d’un atelier physique, en face à face, autour d’une table. Le but : écrire une histoire, avec des paysages, des courses poursuites, des personnages drôles ou terriblement méchants, du [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://blog.tcrouzet.com/images_tc//2010/08/1332176457_f39d84c3081-450x245.jpg" alt="" title="Panoramique Hall Gare Bruxelles Centrale (flickr.com/photos/criminologue/1332176457/sizes/m/in/photostream/)" width="450" height="245" class="alignnone size-large wp-image-18754" /></p>
<p>Je n’ai jamais participé à un atelier d’écriture, sinon ici même sur ce blog au quotidien depuis cinq ans, ou lorsque j’ai écrit <a href="http://blog.tcrouzet.com/croisade/"><em>Croisade</em></a>. M’est venue l’idée d’un atelier physique, en face à face, autour d’une table. Le but : écrire une histoire, avec des paysages, des courses poursuites, des personnages drôles ou terriblement méchants, du mystère et des rêves pour nos propres vies.<span id="more-18752"></span></p>
<p>L’auto-fiction me fatigue. L’écriture pour l’écriture, cette écriture qui se regarde, qui révèle la souffrance de l’écrivain, révèle aussi son vide cérébral et son manque de talent naturel. Que l’écriture serve de thérapie, c’est une chose, mais les lecteurs n’ont pas à cautionner ce déballage. L’esthétisme pour l’esthétisme me laisse deviner un manque de sens esthétique. Notre époque qui invente des lendemains incertains a plus qu’une autre besoin d’histoires pour anticiper tous les possibles, pour nous y préparer, pour nous donner envie de construire dans une direction plutôt qu’une autre (il va s’en dire que je ne goûte pas les serial killers).</p>
<p>L’écrivain doit devenir prescripteur. Nous ne sommes plus au vingtième siècle. Alors, plus nous nous retournerons vers ce siècle, plus les écrivains négligés se révèleront. Ce ne sera plus Proust le grand génie, mais Asimov, ou Herbert, ou Simak. Ils étaient, en leur temps, déjà en train de nous aider, de nous préparer à bâtir notre avenir.</p>
<p>J’imagine un atelier d’écriture dans cette perspective. Jeter la littérature pour la littérature et démultiplier ensemble notre puissance à imaginer des histoires positives. Avis aux amateurs. Si vous organisez un festival dans la planète littéraire, un séminaire, je ne sais pas trop quoi, faites-moi signe. Je suis partant.</p>
<p>J’aimerais reprendre les mécanismes du jeu de rôle. J’ai déjà effectué cette expérience, pour une version préliminaire de <em>Croisade</em>, mais la partie se jouait de manière traditionnelle, de vive voix. J’imagine tout transporter à l’écrit. Proposer un premier chapitre. Demander aux joueurs de se choisir un personnage. Puis qu’ils écrivent très vite ce qu’ils font suite à mon introduction. Puis j’écris un nouveau passage, ils réagissent. Et ainsi de suite.</p>
<p>Nous pourrions nous livrer à l’expérience en ligne… J’ai juste envie de face à face en ce moment. Il me semble que l’innovation doit se jouer en un aller-retour entre le matériel et l’immatériel. La lecture reste une activité matérielle, l’écriture aussi. Et peut-être qu’il me faut une expérimentation dans le dur pour découvrir les mécanismes transposables en ligne. OK, des expériences tournent déjà. Mais avez-vous entendu parler des histoires produites ? Non. La méthode n’est pas au point.</p>
<p>En même temps, je réfléchis à un roman d’aventures, un <em>Croisade</em> plus littéraire, mais néanmoins reprenant les mécanismes du roman populaire. Depuis plus d’un an, l’histoire est dans ma tête, les personnages apparaissent peu à peu, quelques amis, comme Ayerdhal et Sara Doke, m’ont encouragé à écrire ce livre. J’hésite encore, j’ai besoin de mes lecteurs, je veux appliquer <a href="http://blog.tcrouzet.com/la-strategie-du-cyborg/"><em>La stratégie du cyborg</em></a> sans encore trop savoir comment m’y prendre cette fois. Un blog dédié ? Facebook ? Un autre réseau social ? Par mail ? J’attends le déclic. Il viendra peut-être de vous, de nos échanges. Voici la littérature que nous élaborons, une littérature de l’interaction.</p>
<h3>Notes</h3>
<ol>
<li>Le numérique joue un rôle central dans la littérature contemporaine, pas tant dans les nouveaux modes de diffusion, que dans les nouvelles possibilités d’élaboration.
<li>Qui le désire peut publier sur le Web. Conséquence : il y a sur le Web plus d’écrivains médiocres qu’ailleurs (en nombre mais pas en pourcentage). C’est une question de statistique.
<li>Tous ceux qui sculptent leurs phrases à n’en plus finir se croient des auteurs parce que leur syntaxe ne ressemble à rien de visible. N’est pas Julien Gracq qui veut.
<li>Quand j’ai commencé à écrire, je me suis mis à détester le verbe être. J’en faisais l’élision presque systématique. Je vois partout en ligne des auteurs reproduire cette manie. J’ai fait partie de ces fainéants qui coupent plutôt que de reconstruire leurs phrases.
<li>La littérature ne doit pas se voir. Ce qui paraît littéraire ne l’est pas. En tout cas, telle est mon esthétique. J’ai un faible pour le minimalisme, un minimalisme qui me paraît nécessaire après un siècle de gabegie.
<li>Je pourrais écrire un manifeste contre la gabegie littéraire ou son pendant, un manifeste en l’honneur de la littérature populaire.
<li>La littérature expérimentale n’existe pas. Il n’existe que des expériences ratées, comme en science. Une expérience a pour but d’infirmer une théorie, pas d’en produire.
<li>La littérature soignée est déjà morte au moment où elle est produite. La littérature doit sourdre.
<li>Julien Green a écrit « La pensée vole et les mots vont à pied. Voilà tout le drame de l’écrivain. » Je ne suis pas d’accord. Les mots aussi volent, ils peuvent même aller plus vite que la pensée, c’est à ce moment qu’on devient écrivain.
</ol>
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<a href="http://feeds.feedburner.com/~ff/tcrouzetBlog?a=HCtGR9e5M1w:GfA6gCE5_xI:yIl2AUoC8zA"><img src="http://feeds.feedburner.com/~ff/tcrouzetBlog?d=yIl2AUoC8zA" border="0"></img></a> <a href="http://feeds.feedburner.com/~ff/tcrouzetBlog?a=HCtGR9e5M1w:GfA6gCE5_xI:D7DqB2pKExk"><img src="http://feeds.feedburner.com/~ff/tcrouzetBlog?i=HCtGR9e5M1w:GfA6gCE5_xI:D7DqB2pKExk" border="0"></img></a> <a href="http://feeds.feedburner.com/~ff/tcrouzetBlog?a=HCtGR9e5M1w:GfA6gCE5_xI:7Q72WNTAKBA"><img src="http://feeds.feedburner.com/~ff/tcrouzetBlog?d=7Q72WNTAKBA" border="0"></img></a> <a href="http://feeds.feedburner.com/~ff/tcrouzetBlog?a=HCtGR9e5M1w:GfA6gCE5_xI:V_sGLiPBpWU"><img src="http://feeds.feedburner.com/~ff/tcrouzetBlog?i=HCtGR9e5M1w:GfA6gCE5_xI:V_sGLiPBpWU" border="0"></img></a> <a href="http://feeds.feedburner.com/~ff/tcrouzetBlog?a=HCtGR9e5M1w:GfA6gCE5_xI:qj6IDK7rITs"><img src="http://feeds.feedburner.com/~ff/tcrouzetBlog?d=qj6IDK7rITs" border="0"></img></a>
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		<item>
		<title>L’archipel de la littérature numérique</title>
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		<comments>http://blog.tcrouzet.com/2010/08/24/l%e2%80%99archipel-de-la-litterature-numerique/#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 24 Aug 2010 07:46:47 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Thierry Crouzet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Dialogue]]></category>
		<category><![CDATA[édition]]></category>
		<category><![CDATA[eBook]]></category>
		<category><![CDATA[une]]></category>

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		<description><![CDATA[Ouessant nous a rapprochés : quelques auteurs, éditeurs et lecteurs ; au détour d’une rue venteuse, à l’abri d’un muret au-dessus du port de Lampaul, allongé au soleil à même le béton d’une cale rugueuse ou à l’ombre d’un bosquet de saules noirs. Nous avons navigué entre nos gîtes, les cafés et le Salon du livre insulaire, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://blog.tcrouzet.com/images_tc//2010/08/ouessant-450x448.jpg" alt="" title="Ouessant au soleil avec mon iPhone trouble" width="450" height="448" class="alignnone size-large wp-image-18703" /></p>
<p><a href="http://blog.tcrouzet.com/2010/08/20/numerile/">Ouessant nous a rapprochés</a> : quelques auteurs, éditeurs et lecteurs ; au détour d’une rue venteuse, à l’abri d’un muret au-dessus du port de Lampaul, allongé au soleil à même le béton d’une cale rugueuse ou à l’ombre d’un bosquet de saules noirs. Nous avons navigué entre nos gîtes, les cafés et le Salon du livre insulaire, improvisant partout, en tous lieux, des débats, parfois officialisés, souvent impromptus et énervés, partout où nous trouvions à nous abreuver.<span id="more-18701"></span></p>
<p>À cause de sa petitesse et de la mer qui l’entoure, Ouessant impose la confrontation, le direct, le face à face. Nous ne pouvons nous y cacher longtemps. Même en fuite sur le sentier côtier qui ondule en légères montagnes russes, nous sommes débusqués, démasqués, forcés de nous livrer, de nous repenser, de repenser notre travail, de repartir avec le plein d’idées, avec autant de doutes qu’avant, mais avec la volonté redoublée de nous surpasser.</p>
<p>Le salon insulaire d’Ouessant pourrait devenir le salon de la littérature numérique, celui où, pour la première fois, il est question des œuvres et non plus seulement de la technologie. Celui où les auteurs parleront de leur travail, proposeront des expériences nouvelles, dialogueront avec leurs lecteurs. Tout est en place, il nous suffit de revenir, d’avoir le courage de nous affronter, de nous confronter, loin de tout politiquement correct.</p>
<p>Nous autres auteurs actifs sur le numérique sommes des îliens et nous le resterons : même quand il sera banal de publier électroniquement, même quand le papier ne sera plus qu’un objet de curiosité, nous veillerons à cultiver notre insularité. Nous devons nous centrer sur nous-mêmes, sur nos œuvres, et de là rayonner vers l’extérieur, pour que toutes les îles isolées s’interconnectent et forment un archipel planétaire.</p>
<p>Des égos parfois surdimensionnés s’entrechoquent, se frottent, se télescopent. C’est inévitable, ce n’est pas grave, c’est l’écoute qui importe, et le regard réflexif qui s’ensuit. Nous ne sommes pas auteurs pour nous caresser dans le sens du poil. Nous devons nous tenir sur le fil du rasoir, nous mettre en danger, encourant le risque de retomber dans le vieux monde ou de manquer la marche qui nous mène au nouveau.</p>
<p>Comme je l’ai dit dans les débats à Ouessant, je me moque du livre numérique, je me moque de la technologie. Elle ne m’intéresse que parce qu’elle m’aide à penser le nouveau monde, à le construire, à me dépêtrer de l’ancien. Je me moque aussi de la littérature, je me moque en fait de tous ceux qui ne voient le monde que suivant une perspective unique. Nous devons tout embrasser. Au cours d’une époque de transition, nous n’avons pas d’autre choix. Les spécialités de demain n’existent pas. Nous les inventons. À Ouessant, les ingrédients d’un cocktail nouveau étaient à la portée de la main. Nous pouvons mieux faire. Amener d’autres énergies, aspirer avec nous de nouveaux auteurs, comme <a href="http://www.amazon.fr/s?_encoding=UTF8&#038;search-alias=books-fr&#038;field-author=Johary%20Ravaloson">Johary Ravaloson</a> de Madagascar ou <a href="http://www.facebook.com/profile.php?id=696535414&#038;ref=ts">Laure Morali</a> du Canada. J’ai vu leurs yeux s’éclairer.</p>
<p>Alors que la technologie progresse, il nous manque encore l’œuvre, qui entraînera derrière elle toutes les autres, qui prouvera aux yeux de tous que, dans l’espace numérique, peuvent naître des textes forts. Ce bootstrapping ne s’est pas encore produit. Nous autres auteurs devons travailler. Ne pas chercher à séduire, mais atteindre quelque chose tout là-bas et, peut-être, l’un de nous prendra par la main un grand nombre de lecteurs et interconnectera nos îles encore trop isolées.</p>
<p>À ce moment, l’écosystème numérique apparaîtra au grand jour. Comme tout écosystème, il ne peut être centralisé, mais découle de l’interaction entre les œuvres, les auteurs, les éditeurs, les publishers, les lecteurs, les propulseurs, sans qu’aucune de ces fonctions ne soit exclusive ou excluante. Il ne s’agit pas de mettre en avant la littérature, l’économie ou l’auteur. Ce serait absurde. Favoriser un secteur reviendrait à centrer l’écosystème, comme il l’est aujourd’hui, c’est-à-dire le priver de vie.</p>
<h3>Notes</h3>
<ol>
<li>Depuis 7 000 ans, il existe à Ouessant un droit de bris et un droit de varech : tout ce qui atterri sur les plages appartient aux îliens qui le découvrent. On a parfois l’impression que les touristes que nous étions n’étaient que de simples bouts de bois pour les restaurateurs ou les cafetiers. Je pense notamment au patron de la crêperie Ti a Dreuz, au bas du bourg.
<li>Sur une île, on trouve un concentré d’humanité, de la crasse bêtise d’un crêpier à la chaleur de tous les bénévoles qui ont organisé le salon. J’avais envie de vous embrasser, de ne jamais vous quitter. Je pense à vous.
<li>Peu d’auteurs connaissent le succès, peu d’auteurs vivent de leurs textes, ce n’est pas une raison pour négliger ces deux perspectives, qui dans le domaine numérique ne sont pas nécessairement corrélées.
<li>Nous avons besoin de succès, pour servir d’aspirateur comme de repoussoir. La littérature est toujours de combat.
<li>Avec le numérique, nous construisons un monde de point à point, d’individu à individu, c’est à cette échelle que se construira notre écosystème littéraire. Je n’envisage pas de travailler uniquement avec les institutions du passé qui, toutes, doivent être reconstruites. Autant dire que je n’aime pas l’art subventionné par l’État. J’appelle à ce que les lecteurs deviennent mécènes.
<li>Si nous réussissons à conserver nos droits sur <a href="http://blog.tcrouzet.com/2010/08/21/a-quoi-ressemble-l%E2%80%99edition-a-rien/">le modèle de la coédition</a>, nous serons capables de proposer gratuitement des textes, d’être remerciés par les lecteurs les plus fidèles. Nous ne deviendrons pas riches, mais nous serons peut-être plus nombreux à pouvoir vivre décemment de l’écriture. Je préfère cela à des écrivains subventionnés par l’éducation nationale, parce qu’ils sont profs, ou alimentés au compte goutte par quelques lectures ou conférences, subventions elles aussi réservées à une caste, même si elle n’est pas nécessairement corrélée avec celle des succès.
<li>L’ancien écosystème subsiste, profitons-en pour lancer à partir de lui notre fusée. François Bon a raison de demander aux bibliothèques de s’abonner à publie.net. Mais ne comptons pas sur l’ancien système pour alimenter indéfiniment nos boosters. Nous exploserions en vol.
<li>J’ai encore croisés trop d’acteurs du livre numérique qui ont peur de froisser l’ancien système et qui ne disent pas ce qu’ils pensent. Ménager la chèvre et le chou est stérile. Nous devons plus que nuls autres nous tenir droit dans nos bottes.
<li>On ne peut affirmer que les auteurs n’ont jamais gagné leur vie puis se plaindre de la difficulté de la vie d’auteur. Nous devons trouver une solution. Je suis persuadé qu’elle passe par la gratuité a priori, par la rémunération a posteriori. « Je lis puis je paye si je suis fan. »
<li>J’ai parfois entendu dire à Ouessant que le numérique était fun et que cela était une bonne raison de s’y intéresser. J’ai bondi. S’intéresser au numérique parce que nous pouvons y publier ce que nous avons du mal à publier dans l’ancien monde est déjà une motivation politique. Que des gens ne s’intéressent au numérique que pour une perspective économique me désespère, mais je serai là pour me battre aussi contre eux. Il ne s’agit pas de présenter un monde unifié de la littérature numérique.
<li>François Bon avec ses lectures enjouées de Rabelais nous a montré combien nous devions nous appuyer sur le passé pour transiter vers l’avenir. Nous devons rechercher les bases solides, ne pas trop peser sur celles que la lave risque d’emporter, tant dans le domaine public que privé, je pense encore une fois à l’État, d’un côté, à Apple de l’autre. Restons attachés à l’ouverture, à l’open source.
<li>Un auteur de transition doit être un homme de transition, à cheval entre tous les mondes, curieux de tous les arts comme de toutes les techniques. Il doit être à son aise au café, en conférence, derrière son clavier, seul avec ses mots, aussi avec les autres et leurs mots. Nous devons parfois nous violer pour aller sur les terrains que nous ne goûtons pas, nous n’avons pas le choix.
<li>J’ai repensé à <a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article2227">l’idée de François Bon d’un Deezer du livre</a>. Il nous faut des plateformes de diffusion par abonnement des textes numériques. Elles doivent proposer des bouquets de livres venant d’une multitude d’éditeurs. Je ne suis pas sûr que l’abonnement à un seul éditeur suffise, à moins qu’il ne devienne lui-même une plate-forme, tel est peut-être l’avenir de publie.net. C’est dans cette direction que s’oriente François en proposant des espaces à des collections où lui-même n’aurait pas droit de regard.
<li>À quoi rassemblera l’éditeur du futur ? Je le vois comme une structure émergente, née de l’interaction entre un réseau d’auteurs. Chacun d’eux sera le point de diffusion de ses propres œuvres et l’éditeur sera une sorte de portail. Il n’aura peut-être pas d’existence juridique, pas d’employé, pas de contrat. Ce sera à chacun des auteurs de promouvoir les autres.
<li>En discutant avec Alexis Jaillet d’<a href="http://www.ebouquin.fr/">eBouquin.fr</a>, j’ai pensé à une sorte de <a href="http://boards.4chan.org/lit/">4chan dédié au livre</a>, à leur promotion. Bien des lecteurs appréhendent de parler des livres qu’ils aiment ou détestent. L’anonymat est peut-être la solution. Les lecteurs viendraient sur le site poster leurs commentaires qui s’empileraient comme dans un flux Twitter. Un titre ou un numéro ISBN établirait la connexion avec l’objet.
<li>Nous retrouver à Ouessant nous a fait du bien. Les conférences comme souvent nous ont permis de faire le point, et autour, en amont ou en aval, avec les invités officiels ou ceux qui se sont invités, des graines nouvelles ont été plantées.
<li>Je revois François Bon qui me tape sur la cuisse pendant notre conférence, c’est cela aussi qui est important. Simplement se respirer, se humer, comprendre ce que le clavier ne laisse pas comprendre, mieux deviner les forces des uns et des autres.
</ol>
<p>Je dédie ce billet à <a href="http://twitter.com/jeanloub">Jean-Lou Bourgeon</a> et <a href="http://isabellelebal.over-blog.fr/">Isabelle Leball</a>, les instigateurs de <a href="http://twitter.com/#search?q=numerile">Numérile</a>.</p>
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		<title>À quoi ressemble l’édition ? À rien !</title>
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		<pubDate>Sat, 21 Aug 2010 06:48:53 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Thierry Crouzet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Dialogue]]></category>
		<category><![CDATA[Podcasts]]></category>
		<category><![CDATA[édition]]></category>

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		<description><![CDATA[Depuis quatre jours, nous tentons de discuter de l’avenir du livre à Ouessant. Mal dit. Je recommence. Nous tentons de discuter de l’avenir du texte et de la lecture. Et nous nous interrogeons sur notre métier d’auteur, d’éditeur, de distributeur, de propulseur et de lecteur. Je crois qu’il existe trois manières de publier, dont la [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><object id="iLyROoaf81RL" type="application/x-shockwave-flash" data="http://www.kewego.com/swf/p3/epix.swf" width="400" height="300"><param name="flashVars" value="language_code=fr&#038;playerKey=45ead001d848&#038;skinKey=7d04d8977403&#038;sig=iLyROoaf81RL&#038;autostart=false&#038;advertise=1" /><param name="movie" value="http://www.kewego.com/swf/p3/epix.swf" /><param name="allowFullScreen" value="true" /><param name="allowscriptaccess" value="always" /></object></p>
<p>Depuis quatre jours, <a href="http://blog.tcrouzet.com/2010/08/20/numerile/">nous tentons de discuter de l’avenir du livre à Ouessant</a>. Mal dit. Je recommence. Nous tentons de discuter de l’avenir du texte et de la lecture. Et nous nous interrogeons sur notre métier d’auteur, d’éditeur, de distributeur, de propulseur et de lecteur.<span id="more-18626"></span></p>
<p>Je crois qu’il existe trois manières de publier, dont la première domine, la seconde balbutie, la troisième reste à inventer.</p>
<h3>L’édition</h3>
<p>Un éditeur se choisit une cible, puis se fait une idée de ce que veut lire cette cible, puis tente de trouver les livres qui satisferont cette cible, quitte à diriger le travail des auteurs ou de l’altérer pour qu’il rentre dans un moule.</p>
<p>Beaucoup d’éditeurs se défendent de se prêter à ce jeu, beaucoup d’auteurs jurent de ne pas être entrés dans ce jeu. Je crois qu’ils en sont tout simplement inconscients, que leur conscience se refuse à accepter ce fait. Pourquoi ? Ils ne sont pas libres, mais cherchent sans cesse à rembourser les capitaux qu’ils ont engagés dans leur aventure éditoriale.</p>
<h3>L’autoédition</h3>
<p>Un auteur dans son coin décide qu’il a écrit un chef-d’œuvre. Fatigué de le voir refuser (par les éditeurs qu’il peut à juste titre traiter de maîtres d’école et de détenteurs du bon goût), il envoie son texte sur le Net, le distribue partout, sauf dans les librairies.</p>
<p>Certains commettent même l’erreur d’imprimer leur texte et d’entrer dans la vieille logique capitaliste. Ils déboursent quelques milliers d’euros pour entretenir encore quelque temps le réseau des libraires et le système de diffusion qui dicte aux éditeurs, puis aux auteurs ce qu’ils doivent publier, où et comment.</p>
<p>Il va sans dire qu’un livre autoédité par un inconnu ne trouve pas de public (ne me sortez pas une exception qui infirmerait cette règle.)</p>
<ol>
<li>Le texte n’a pas été travaillé.
<li>Il n’a pas été formaté pour un public lui-même formaté.
<li>Il n’a pas de prescripteurs autres que lui-même.
</ol>
<h3>La coédition</h3>
<p>Il s’agit de remettre l’auteur, ou plutôt les auteurs, au centre du processus.</p>
<ol>
<li>Des auteurs se rassemblent en une coopérative (pas nécessairement définie administrativement).
<li>Ils s’échangent leurs manuscrits, les retravaillent, les corrigent, les éditent, les traduisent… Ils peuvent même se cotiser pour employer un éditeur professionnel à plein temps.
<li>Ils diffusent alors leurs créations. Dans ce cas, ils négocient la distribution non exclusive avec divers opérateurs (Apple, Amazon, Lulu… et pourquoi pas les Fnac, Hachette ou un autre réseau traditionnel). Ils se sont instaurés en éditeur sans que personne d’autre qu’eux-mêmes ne dispose de leurs droits.
<li>Il leur reste à trouver un prescripteur (ce qu’on appelle en anglais un publisher, qui s’occupe de faire vendre, par opposition à un éditeur, qui s’occupe à parfaire le texte). Bien sûr les auteurs peuvent effectuer de la prescription croisée à travers leurs réseaux sociaux, mais il faut bien ventiler cet écosystème. Aujourd’hui, c’est paradoxalement la tâche la plus complexe, parce qu’elle n’est pas naturelle à la plupart des auteurs.
</ol>
<p>Ce n’était que quelques réflexions matinales avant une dernière journée de discussion à Ouessant.</p>
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