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	<title>Jakalui</title>
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	<title>Jakalui</title>
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		<title>La folie Sainte-Hélène &#124; Jean-Christophe Rufin</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Jakalui]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 28 May 2026 12:10:49 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Il fallait un certain culot pour expédier le consul le plus inadapté de la diplomatie française sur le caillou le plus inhospitalier de l&#8217;Atlantique Sud. Rufin l&#8217;a fait, et l&#8217;idée fonctionne au-delà de ce qu&#8217;on aurait parié. Aurel Timescu, ce&#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Il fallait un certain culot pour expédier le consul le plus inadapté de la diplomatie française sur le caillou le plus inhospitalier de l&rsquo;Atlantique Sud. Rufin l&rsquo;a fait, et l&rsquo;idée fonctionne au-delà de ce qu&rsquo;on aurait parié. Aurel Timescu, ce Roumain naturalisé qui carbure au vin blanc doux et se réfugie au piano dès que le monde lui pèse, débarque à Sainte-Hélène pour élucider une disparition impossible : le consul chargé d&rsquo;administrer l&rsquo;enclave française de Longwood, là où Napoléon s&rsquo;est éteint, s&rsquo;est volatilisé. Sur une île reliée à l&rsquo;Afrique du Sud par un seul avion hebdomadaire, où tout le monde s&rsquo;épie, l&rsquo;énigme tient autant du tour de magie que du crime.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une île qui devient un personnage</h2>



<p>La grande réussite du roman tient au lieu lui-même. Rufin a visité Sainte-Hélène, et cela se sent à chaque page : le décor n&rsquo;est jamais un fond de carte postale, mais une présence pesante, humide, étouffante. On comprend vite que le vrai supplice de l&rsquo;exil napoléonien n&rsquo;était pas le bagne ou la cruauté, mais l&rsquo;ennui, la monotonie d&rsquo;un climat morne et d&rsquo;une société minuscule où chaque visage finit par se connaître par cœur. Cette atmosphère de huis clos à ciel ouvert porte l&rsquo;intrigue policière mieux que n&rsquo;importe quel rebondissement.</p>



<p>L&rsquo;auteur en profite pour glisser une critique contemporaine bienvenue. Ces confettis d&#8217;empire britannique perdus en pleine mer, rappelle-t-il, prospèrent souvent comme paradis fiscaux et terrains de blanchiment. Le roman gagne ainsi une seconde couche, presque géopolitique, qui empêche le folklore napoléonien de tourner à la simple reconstitution nostalgique. On sent un Rufin diplomate autant que romancier, attentif à ce que cachent les territoires oubliés.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Les fous de l&rsquo;Empereur</h2>



<p>Le cœur comique et grinçant du livre, ce sont les reconstitueurs, ces passionnés venus rejouer l&rsquo;épopée impériale en uniformes impeccables, qui se donnent du général et de l&rsquo;aide de camp avec un sérieux désarmant. Rufin en dresse une galerie savoureuse, dont un agent d&rsquo;assurances dans le civil qui se transforme en Murat sous les tropiques. Leur irruption lors d&rsquo;une commémoration officielle vire à la farce, et l&rsquo;auteur cueille au passage tout ce que cette ferveur a d&rsquo;absurde et d&rsquo;attachant à la fois.</p>



<p>Derrière la drôlerie, le roman pose une vraie question : pourquoi Napoléon rend-il encore fou, deux siècles après sa mort ? Rufin n&rsquo;assène pas de thèse, mais laisse affleurer la mécanique du mythe, ce mélange de fascination, de blessure nationale et de besoin de grandeur par procuration. Les passions que déchaîne encore l&rsquo;Empereur, jusque sur la terre de l&rsquo;ancien ennemi, deviennent un terreau crédible pour le mobile du crime. C&rsquo;est là que l&rsquo;intrigue policière et la réflexion historique se rejoignent le plus élégamment.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Aurel, toujours à contre-emploi</h2>



<p>Le personnage d&rsquo;Aurel reste un délice de décalage. Petit, frileux, asocial, méprisé par sa hiérarchie, il avance masqué et déduit ce que personne ne voit, précisément parce que personne ne le prend au sérieux. Rufin a trouvé là une formule durable, et il l&rsquo;exploite ici avec gourmandise. Le clin d&rsquo;œil que constitue l&rsquo;arrivée de personnages encore plus excentriques que lui, dont une jeune Française venue exorciser ses propres fantômes, renouvelle agréablement la dynamique d&rsquo;une série qui aurait pu s&rsquo;enliser dans ses tics.</p>



<p>Reste que cette familiarité est aussi la limite du livre. Qui a suivi les enquêtes précédentes du consul retrouvera des ressorts connus : le mépris des supérieurs, les ruses pour échapper aux mondanités, la solitude transformée en arme. Le plaisir est réel, mais l&rsquo;effet de surprise s&rsquo;émousse. On aimerait parfois que Rufin pousse son personnage vers une zone moins confortable, qu&rsquo;il le bouscule au lieu de le faire briller dans son numéro habituel.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un divertissement qui ne se renie pas</h2>



<p>L&rsquo;autre réserve concerne le dosage. Le roman est si occupé à savourer son décor et sa faune napoléonienne que l&rsquo;enquête, par moments, passe au second plan. La résolution tient la route et ménage sa part de surprise, mais l&rsquo;amateur de polar pur trouvera la tension parfois lâche, l&rsquo;urgence diluée dans les digressions historiques. C&rsquo;est moins un thriller qu&rsquo;une promenade lettrée avec meurtre au bout du chemin. Selon l&rsquo;humeur du lecteur, ce sera la grâce ou la frustration du livre.</p>



<p>Il faut donc prendre La folie Sainte-Hélène pour ce qu&rsquo;il est : un divertissement intelligent, écrit avec métier par un romancier qui n&rsquo;a plus rien à prouver. On n&rsquo;y retrouvera pas la densité de Rouge Brésil ni l&rsquo;introspection d&rsquo;Immortelle randonnée, et l&rsquo;auteur lui-même semble jouer ici sur un registre volontairement plus léger. Mais le métier est là, l&rsquo;humour mordant, le décor superbe, et l&rsquo;on referme le livre avec le sourire et l&rsquo;envie d&rsquo;aller fouiller la véritable histoire de cette île improbable. Pour qui aime la littérature qui instruit sans peser, c&rsquo;est une réussite, et un excellent compagnon de voyage.</p><p>The post <a href="https://www.jakalui.be/books/la-folie-sainte-helene-jean-christophe-rufin/">La folie Sainte-Hélène | Jean-Christophe Rufin</a> first appeared on <a href="https://www.jakalui.be">Jakalui</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>Fox &#124; Joyce Carol Oates</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Jakalui]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 25 May 2026 14:58:16 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Books]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Près de 650 pages pour un polar qui n&#8217;en est pas vraiment un : voilà ce que Joyce Carol Oates propose, à 87 ans, avec une obstination qui frise l&#8217;insolence. Fox est un roman qui prend son temps, qui dérange&#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Près de 650 pages pour un polar qui n&rsquo;en est pas vraiment un : voilà ce que Joyce Carol Oates propose, à 87 ans, avec une obstination qui frise l&rsquo;insolence. Fox est un roman qui prend son temps, qui dérange sciemment, qui refuse les soulagements faciles du genre policier auquel il emprunte pourtant la structure. Le résultat est un livre exigeant, par moments éprouvant, et profondément maîtrisé.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un cadavre dans la réserve naturelle</h2>



<p>L&rsquo;amorce est presque classique. Deux frères découvrent une voiture à moitié immergée dans un étang d&rsquo;une réserve naturelle du New Jersey, près de l&rsquo;élégante petite ville de Wieland. À proximité, des restes humains éparpillés dans les bois, ravagés par les animaux. La victime, une fois identifiée, s&rsquo;appelle Francis Fox : un professeur d&rsquo;anglais charismatique fraîchement embauché par la Langhorne Academy, prestigieuse école privée de la région. Adoré de ses élèves, courtisé par leurs parents, vénéré par sa hiérarchie. L&rsquo;enquête est confiée au détective Horace Zwender, figure patiente, méthodique, dont la lucidité tranquille devient l&rsquo;un des grands plaisirs du roman.</p>



<p>Mais très vite, Oates fait comprendre que la question n&rsquo;est pas vraiment de savoir qui a tué Francis Fox. C&rsquo;est de savoir qui il était. Le roman alterne entre l&rsquo;enquête au présent et un retour en arrière sur les mois qui précèdent la mort, et c&rsquo;est dans ce passé reconstruit que le livre prend son ampleur. Fox n&rsquo;est pas une victime au sens où le genre nous a appris à entendre ce mot. Il est un prédateur sexuel qui s&rsquo;est choisi son terrain avec une intelligence glaçante. La Langhorne Academy l&rsquo;a recruté, l&rsquo;a laissé approcher des fillettes de douze et treize ans, et n&rsquo;a presque rien voulu voir.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une mécanique romanesque implacable</h2>



<p>Ce qui frappe avant tout, c&rsquo;est la maîtrise de la structure. Oates est romancière depuis plus de soixante ans, et cela se sent à chaque page. Les points de vue défilent sans jamais perdre le lecteur : Fox lui-même, ses élèves, leurs parents, les enseignants, le détective Zwender, des habitants de Wieland sans rôle apparent dans l&rsquo;intrigue. Chaque chapitre est court, calibré, taillé pour produire un effet précis. On croit lire un polar choral, on lit en réalité une autopsie sociale d&rsquo;une communauté entière, étudiée dans la manière dont elle a fabriqué les conditions du crime.</p>



<p>La langue est remarquable. Oates a toujours eu ce don d&rsquo;images qui font choc, et Fox en regorge. Une femme malade dont le souffle sent les pièces humides au creux d&rsquo;une paume, une fillette muette comparée à de la pâte à pain crue qu&rsquo;on essaie en vain d&rsquo;instruire : ces métaphores fulgurantes ne sont pas des ornements, elles installent une matière sensorielle dense qui rend le récit physiquement présent. Quand le rythme s&rsquo;accélère, dans le dernier tiers du livre, c&rsquo;est parce que tout a été préparé en amont, lentement, à la manière d&rsquo;un piège qui se referme sur le lecteur autant que sur les personnages.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le pari le plus risqué du livre</h2>



<p>Là où Fox devient difficile, et c&rsquo;est volontaire, c&rsquo;est dans les pages consacrées aux agissements du protagoniste. Oates ne suggère pas, elle décrit. Pas avec complaisance, mais avec une précision qui laisse peu de portes de sortie au lecteur. Les comparaisons inévitables avec Lolita disent quelque chose de juste, mais Oates va plus loin que Nabokov dans la durée d&rsquo;exposition au point de vue du prédateur. Pas d&rsquo;humour distancié, pas d&rsquo;ironie cultivée qui permettrait de respirer. On reste, des pages durant, dans la tête de Francis Fox, et c&rsquo;est insoutenable.</p>



<p>Ce parti pris se discute. Certains lecteurs trouveront qu&rsquo;Oates en demande trop, qu&rsquo;elle dépasse le seuil où l&rsquo;examen de la noirceur devient une épreuve infligée. D&rsquo;autres y verront le geste éthique central du roman : refuser au lecteur le confort de la condamnation extérieure, le forcer à comprendre comment un homme comme Fox pense, manipule, justifie. C&rsquo;est dans cette zone inconfortable que se joue le projet du livre, et il faut accepter d&rsquo;y rester pour que la fin produise son plein effet.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L&rsquo;envers d&rsquo;une petite ville</h2>



<p>Ce qui sauve Fox d&rsquo;être un simple exercice de noirceur, c&rsquo;est l&rsquo;attention qu&rsquo;Oates porte à ce qui entoure le prédateur. Les parents qui ne veulent pas entendre, l&rsquo;administration qui détourne le regard, les collègues qui s&rsquo;inquiètent vaguement sans rien faire, les fillettes elles-mêmes piégées par leur jeune âge et par la rhétorique soignée de leur professeur. Le roman devient alors une enquête morale sur la complicité passive, sur cette manière qu&rsquo;ont les communautés bien-pensantes de fabriquer du silence autour de ce qu&rsquo;elles préfèrent ignorer.</p>



<p>Le détective Zwender, figure presque ancienne dans sa manière de travailler sans précipitation, devient le contrepoint nécessaire à tout ce silence. Sa lenteur, qui pourrait sembler un défaut narratif, est en réalité ce qui permet au livre de tenir sa promesse : faire émerger la vérité par accumulation, par recoupements, par patience. Quand on referme Fox, on n&rsquo;a pas seulement compris ce qui s&rsquo;est passé dans la réserve naturelle de Wieland. On a compris ce qu&rsquo;une école entière, et au-delà une certaine Amérique, a accepté de ne pas voir. C&rsquo;est pour cela que ce livre, malgré ses six cent cinquante pages et ses passages éprouvants, mérite d&rsquo;être lu jusqu&rsquo;au bout.</p>



<p></p><p>The post <a href="https://www.jakalui.be/books/fox-joyce-carol-oates/">Fox | Joyce Carol Oates</a> first appeared on <a href="https://www.jakalui.be">Jakalui</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>Addictions &#124; Matthieu Delormeau</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Jakalui]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 21 May 2026 14:48:38 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Books]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Avec ce livre, Matthieu Delormeau fait quelque chose que peu de personnalités médiatiques osent vraiment : se montrer laid. Pas dans le sens performatif du « j&#8217;ai souffert mais j&#8217;ai gagné », mais dans le détail concret, presque clinique, d&#8217;une existence que&#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Avec ce livre, Matthieu Delormeau fait quelque chose que peu de personnalités médiatiques osent vraiment : se montrer laid. Pas dans le sens performatif du « j&rsquo;ai souffert mais j&rsquo;ai gagné », mais dans le détail concret, presque clinique, d&rsquo;une existence que la drogue a méthodiquement démantelée. Derrière le personnage de chroniqueur grande gueule, figure clivante de la bande de Cyril Hanouna, se cache une histoire bien plus intime qu&rsquo;il choisit de raconter dans ce témoignage. Le résultat est inégal, mais rarement indifférent.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Quand le confort devient le piège</h2>



<p>Matthieu Delormeau explique comment une première prise de GHB, au départ perçue comme une solution à son anxiété, a déclenché un engrenage qui lui a tout pris. Ce que le livre réussit dans ses premières pages, c&rsquo;est précisément de décrire ce mécanisme sans chercher à s&rsquo;en innocenter. Delormeau dit lui-même : « Toute ma vie, j&rsquo;ai choisi la facilité. Le jour où j&rsquo;ai chuté, j&rsquo;ai encore une fois choisi la facilité : la drogue. » Cette lucidité sur soi, énoncée sans grandiloquence, est ce qui donne au livre sa colonne vertébrale. </p>



<h2 class="wp-block-heading">L&rsquo;engrenage raconté de l&rsquo;intérieur</h2>



<p>Au plus fort de sa consommation, Matthieu Delormeau ingérait environ 4 grammes de cocaïne et 15 millilitres de GHB par jour. À ce niveau de dosage, le corps frôle la rupture. Il reconnaît avoir eu une chance immense de ne pas subir d&rsquo;arrêt cardiaque. Ces chiffres ne sont pas là pour impressionner. Ils servent à matérialiser quelque chose d&rsquo;abstrait pour qui n&rsquo;a jamais vécu de dépendance : la progression insensible vers un seuil que l&rsquo;on ne perçoit plus soi-même.</p>



<p>Pendant deux ans, il est sorti deux fois de chez lui. Il a vécu 700 jours dans son appartement, devenu complètement paranoïaque et agressif. Sa relation avec sa sœur Philippine a été gravement touchée, notamment après la publication accidentelle d&rsquo;une vidéo intime sur Instagram. Bien qu&rsquo;une réconciliation ait débuté sur le plateau de TBT9, les blessures émotionnelles restent profondes. Ces épisodes, racontés sans ménagement, sont les moments les plus forts du récit. On est loin du mémoire édifiant qui rassure le lecteur : ici, les dégâts relationnels ne se réparent pas d&rsquo;une phrase. </p>



<h2 class="wp-block-heading">Ce que le livre peine à creuser</h2>



<p>Le problème d&rsquo;Addictions, et c&rsquo;est là que son score mitigé se joue, est que le livre reste souvent à la surface de ce qu&rsquo;il décrit. Derrière l&rsquo;image publique, Delormeau prétend raconter la fragilité, les choix, les failles et la lente reconstruction, sans chercher d&rsquo;excuse, sans se dérober. L&rsquo;intention est réelle, mais l&rsquo;exécution est parfois décevante. On attendrait une plongée dans les mécanismes psychologiques plus fouillée, une tentative d&rsquo;expliquer ce que la dépendance fait à la pensée, au désir, à la perception du temps. Ce travail d&rsquo;introspection reste à hauteur de chronique télévisée : direct, rythmé, accessible, mais pas toujours profond. </p>



<p>La partie sur la reconstruction est, paradoxalement, la plus mince du livre. Delormeau raconte la décision d&rsquo;entrer en cure, la difficulté du sevrage et le long chemin vers la guérison, sans s&rsquo;accorder d&rsquo;excuses. Mais ce chemin, justement, méritait plus de place que ce que le livre lui accorde. Le lecteur sort du livre en ayant compris la chute mieux que la remontée. </p>



<h2 class="wp-block-heading">Un témoignage utile, pas un grand livre</h2>



<p>Addictions n&rsquo;est pas littérature. C&rsquo;est un témoignage honnête, parfois courageux, dont la valeur principale est d&rsquo;ordre documentaire et social plutôt qu&rsquo;esthétique. Matthieu Delormeau se livre sur l&rsquo;engrenage du chemsex, les excès, les chutes, puis le difficile travail de reconstruction, avec cette franchise brute qui le caractérise. Cette franchise, qui peut agacer à l&rsquo;écran, fonctionne mieux à l&rsquo;écrit, parce qu&rsquo;elle n&rsquo;est plus mise en scène pour un public en direct. </p>



<p>Pour quelqu&rsquo;un que le sujet concerne de près, ou pour qui la figure de Delormeau existe au-delà du petit écran, ce livre aura probablement un impact réel. Pour le lecteur qui espère une réflexion sur l&rsquo;addiction en tant que phénomène, il faudra compléter ailleurs.</p><p>The post <a href="https://www.jakalui.be/books/addictions-matthieu-delormeau/">Addictions | Matthieu Delormeau</a> first appeared on <a href="https://www.jakalui.be">Jakalui</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>Corpo Santo Lisbon Historical Hotel</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Jakalui]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 12 May 2026 10:32:30 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Hotel]]></category>
		<category><![CDATA[Hotels]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le Corpo Santo occupe un bâtiment historique du Cais do Sodré, à Lisbonne. Cinq étoiles, 75 chambres et 8 suites, des vestiges médiévaux dans les sous-sols. Sur le papier, ça ressemble à beaucoup d&#8217;hôtels de charme européens. En pratique, c&#8217;est&#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le Corpo Santo occupe un bâtiment historique du Cais do Sodré, à Lisbonne. Cinq étoiles, 75 chambres et 8 suites, des vestiges médiévaux dans les sous-sols. Sur le papier, ça ressemble à beaucoup d&rsquo;hôtels de charme européens. En pratique, c&rsquo;est autre chose.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le staff</h2>



<p>C&rsquo;est probablement ce qu&rsquo;on retient en premier, et ce qu&rsquo;on mentionne en dernier en partant : parce qu&rsquo;on ne veut pas que ça sonne convenu. Mais il faut le dire : l&rsquo;équipe du Corpo Santo est remarquable. Pas dans le registre du palace guindé où l&rsquo;on vous appelle « Monsieur » toutes les trente secondes. Plutôt dans celui du voisin très compétent qui se trouve aussi être aux petits soins.</p>



<p>Le concierge réserve un restaurant sans qu&rsquo;on ait à le relancer. La réception organise un taxi, une recommandation de <em>tasca</em>, sans friction, sans attente. </p>



<h2 class="wp-block-heading">Le petit-déjeuner</h2>



<p>Servi au Porter Bistro, au rez-de-chaussée. Le format a évolué : plus de buffet, mais un service à table. On commence par un cappuccino (ou un jus frais, la sélection change), puis arrivent une assiette de fruits, une planche de charcuteries et fromages, et un panier de viennoiseries, avec un pain spécial différent chaque matin, des mini-biscuits, des pains au chocolat.</p>



<p>Ensuite, la carte : œufs brouillés, saucisse, champignons, mais aussi french toast caramélisé servi avec fraises et bananes, ou <em>maçã assada</em> &#8211; des pommes rôties aux noix. Les options végétariennes et vegan sont là sans qu&rsquo;on ait besoin de les réclamer. On peut redemander, se resservir, prendre son temps. La salle donne sur la rue, la lumière du matin entre bien. C&rsquo;est copieux, frais, et bien exécuté : le genre de petit-déjeuner qui rend le déjeuner optionnel.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Les chambres</h2>



<p>Spacieuses, calmes, contemporaines. La literie est bonne &#8211; un point qui paraît basique mais qui, à Lisbonne où beaucoup d&rsquo;hôtels de charme sacrifient le confort au décor, a son importance. L&rsquo;insonorisation est solide, ce qui dans un quartier aussi vivant que le Cais do Sodré n&rsquo;est pas anodin.</p>



<p>Chaque chambre dispose d&rsquo;un minibar offert &#8211; bières, sodas, eau &#8211; réapprovisionné quotidiennement par le ménage. Machine Nespresso, coffre, peignoirs et chaussons, TV grand écran. Les cinq étages sont décorés selon des thématiques de continents différents, avec des papiers peints et des ambiances olfactives distinctes (café, cannelle,&#8230;).</p>



<p>Et puis il y a la douche. Un système de chromothérapie qui projette des lumières colorées et diffuse de la musique pendant qu&rsquo;on se lave. Déroutant la première fois. Agréable ensuite. Pas indispensable, mais c&rsquo;est le genre de détail qui montre qu&rsquo;on a réfléchi au-delà du strict nécessaire.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Grignoter partout, tout le temps</h2>



<p>C&rsquo;est peut-être le trait le plus distinctif du Corpo Santo : on ne peut pas avoir faim dans cet hôtel. À la réception, dans le lobby, à toute heure : fruits frais, pâtisseries, bonbons, eau. Le ménage dépose aussi des petites attentions dans la chambre : gâteaux de morue, fromage, cookies au chocolat.</p>



<p>Ce n&rsquo;est pas du luxe tapageur. C&rsquo;est une accumulation de gestes simples qui, mis bout à bout, donnent le sentiment qu&rsquo;on s&rsquo;occupe de vous sans que vous ayez rien demandé. La différence entre un hôtel correct et un hôtel où l&rsquo;on se sent bien tient souvent à ce genre de choses.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La localisation</h2>



<p>Le Corpo Santo est sur le Largo do Corpo Santo, dans le Cais do Sodré, à deux minutes à pied du Tage et à une courte marche de la Praça do Comércio. La gare de Cais do Sodré est à cinq minutes, le tramway et les bus passent devant la porte. Le château São Jorge est à vingt minutes de marche, le Belcanto de José Avelino à cinq.</p>



<p>Le quartier est vivant sans être épuisant. Restaurants, bars à vin, le Time Out Market de la Ribeira, tout est accessible. On sort, on marche, on revient. L&rsquo;hôtel propose aussi un tour guidé gratuit de la ville par jour, d&rsquo;environ deux heures et demie.</p>



<p>Un détail appréciable : des bouteilles d&rsquo;eau gratuites à emporter à la réception avant de partir explorer. Petit geste, grand confort quand il fait 35 degrés et qu&rsquo;on remonte les ruelles de l&rsquo;Alfama.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le spa</h2>



<p>L&rsquo;espace bien-être propose sauna, hammam, jacuzzi, et une salle d&rsquo;halothérapie &#8211; cette technique de micro-particules de sel en suspension, bonne pour les voies respiratoires, qu&rsquo;on trouve plus souvent dans les établissements thermaux que dans un hôtel de ville. L&rsquo;ensemble est complété par une salle de fitness et des cabines de soins.</p>



<p>Ailleurs dans l&rsquo;hôtel, les sous-sols abritent les vestiges de la muraille fernandine du XIVe siècle, construite par le roi Dom Fernando pour repousser les Castillans. La <em>Sala Fernandina</em>, la pièce qui expose ce pan de mur, sert aussi de salon de lecture avec bibliothèque. On peut y descendre avec un verre de vin et un livre. L&rsquo;endroit a du caractère.</p>



<h2 class="wp-block-heading">En résumé</h2>



<p>Le Corpo Santo fonctionne parce qu&rsquo;il ne cherche pas à impressionner. Le bâtiment est beau, les chambres confortables, la localisation excellente. Mais ce qui fait la différence, c&rsquo;est la cohérence de l&rsquo;ensemble, c&rsquo;est une façon de recevoir.</p>



<p>C&rsquo;est un hôtel où l&rsquo;on dort bien, où l&rsquo;on mange bien le matin, où l&rsquo;on se sent considéré sans être materné. Dans une ville qui n&rsquo;en manque pas, c&rsquo;est l&rsquo;une des adresses qui justifient le retour.</p>



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<p><strong>Corpo Santo Lisbon Historical Hotel</strong> Largo do Corpo Santo 25, 1200-129 Lisboa, Portugal ★★★★★ | Traveler&rsquo;s Choice</p><p>The post <a href="https://www.jakalui.be/portugal/hotel-portugal/corpo-santo-lisbon-historical-hotel/">Corpo Santo Lisbon Historical Hotel</a> first appeared on <a href="https://www.jakalui.be">Jakalui</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>Gabriel&#8217;s Moon &#124; William Boyd</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Jakalui]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 09 May 2026 10:19:58 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Un homme qui écrit des récits de voyage se retrouve à jouer les espions dans le Congo des années soixante. Dit comme ça, on penserait à une farce. Mais William Boyd ne fait jamais tout à fait ce qu&#8217;on attend&#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Un homme qui écrit des récits de voyage se retrouve à jouer les espions dans le Congo des années soixante. Dit comme ça, on penserait à une farce. Mais William Boyd ne fait jamais tout à fait ce qu&rsquo;on attend de lui, et son dix-huitième roman avance sur une ligne de crête étrange, entre le thriller géopolitique et le portrait d&rsquo;un type ordinaire happé par des forces qui le dépassent. Gabriel Dax n&rsquo;a rien d&rsquo;un héros. C&rsquo;est un écrivain de talent moyen, suffisamment curieux pour accepter une interview avec Patrice Lumumba, le Premier ministre du Congo fraîchement élu, et suffisamment naïf pour ne pas mesurer ce que cette rencontre va déclencher.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L&rsquo;interview qui change tout</h2>



<p>Le roman s&rsquo;ouvre sur un incendie mortel dans les années trente, un prologue dont on ne comprendra la portée que bien plus tard. Puis on bascule au début des années soixante, et Gabriel Dax débarque au Congo. L&rsquo;entretien avec Lumumba est un moment fort du livre, chargé d&rsquo;une tension sourde. Le dirigeant congolais confie craindre pour sa vie. De retour à Londres, Gabriel apprend son assassinat. Les bandes magnétiques de l&rsquo;interview deviennent soudain un objet de convoitise.</p>



<p>C&rsquo;est à ce moment que Faith Green entre en scène. Agente du MI6, élégante, calculatrice, elle fascine Gabriel avec une aisance qui devrait l&rsquo;alerter. Boyd excelle dans la construction de ce personnage féminin qui ne livre jamais tout à fait ses intentions. Faith transforme Gabriel en « idiot utile », un agent improvisé dont la couverture d&rsquo;écrivain voyageur est presque trop parfaite pour être refusée. Le consentement de Gabriel à cette manipulation est l&rsquo;un des ressorts les plus intéressants du roman. Il sait, quelque part, qu&rsquo;on l&rsquo;utilise. Mais la proximité avec Faith, le vertige de la clandestinité, la sensation d&rsquo;exister autrement que par ses livres médiocres : tout cela pèse plus lourd que la prudence.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un atlas de la Guerre froide</h2>



<p>Boyd promène son personnage à travers l&rsquo;Europe avec une désinvolture de vieux routard. Cadix, Varsovie, Londres. Chaque lieu a sa texture, son rythme, ses dangers propres. On sent un auteur qui connaît ces villes pour les avoir arpentées, pas pour les avoir googlées. L&rsquo;Espagne franquiste est rendue avec une chaleur poussiéreuse, la Pologne soviétique avec une grisaille oppressante qui colle aux semelles.</p>



<p>Et puis il y a Cuba. La crise des missiles plane sur le dernier tiers du roman comme une menace d&rsquo;apocalypse. Boyd intègre ce contexte historique sans jamais transformer son récit en cours d&rsquo;histoire. La montée vers un possible conflit nucléaire sert de caisse de résonance aux petites trahisons de Gabriel, à ses mensonges accumulés, à l&rsquo;effritement de sa vie civile. Kit Caldwell, chef de station du MI6 en Espagne, et Sefton, le frère de Gabriel dont le poste dans la fonction publique reste volontairement flou, ajoutent des couches d&rsquo;ambiguïté. Personne, dans ce roman, ne dit exactement ce qu&rsquo;il fait.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un espion malgré lui, pas malgré Boyd</h2>



<p>La comparaison avec John le Carré viendra naturellement à beaucoup de lecteurs. Elle n&rsquo;est pas fausse, mais elle aplatit quelque chose. Gabriel Dax n&rsquo;est pas George Smiley. Il n&rsquo;a ni sa compétence ni sa résignation. On est plus proche d&rsquo;un personnage de Graham Greene transplanté dans un roman de Waugh, un naïf qui développe une débrouillardise surprenante quand les enjeux deviennent mortels. Boyd s&rsquo;amuse de ce décalage entre l&rsquo;homme et la situation, et c&rsquo;est souvent dans ces interstices que le roman trouve sa meilleure énergie.</p>



<p>Il faut mentionner aussi le personnage du Dr. Katerina Haas, psychanalyste que Gabriel consulte et qui introduit dans le récit une dimension introspective bienvenue. Ces scènes de thérapie auraient pu être du remplissage. Elles ne le sont pas. Elles permettent à Boyd de fouiller les motivations de son personnage sans recourir au monologue intérieur lourd, et elles offrent au lecteur un contrepoint réflexif aux scènes d&rsquo;action.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Ce que le roman ne parvient pas tout à fait à tenir</h2>



<p>Là où Gabriel&rsquo;s Moon faiblit, c&rsquo;est dans sa difficulté à se poser. Le roman saute d&rsquo;un lieu à l&rsquo;autre, d&rsquo;un registre à l&rsquo;autre, avec une nervosité qui finit par produire un effet de surface. Des événements graves surviennent, des morts, des trahisons irréversibles, mais le récit glisse dessus avec une fluidité qui leur retire du poids. On tourne la page, et l&rsquo;émotion n&rsquo;a pas eu le temps de prendre. Ce n&rsquo;est pas un problème de rythme à proprement parler. Boyd sait construire une scène. C&rsquo;est plutôt que la multiplication des décors et des rebondissements empêche le roman de creuser là où il fait mal. Gabriel perd des choses importantes au fil du récit, mais on le sent à peine blessé.</p>



<p>Cette platitude émotionnelle contraste avec la richesse du contexte historique et la finesse des dialogues. Boyd écrit des échanges vifs, crédibles, parfois drôles. Ses descriptions sont précises sans être envahissantes. Mais quelque chose manque dans les silences entre les répliques, dans les moments où un personnage devrait vaciller et ne vacille pas.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un roman qui avance plus vite que son ombre</h2>



<p>Gabriel&rsquo;s Moon reste un livre qu&rsquo;on lit avec plaisir, porté par un métier d&rsquo;écriture que peu de romanciers britanniques contemporains peuvent revendiquer. Boyd, né au Ghana en 1952, élevé en Écosse, installé en Dordogne, a toujours été un écrivain de l&rsquo;entre-deux, et ce roman lui ressemble. Il est cosmopolite sans être superficiel, intelligent sans être prétentieux. La fin, volontairement ambiguë, laisse Gabriel dans un état de suspension qui convient bien à un personnage n&rsquo;ayant jamais vraiment su où il allait. On referme le livre avec le sentiment d&rsquo;avoir voyagé en bonne compagnie, même si on aurait aimé, par moments, que le voyage s&rsquo;attarde un peu plus longtemps dans les endroits qui comptent.</p><p>The post <a href="https://www.jakalui.be/books/gabriels-moon-william-boyd/">Gabriel’s Moon | William Boyd</a> first appeared on <a href="https://www.jakalui.be">Jakalui</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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