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	<title>ElectionPrésidentielle.fr</title>
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	<description>L’information politique, claire et sans détour.</description>
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		<title>L&#8217;urne électorale d&#8217;Éthiopie doit devenir un symbole de paix</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Dominique Barthier]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 12 Jun 2026 20:52:03 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Etats-Unis]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dans la poussière et l’incertitude qui entourent l’Éthiopie contemporaine, une image de l’élection de juin 2026 demeure d’une force inhabituelle:</p>
<p>L’article <a href="https://www.election-presidentielle.fr/lurne-electorale-dethiopie-doit-devenir-un-symbole-de-paix/">L&rsquo;urne électorale d&rsquo;Éthiopie doit devenir un symbole de paix</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.election-presidentielle.fr">ElectionPrésidentielle.fr</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<div class="entry-content full_post abcd">
<p class="wp-block-paragraph">Dans la poussière et l’incertitude qui entourent l’Éthiopie contemporaine, une image de l’élection de juin 2026 demeure d’une force inhabituelle: des millions de citoyens font la queue patiemment pour voter, tandis que d’importantes zones du pays restent marquées par la guerre, les déplacements et le chagrin. Plus de 50 millions d’Éthiopiens étaient inscrits sur les listes électorales, et la participation, selon les premières estimations, frôlait les 90 % dans les zones où le scrutin a eu lieu. Ce fut l’un des plus grands exercices électoraux jamais organisés sur le continent africain.</p>
<p class="wp-block-paragraph">Pourtant, ce scrutin fut aussi défini autant par l’absence que par la participation. Des circonscriptions entières du Tigray n’ont pas voté. Des centaines de bureaux de vote en Amhara et dans l’Oromia ont été fermés pour des raisons liées à la sécurité. Plus de 4 millions de déplacés internes vivent encore entre l’incertitude et la survie.</p>
<p class="wp-block-paragraph">La contradiction est difficile à ignorer. L’Éthiopie a démontré une capacité remarquable à organiser des élections dans des circonstances extrêmement difficiles. La logistique électorale, avec des systèmes d’enregistrement numérique et l’identification biométrique des électeurs, a mis en lumière la résilience des institutions. Des observateurs de l’Union africaine (UA), qui regroupe les 55 États africains, ont rapporté un vote fluide là où le scrutin a été organisé. Mais la question plus profonde qui se pose à l’Éthiopie n’est pas de savoir si les bulletins ont été comptés. C’est de savoir si la participation démocratique peut évoluer en une culture politique capable de résoudre les conflits grâce à des institutions plutôt que par la confrontation. Cette question influencera non seulement l’avenir de l’Éthiopie mais aussi la trajectoire stratégique de la Corne de l’Afrique.</p>
<h2 class="wp-block-heading">Les Éthiopiens ont choisi la démocratie plutôt que le désengagement</h2>
<p class="wp-block-paragraph">Pendant la majeure partie de la dernière décennie, l’Éthiopie a incarné à la fois les promesses et les risques de l’Afrique. Avec environ 130 millions d’habitants, c’est la deuxième nation la plus peuplée du continent, un poids diplomatique considérable, un acteur sécuritaire clé et l’une des économies à la croissance la plus rapide des années 2000 avant que les conflits ne renversent une grande partie de ces progrès. La guerre civile au Tigray, accompagnée des violences persistantes en Amhara et en Oromia, a coûté cher à l’ensemble du pays.</p>
<p class="wp-block-paragraph">Le conflit tigréen a provoqué plus de cinq millions de déplacés en 2021 seulement, l’une des plus grandes crises de déplacement jamais enregistrées dans l’histoire récente. Des organisations de droits humains continuent de documenter des allégations d’atrocités, des attaques contre des civils et une détresse humanitaire sévère dans les régions touchées par le conflit.</p>
<p class="wp-block-paragraph">Dans ce cadre, l’élection est devenue un test pour savoir si l’État éthiopien conserve encore une légitimité suffisante pour convaincre les citoyens que la participation politique demeure préférable à la lutte armée.</p>
<p class="wp-block-paragraph">La réponse, étonnamment, pourrait être oui. Malgré des années de violence, des millions ont tout de même choisi l’urne. Cela importe. Dans les États fragiles, le désengagement public survient souvent avant l’effondrement des institutions. L’Éthiopie n’en est pas encore à ce point. La volonté des citoyens de participer malgré les difficultés profondes suggère que la foi dans l’idée d’une politique démocratique n’a pas totalement disparu. À bien des égards, cela pourrait être le résultat le plus important de l’élection.</p>
<p class="wp-block-paragraph">Pourtant, la résilience démocratique ne doit pas être confondue avec une consolidation démocratique. Les politologues distinguent souvent entre élections et démocratie. Les élections sont des événements. La démocratie est un système de gestion des conflits. Ce système nécessite des institutions en lesquelles les citoyens ont confiance même lorsqu’ils perdent. Il exige des tribunaux indépendants, des médias libres, des partis d’opposition capables de s’organiser en sécurité et des forces de sécurité qui protègent les citoyens et non les intérêts politiques.</p>
<p class="wp-block-paragraph">Ces fondations restent fragiles en Éthiopie. Des partis d’opposition ont publié une déclaration affirmant qu’ils avaient été marginalisés, cooptés ou exclus d’une compétition véritable. Les inquiétudes concernant les arrestations, les restrictions de l’espace civique et la participation politique inégale continuent d’obscurcir la perception de la crédibilité électorale. Lorsque les citoyens tirent la conclusion que les élections ne peuvent pas produire un changement politique significatif, la tentation de chercher des alternatives en dehors des canaux institutionnels augmente inévitablement.</p>
<h2 class="wp-block-heading">La paix dépend de la stabilisation de la démocratie</h2>
<p class="wp-block-paragraph">L’histoire livre des leçons édifiantes. Les pays sortant de conflits atteignent rarement une paix durable uniquement par des exercices électoraux. La stabilisation après la guerre au Sierra Leone a exigé des années de réformes institutionnelles et de réconciliation communautaire. La transition démocratique en Afrique du Sud a réussi non pas parce que les élections ont résolu les griefs politiques, mais parce que les institutions sont devenues, avec le temps, des mécanismes de gestion fiables. La paix fragile en Bosnie-Herzégovine a survécu parce que les arrangements constitutionnels créaient des incitations à négocier plutôt qu’à recourir à la violence.</p>
<p class="wp-block-paragraph">L’Éthiopie est désormais confrontée à un défi similaire. La stabilité future du pays dépendra moins de savoir qui a gagné l’élection de 2026 que de la mesure dans laquelle les acteurs politiques voient les institutions comme des arènes légitimes de contestation. La question centrale est de savoir si les désaccords sur le pouvoir, l’identité et les ressources peuvent être canalisés par des mécanismes constitutionnels plutôt que par une mobilisation armée.</p>
<p class="wp-block-paragraph">Ce défi est particulièrement aigu car les conflits éthiopiens sont profondément imbriqués dans des visions concurrentes de l’État lui-même. Les débats sur le fédéralisme ethnique, l’autonomie régionale et l’identité nationale sont devenus des lignes de fracture centrales dans la politique contemporaine. Des victoires militaires ne peuvent pas résoudre ces questions durablement. Ni les victoires électorales. Seul un dialogue politique soutenu peut y parvenir.</p>
<p class="wp-block-paragraph">Ce qui est encourageant, c’est que des chemins existent. Le Institute for Security Studies a régulièrement souligné l’importance de relancer l’agenda de justice transitionnelle en Éthiopie, aujourd’hui à l’arrêt. Une reddition de comptes significative pour les abus commis pendant la guerre, associée à un dialogue national plus large, pourrait aider à restaurer la confiance entre les communautés et les institutions. La justice transitionnelle est souvent politiquement inconfortable, mais les griefs non résolus ne disparaissent pas; ils attendent simplement de nouvelles opportunités pour refaire surface.</p>
<h2 class="wp-block-heading">Le résultat pourrait avoir des répercussions internationales</h2>
<p class="wp-block-paragraph">L’importance de cette élection dépasse largement l’Éthiopie. Ayant une des positions les plus influentes du continent, la trajectoire de l’Éthiopie influencera la stabilité régionale, les flux migratoires, l’intégration économique et les dynamiques sécuritaires dans la Corne et dans le grand corridor de la mer Rouge.</p>
<p class="wp-block-paragraph">La dimension internationale mérite également une attention accrue. L’avenir démocratique de l’Éthiopie se déploie dans un contexte de concurrence géopolitique croissante autour de la mer Rouge et de la Corne de l’Afrique. Puissances du Golfe, Turquie, Égypte, Chine, États-Unis et acteurs européens nourrissent tous des intérêts stratégiques importants dans la région. Le détroit de Bab el-Mandeb, reliant la mer Rouge à l’océan Indien, transporte environ 12 % du commerce mondial et est affecté par des guerres par procuration. L’accès maritime et l’influence régionale façonnent de plus en plus l’engagement extérieur.</p>
<p class="wp-block-paragraph">Pourtant, trop souvent, la politique internationale à l’égard de l’Éthiopie reflète une contradiction bien connue. Les acteurs externes célèbrent souvent les progrès démocratiques tout en privilégiant les partenariats sécuritaires et les calculs géopolitiques lorsque des crises éclatent. L’Éthiopie a été décrite comme « trop grande pour échouer », ce qui crée des incitations pour les gouvernements étrangers à tolérer l’instabilité tant que leurs intérêts stratégiques restent protégés.</p>
<p class="wp-block-paragraph">Cette approche présente des risques. Une stabilité façonnée principalement par des calculs de sécurité tend à être fragile. Une stabilité durable émerge lorsque les citoyennes et les citoyens estiment que les institutions peuvent offrir justice, représentation et opportunités. La lecture la plus optimiste de l’élection de 2026 est donc que la démocratie demeure possible.</p>
<h2 class="wp-block-heading">Il y a de l’espoir pour la démocratie éthiopienne</h2>
<p class="wp-block-paragraph">Dans un monde de plus en plus défini par la polarisation, les conflits et le recul démocratique, la vision de millions de personnes qui participent pacifiquement à la vie politique conserve une signification profonde. Elle indique que le contrat social a été endommagé mais n’a pas été détruit. Elle suggère que, malgré la guerre et les déplacements, de nombreux Éthiopiens considèrent toujours la politique comme un levier pour façonner l’avenir plutôt que comme un simple moyen de survivre au présent.</p>
<p class="wp-block-paragraph">Le travail le plus ardu commence maintenant. Le plus grand test de l’Éthiopie n’est plus d’organiser des élections. Il s’agit de transformer la participation électorale en confiance envers les institutions. Il s’agit de démontrer que les bulletins comptent après le jour du vote. Il s’agit de montrer que les tribunaux, les législatures, les mécanismes de dialogue et les structures de gouvernance locale peuvent traiter les griefs avant qu’ils ne se transforment en insurrections.</p>
<p class="wp-block-paragraph">Le pays se trouve à une croisée des chemins historiques. L’un mène à des cycles récurrents de conflits, marqués par des élections qui légitiment l’autorité mais ne résolvent pas les tensions sous-jacentes. L’autre ouvre sur un projet plus ambitieux: une culture politique dans laquelle les différends se règlent par les institutions plutôt que par la force, et où la participation démocratique devient la base du renouveau national.</p>
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<p class="wp-block-paragraph">L’avenir de l’Éthiopie dépendra en fin de compte de la capacité de sa participation électorale durement acquise à évoluer vers quelque chose de plus profond: une conviction partagée que les institutions, aussi imparfaites soient-elles, possèdent plus de pouvoir que la violence. Si cette transition réussit, le pays aura jeté les bases d’un avenir plus stable. Si elle échoue, la boîte à bulletins risque de devenir un autre symbole d’opportunités retardées plutôt que de destinées accomplies.</p>
<p class="wp-block-paragraph"><em>Édité par Cheyenne Torres.</em></p>
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		<item>
		<title>Les femmes boucs émissaires de la crise démographique en Pologne</title>
		<link>https://www.election-presidentielle.fr/les-femmes-boucs-emissaires-de-la-crise-demographique-en-pologne/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Dominique Barthier]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 12 Jun 2026 02:51:51 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Europe]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>En 2024, la Pologne affichait l’un des taux de fécondité les plus bas de l’Union européenne (1,14 enfant par femme),</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>En 2024, la Pologne affichait l’un des taux de fécondité les plus bas de l’Union européenne (1,14 enfant par femme), plaçant les questions démographiques au cœur du débat politique. Alors que le pays est saisi par une anxiété démographique croissante, les choix reproductifs des femmes restent contraints, et le faible taux de natalité est présenté comme un échec moral ou culturel plutôt que comme une question structurelle.</p>
<h2 class="wp-block-heading"><strong>Blâme et simplification</strong></h2>
<p>En 2022, le dirigeant du parti alors au pouvoir, le droit et justice, Jarosław Kaczyński, avait suscité la controverse en suggérant, de manière « plaisantée », que les faibles taux de fécondité seraient liés au mode de vie des femmes, notamment leur consommation d’alcool. Trois ans plus tard, le Premier ministre Donald Tusk, issu de la coalition Civic Platform (Civic Coalition), a repris une narration tout aussi simplifiée. Dans une interview accordée au Times, il soutenait que les jeunes, et surtout les femmes, renoncent à devenir parents non pas à cause des contraintes liées au logement ou au budget, mais parce qu’elles « n’aiment pas ce mode de vie, les obligations, les responsabilités ». </p>
<p>Selon Monika Mynarska, professeure de psychologie à l’Université Cardinal Stefan Wyszyński de Varsovie et directrice du laboratoire Familles et Générations, de telles affirmations reposent sur une compréhension réductrice des choix reproductifs. Mynarska rappelle : « Chaque fois que j’entends dire que les femmes polonaises décident de ne pas avoir d’enfants parce qu’elles ont peur de la responsabilité, ma première question est : et les hommes polonais ? » La parentalité, insiste-t-elle, est une décision commune, et les hommes s’impliquent désormais davantage dans la garde des enfants, bien que les inégalités persistent. Néanmoins, le débat public continue de présenter la faible fécondité comme un problème lié à l’attitude des femmes.</p>
<p>Malgré ce taux historiquement bas, la plupart des Polonais déclarent vouloir avoir des enfants. Comprendre la crise démographique du pays requiert d’aller au-delà d’explications simplistes. Comme le souligne Mynarska, il n’existe pas une cause unique à la faible fécondité. D’un point de vue individuel, les inquiétudes récurrentes incluent l’insécurité économique, le coût élevé du logement, l’emploi instable, les difficultés à concilier travail et vie familiale, les problèmes au sein du système de santé – y compris les soins prénataux –, et même les peurs liées à la guerre.</p>
<p>Autrement dit, les décisions individuelles ne peuvent être dissociées des transformations structurelles plus larges. Mynarska explique que, comme dans de nombreux pays, la Pologne est entrée dans une étape de développement démographique où une faible fécondité est devenue normale. Les comparaisons avec le passé — lorsque les conditions étaient souvent plus difficiles sur le plan matériel, mais les taux de natalité étaient plus élevés — sont donc trompeuses.</p>
<h2 class="wp-block-heading"><strong>Les conséquences du contrôle</strong></h2>
<p>Au cours de la dernière décennie, la Pologne a considérablement restreint les droits reproductifs, en justifiant ces changements surtout par la « protection de la vie ». Une décision du Tribunal constitutionnel en 2020 a interdit l’avortement dans les cas d’anomalies fœtales graves — raison invoquée pour plus de 97 % des avortements légaux en Pologne jusqu’alors —, n’autorisant que deuxexceptions : lorsque la grossesse résulte d’un acte criminel ou lorsqu’elle met en danger la vie ou la santé de la femme.</p>
<p>Les conséquences ont été profondes. En 2021, une femme de 30 ans nommée Izabela est décédée d’un choc septique après s’être vue refuser un avortement en temps utile, alors que les examens avaient révélé de nombreuses malformations fœtales. Sa mort a déclenché des manifestations à l’échelle nationale et est devenue le symbole de l’effet dissuasif des lois sur l’avortement sur la pratique médicale : des médecins, craignant des répercussions juridiques, ont parfois retardé des interventions même dans des situations mettant la vie en danger. Ce n’est que cinq ans plus tard que les médecins responsables de la mort d’Izabela ont été condamnés.</p>
<p>Sans surprise, les femmes polonaises perçoivent de plus en plus la grossesse comme une source d’incertitude et de risque. Une étude réalisée par les économistes Anna Matysiak, Anna Kurowska et Magdalena Grabowska montre que les préoccupations liées à l’accès restreint à l’avortement constituent parmi les facteurs clés qui influencent les décisions de procréation, notamment chez les femmes sans enfant. Leurs résultats suggèrent que restreindre les droits reproductifs peut dissuader, plutôt que d’encourager, la fécondité. L’accès limité aux soins prénataux, la fermeture des maternités et la qualité inégale des services de santé renforcent encore cette insécurité.</p>
<p>Ces défis sont d’autant plus aigus pour les femmes migrantes, dont les expériences restent largement absentes des débats démographiques. Les obstacles linguistiques, le statut juridique précaire et l’accès restreint aux soins de santé compliquent considérablement la grossesse pour elles.</p>
<p>Un exemple en témoigne : le cas d’une femme géorgienne nommée Lela, qui en février 2026 a connu de graves complications durant sa grossesse et souhaitait avorter. Elle a reçu les soins médicaux nécessaires uniquement après l’intervention d’ONG et une large médiatisation. L’information sur sa situation s’est propagée au-delà des frontières de la Pologne et a été relayée par l’initiative citoyenne européenne My Voice, My Choice. Une fois son état stabilisé, Lela a décidé de poursuivre la grossesse.</p>
<h2 class="wp-block-heading"><strong>La voie à suivre</strong></h2>
<p>La Pologne a mis en place plusieurs mesures visant à accroître les taux de natalité, telles que des congés maternité, paternité et parental rémunérés, des investissements dans les crèches et des allègements fiscaux pour les familles. La plupart de ces initiatives privilégient des avantages financiers et, bien qu’elles apportent un soutien à court terme, leur impact à long terme sur la fécondité reste limité.</p>
<p>Mynarska soutient que les personnes qui ne souhaitent pas avoir d’enfants ne peuvent pas être simplement « encouragées » à en avoir. Plutôt que des slogans pronatalistes, les politiques devraient viser à créer les conditions qui permettent réellement la parentalité : un meilleur accès à la garde d’enfants, à la santé, au logement et à des conditions de vie stables.</p>
<p>Au-delà des chiffres, la crise démographique de la Pologne est une question de droits, de confiance et du rôle de l’État. Soutenir la parentalité ne consiste pas uniquement à faire monter les naissances, mais aussi à améliorer la qualité de vie de manière plus générale, notamment en facilitant l’accès aux transports publics, à l’éducation et à la protection de l’environnement.</p>
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		<title>Trop de gens, trop peu : la malthusianisation et la politique de l’anxiété démographique</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Dominique Barthier]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 11 Jun 2026 09:51:59 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La spéculation démographique ne se présente guère comme telle. Revêtue d’un langage scientifique rigoureux, elle dessine des avenirs avec une</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<div class="wp-block-ldgejblocks-gej-block-introduction">
<p>La spéculation démographique ne se présente guère comme telle. Revêtue d’un langage scientifique rigoureux, elle dessine des avenirs avec une certitude que les faits seuls ne sauraient ébranler. Mais considérer les populations comme des agrégats efface la réalité sociale et historique des vies humaines – réduisant non seulement ce qui est étudié mais aussi ce que l’on peut imaginer. </p>
</div>
<p>Il y a une décennie encore, les publics européens entendaient qu’il y avait trop de monde sur la planète. Bombes démographiques, capacités de charge dépassées, le Sud global se reproduisant jusqu’à provoquer une catastrophe planétaire. Aujourd’hui, les mêmes publics entendent le contraire: il y a trop peu de monde. Fertilité en chute, sociétés vieillissantes, régions en dépeuplement, déclin civilisationnel. Elon Musk avertit que « l’effondrement démographique » constitue une menace pour l’humanité plus grave que le changement climatique. La Première ministre italienne Giorgia Meloni a fait de la défense de la « famille naturelle » une priorité de son gouvernement. Son ancien homologue hongrois, Viktor Orbán, finançait la maternité par des avantages fiscaux (tout en renforçant la frontière méridionale de son pays contre ceux qui pourraient la repeupler). Entre ces deux alertes, le récit a évolué. La logique sous-jacente, elle, n’a pas bougé. </p>
<p>Pendant des années, j’ai écrit et pris la parole sur la première panique, démontant le mythe de la surpopulation, montrant à mes auditoires que ce n’est pas la reproduction mais la consommation qui déplace les émissions; que les dix pour cent les plus riches de l’humanité sont responsables de deux tiers du réchauffement planétaire; que blâmer la fécondité dans le Sud global est une façon de protéger les schèmes de consommation du Nord. Mais j’ai fini par comprendre que la pensée démographique fonctionne comme un réflexe. Elle arrive déjà formée, enveloppée d’une anxiété, imperturbable face aux faits qui viennent ensuite. Quand la panique sur la surpopulation s’est doucement dissoute et a été remplacée, quasi du jour au lendemain, par son image inverse, le réflexe n’avait pas faibli. Il avait simplement trouvé un nouveau véhicule. La peur d’un excès et la peur d’un insuffisant ne constituent pas des positions opposées – ce sont les mêmes mécanismes. </p>
<p>J’appelle cette opération la Malthusianisation : le processus discursif, affectif et institutionnel par lequel les résultats structurels des systèmes politiques, économiques et écologiques se transforment en problèmes démographiques. Dans An Essay on the Principle of Population (1798), l’ecclésiastique et économiste politique anglais Thomas Robert Malthus soutenait que la population croît géométriquement alors que l’offre alimentaire croît arithmétiquement, rendant les famines et les épidémies des correctifs inévitables. Il s’opposait à l’aide à la pauvreté au motif que cela encourageait la reproduction parmi les pauvres. Son cadre a façonné deux siècles de débats sur les ressources, la fécondité et le bien-être et a donné son nom à un style récurrent de raisonnement catastrophiste. La Malthusianisation n’est pas l’héritage passif d’une vieille idée mais un processus actif et continu qui transforme les crises du logement en problèmes d’immigration, l’effondrement climatique en appels à un contrôle plus strict des frontières, les effets de l’inégalité en échec d’intégration, et les choix politiques en inévitabilités démographiques. Sa survie n’a jamais dépendu d’être vraie; c’est plutôt son utilité qui la maintient en circulation. </p>
<h2 class="wp-block-heading"><strong>Chiffres et peur  </strong> </h2>
<p>Le langage de la démographie ne se présente guère comme idéologique à visage découvert. Et il n’emprunte pas une seule voix. D’un côté, il y a le langage des projections, des rapports, des courbes de dépendance et des capacités de charge : technique, mesuré; la gestion sobre – apparemment neutre – des chiffres. D’un autre côté, il existe un vocabulaire – toujours en circulation – d’invasion, d’inondation, de remplacement et d’effondrement : viscéral, urgent et difficile à contester sans paraître naïf. Aucun registre ne serait suffisant pris isolément. La voix technique serait sèche et contestable; la voix viscérale serait politiquement embarrassante. Ensemble, toutefois, les deux registres donnent l’exclusion l’apparence d’un raisonnement et d’une nécessité, chacun renforçant l’autre si efficacement qu’il devient difficile de les démêler. </p>
<p>Considérons la façon dont la politique européenne contemporaine encadre la migration. Le Nouveau Pacte sur la Migration et l’Asile de l’UE, adopté en 2024, parle longuement de solidarité, de partage des charges et de procédures dignes, tout en formalisant des contrôles frontaliers accélérés et des partenariats de retour avec des pays tiers dont les droits humains restent largement inaperçus. L’accent mis sur les chiffres – arrivées, capacités, ratios – donne l’impression d’une nécessité technique, tandis que la dimension politique des choix qui sont faits est discrètement déplacée. Tel un passage d’un orchestre, les chiffres offrent la mélodie de la légitimité, et la peur bat les timbales de l’urgence. L’ensemble instrumental permet d’approuver des politiques qui, autrement, seraient controversées, en les présentant comme des réponses pragmatiques à des réalités démographiques. </p>
<p>L’inconfort qui s’attache au changement démographique n’est pas une réponse aux données ; huit milliards demeure un chiffre que personne n’arrive à se figurer. C’est pourquoi les tentatives visant à corriger des affirmations démographiques par des preuves empiriques échouent si souvent. </p>
<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>Les politiciens qui avertissent d’un déclin démographique ou d’un remplacement culturel légitiment des angoisses qui cherchaient déjà un foyer politique. L’effet est cumulatif.</p>
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<p>Les politiciens qui avertissent d’un déclin démographique ou d’un remplacement culturel légitiment des angoisses qui cherchaient déjà un foyer politique. L’effet est cumulatif. Leurs avertissements sur le « remplacement ethnique » chez Geert Wilders (leader d’extrême droite néerlandais), la rhétorique de survie civilisationnelle de Marine Le Pen en France, l’appel d’Orbán à davantage de bébés hongrois: ces arguments ne sont pas des démonstrations au sens conventionnel mais des invitations à ressentir. Et une fois ces sentiments activés, ils deviennent remarquablement résistants à toute correction. Ce qui commence comme une spéculation sur des futurs démographiques – des projections sur qui naîtra, qui arrivera, et quel type de société en résultera – prend peu à peu l’allure d’un sens commun. De cette manière, les récits démographiques deviennent auto-réalisateurs : ils façonnent les perceptions à travers lesquelles ils seront interprétés.</p>
<p>Le temps joue un rôle crucial dans le maintien de cette dynamique. Les crises démographiques se projettent presque toujours sur un avenir suffisamment proche pour exiger une action immédiate, mais suffisamment lointain pour éviter une vérification directe. Malthus donnait à la catastrophe quelques décennies pour se matérialiser; Paul Ehrlich, qui est mort cette année sans avoir vu les famines qu’il promettait pour les années 1970, donnait à ses prédictions quelques années pour se réaliser. Les démographes d’aujourd’hui projettent quant à eux tranquillement jusqu’en 2050 ou 2100, et les think tanks natalistes organisent des « conférences natalistes » avec des milliardaires de la tech prédisant des hivers démographiques avec une précision qui ferait honte à un statisticien sérieux. </p>
<p>L’horizon se déplace, mais la structure demeure. Chaque prédiction qui échoue devient la base de la suivante, recalibrée mais jamais abandonnée. Cela produit un état d’urgence permanent dans lequel des mesures extraordinaires, la militarisation des frontières, des incitations à la reproduction et le contrôle des migrations peuvent être justifiés comme des réponses d’urgence, pour devenir, avec le temps, une normalité. </p>
<h2 class="wp-block-heading"><strong>La politique déguisée  </strong> </h2>
<p>Une grande partie de l’autorité du raisonnement démographique repose sur l’apparence de la neutralité scientifique. Les variables démographiques circulent à travers les modèles climatiques, les prévisions migratoires, les cadres de développement et les comptabilisations du carbone. La sophistication de la modélisation donne une impression de précision, dissimulant les hypothèses qui y sont imbriquées. Or, ce qui est présenté comme neutre appartient en réalité à une tradition particulière de la science occidentale, portant avec elle une vision du monde spécifique. Par exemple, une étude sur la fécondité publiée par The Lancet en 2024 a été largement relayée comme preuve d’un effondrement démographique imminent. Dénudée de ses caveats méthodologiques, elle est entrée dans le débat public comme une prévision nette plutôt que comme une projection probabiliste sous des hypothèses contestées. </p>
<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>La traduction des processus politiques en termes démographiques masque les décisions qui les produisent.</p>
</blockquote>
<p>Lorsque des dynamiques sociales et écologiques complexes sont réduites à des indicateurs numériques, ce qui est gagné en clarté est souvent perdu dans le contexte. Et pourtant, c’est précisément cette simplification du raisonnement démographique à une question de « combien » qui lui permet de circuler si efficacement entre les domaines, du discours sur le climat à la politique migratoire en passant par la planification du développement. Cela reflète des idées particulières sur la rareté, les limites et la responsabilité – des idées qui déterminent quelle reproduction est présentée comme un problème et qui est considérée comme un devoir. Ces cadres accomplissent un travail politique précisément parce qu’ils semblent ne pas en faire. C’est une sorte d’illusion d’optique: une politique dessinée avec tant de soin que le spectateur ne voit que la démographie. </p>
<p>Dans le même temps, la traduction des processus politiques en termes démographiques occulte les décisions qui les produisent. Par exemple, les désaccords sur la politique d’asile qui ont conduit à l’effondrement du gouvernement de coalition néerlandais en 2023 ont été largement formulés en termes de pressions liées au logement et à l’aide sociale, comme si ces pressions n’étaient pas les résultats de choix politiques à long terme. De même, le dépeuplement rural en Espagne est souvent présenté comme une trajectoire inévitable plutôt que comme le résultat d’une restructuration économique et de choix politiques favorisant les centres urbains. Dans chaque cas, le passage du langage politique à celui démographique modifie le terrain du débat. Ce qui pourrait autrement être contesté comme une question de politique devient accepté comme une évidence. Une évidence démographique.</p>

<h2 class="wp-block-heading"><strong>Cadres récurrents  </strong> </h2>
<p>Une autre raison pour laquelle cette logique est si difficile à dissiper est qu’elle circule, sous des formes diverses, à travers l’éventail politique. Des variantes de celle-ci apparaissent aussi dans le discours progressiste. En février 2026, Valérie Tanghe, membre du Club de Rome et candidate à la présidence du parti écologiste flamand, a confié à un journaliste que la principale raison pour laquelle la Terre est sous une telle pression est qu’il y a tant d’entre nous.<sup data-fn="9dedbf75-b4b4-40a5-8097-058d7119fa14" class="fn">4</sup> Tanghe a perdu le vote de manière nette. Mais il est révélateur qu’un cadre pareil puisse être défendu, sans controverse, par une candidate du Parti Vert. </p>
<p>Les arguments sur la durabilité qui se focalisent sur la limitation de la croissance démographique reproduisent souvent les hypothèses relatives à la rareté et à la responsabilité qui ressemblent à celles que l’on retrouve dans les récits plus ouvertement malthusiens. Comme l’écrivait Margaret Sanger, militante américaine pour le contrôle des naissances, le contrôle des naissances est « pratiquement identique dans l’idéal aux objectifs finaux de l’eugénisme ».<sup data-fn="8e60f9a6-e422-46d3-af24-6b62fbb647fd" class="fn">5</sup> Elle n’était pas cynique, elle articulait simplement une continuité qui demeure inconfortable à reconnaître. </p>
<p>La capacité d’adaptation du raisonnement malthusien est renforcée par le déplacement des idées à travers les frontières institutionnelles et les carrières. Des concepts développés dans un contexte – recherche académique, analyse politique, plaidoyer politique – sont repris dans d’autres, sans que leurs hypothèses centrales ne changent. Des individus et des organisations se déplacent aussi entre ces espaces, portant avec eux des manières particulières de cadrer les problèmes et les solutions. Le Population Reference Bureau, basé à Washington et fondé en 1929 par le eugéniste Guy Irving Burch, avait rejoint la mouvance environnementaliste dans les années 1960 sans changer ses modèles mathématiques, seulement son vocabulaire. </p>
<p>Plus récemment, la trajectoire de Fabrice Leggeri illustre cette dynamique. Leggeri a dirigé Frontex, l’Agence européenne de garde-frontières et côtes, de 2015 à 2022, une période durant laquelle journalistes, ONG et l’Office européen de lutte antifraude (OLAF) ont documenté des refoulements illégaux systématiques à la frontière grecque avec la Turquie, le long du fleuve Evros et dans l’Égée. Il a démissionné en 2022 après qu’une enquête OLAF a conclu que des fautes graves avaient été commises sous sa supervision. En février 2024, toutefois, il réapparaît sur la liste des élections européennes du Rassemblement National (RN), parti d’extrême droite français. Il affirme à la presse être déterminé à combattre « la surcharge migratoire », que les institutions européennes « ne considèrent pas comme un problème, mais comme un projet ».<sup data-fn="b603eca2-a0b3-4d75-a1d1-499b83784cea" class="fn">6</sup> Il a été élu au Parlement européen et siège désormais au Comité des libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures, contribuant à façonner la politique migratoire qu’il avait autrefois appliquée. Le même homme, la même logique. Seule l’uniforme a changé. </p>
<h2 class="wp-block-heading"><strong>Populations comme outils  </strong> </h2>
<p>Cette question touche à une transformation plus profonde qui concerne la manière dont les populations elles-mêmes sont conceptualisées. Les groupes sont de plus en plus compris comme des agrégats définis par des attributs démographiques: taille, taux de croissance, structure par âge, mobilité. Cette abstraction facilite une forme de gouvernance dans laquelle les populations peuvent être gérées, redistribuées ou contenues selon des calculs stratégiques. Selon les besoins du moment, le même groupe peut être présenté comme nécessaire économiquement et dangereux culturellement au sein du même cadre politique. Ce qui disparaît dans ce processus, c’est la réalité sociale et historique des vies des personnes. Elles deviennent des flux à réguler, des charges à partager ou des menaces à atténuer. </p>
<p>Dans certains contextes, les populations sont même instrumentalisées dans le cadre de conflits politiques plus larges, dirigées vers les frontières ou repoussées hors de celles-ci dans le cadre d’un maniement stratégique. En 2020, lorsque la Turquie ouvrit la frontière le long du fleuve Evros pour exercer des pressions sur l’Union européenne, la police grecque repoussa des personnes, parfois dépouillées, parfois battues, tandis qu’Athènes les décrivait comme une « menace hybride ». La même dynamique s’est produite en 2021 à la frontière polonaise avec la Biélorussie, cette dernière effectuant les poussées et la Pologne répondant en construisant un mur et en suspendant les droits d’asile. </p>
<p>Le langage utilisé pour décrire les dynamiques démographiques reflète et renforce à la fois cette instrumentalisation. Le résultat est une forme de gouvernance dans laquelle les populations elles-mêmes deviennent des outils. Elles sont déployées, gérées et négociées de manières qui seraient difficiles à justifier sans le langage apparemment objectif de la démographie. Ce n’est pas un sous-produit accidentel de la politique mais une conséquence d’une manière de penser qui présente les populations comme des variables à optimiser plutôt que comme des communautés à engager. Et pourtant, malgré sa cohérence apparente, cette façon de penser repose sur un ensemble d’exclusions rarement explicitées. </p>
<h2 class="wp-block-heading"><strong>Nommer l’effacement  </strong> </h2>
<p>En 1377, un savant nord-africain nommé Ibn Khaldûn écrivit le <em>Muqaddimah</em>, une œuvre qui contenait une théorie sophistiquée de la population, des cycles économiques et des changements civils. Son modèle était cyclique. Il soutenait que les populations montent et descendent en fonction de la cohesion politique, de la spécialisation économique et de la confiance qui unit les communautés. </p>
<p>Le concept d’<em>‘umran</em> d’Ibn Khaldûn entendait la population non pas comme une pression contre un mur fixe mais comme une force génératrice, la substance à partir de laquelle la richesse, la culture et la vie politique se fabriquent. Par ailleurs, son <em>‘asabiyyah</em>, la solidarité qui maintient une communauté, situait la source du renouveau civilisationnel non pas au centre mais sur les marges, chez ceux qui sont poussés à l’écart par les pouvoirs en place. Ensemble, ces termes décrivent une économie morale de la population, dans laquelle le travail, la justice et la vie politique sont inséparables de la question du nombre de personnes qu’une société contient. </p>
<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>Les cadres non occidentaux ont été systématiquement exclus de la pensée démographique.</p>
</blockquote>
<p>Quatre siècles plus tard, l’An Essay on the Principle of Population de Malthus a aplani la question démographique en une collision linéaire unique entre fécondité et ressources. La logique de sa théorie influence encore les représentations et les angoisses occidentales autour de la démographie, tandis que la pensée d’Ibn Khaldûn est passée presque inaperçue. La recherche démographique a, dans le silence, construit des murs autour de ce qui compte comme connaissance, et ces murs traversent les curricula, les réseaux de citation et les structures de financement sans que personne n’ait jamais besoin de les défendre explicitement. Les cadres non occidentaux ont été systématiquement exclus de la pensée démographique. </p>
<p>Lorsque Ibn Khaldûn apparaît dans les travaux occidentaux, il est généralement présenté comme un précurseur, une préfiguration, une curiosité qui aurait anticipé certaines idées européennes, dépouillé de la tradition intellectuelle islamique qui donne sa cohérence à son cadre. Les siècles de savoirs islamiques qui ont ensuite développé sa pensée restent invisibles, produisant l’illusion que la pensée démographique aurait émergé pleinement formée des Lumières européennes. Cette réduction du champ façonne non seulement ce qui est étudié mais ce que l’on peut imaginer. Nommer tout cela ne suffira pas, à lui seul, à le renverser. La Malthusianisation n’est pas tenue en place par l’ignorance seule. Elle est soutenue par des institutions, par des sentiments, par des coalitions et par des siècles d’alternatives suppressées. Mais nommer est la condition de tout le reste. Vous ne pouvez refuser une logique que vous ne voyez pas, et la gouvernance démographique a toujours dépendu, plus qu’elle ne l’admettra jamais, du fait de demeurer invisible : de paraître non pas comme un projet politique mais comme une réponse neutre et technique aux faits démographiques. Mais derrière les chiffres, il existe toujours un ensemble de choix sur ce qui compte comme problème – et pour qui.</p>
<ol class="wp-block-footnotes">
<li id="9f209287-159d-4fd6-9e97-6be24ffdfe48">L’accord de coalition dirigée par le parti de Geert Wilders a « sanitisé » l’omvolking (l’équivalent néerlandais du « Great Replacement ») en « phénomène démographique », et Wilders a nommé Richard van Zwol, président de la Commission d’État sur les évolutions démographiques 2050 (dont le rapport de 2024 fournissait ce vocabulaire), comme informateur pour les négociations de coalition.  ︎</li>
<li id="bbbc2c5b-24dc-418c-aa36-48a0b58d63ea">Manisha Krishnan (2025). « Far-Right Influencers Are Hosting a $10K-per-Person Matchmaking Weekend to Repopulate the Earth ». Wired. 31 mars 2025. Disponible à &lt;https://www.wired.com/story/natal-conference-matchmaking/#:~:text=Far%2DRight%20Influencers%20Are%20 Hosting,the%20world%2C%20WIRED%20has%20learned&gt;. ︎</li>
<li id="e641d216-b3dd-47eb-ac94-ba5f8d7991f0"> Natalia V. Bhattacharjee et al. (2024). « Global Fertility in 204 Countries and Territories, 1950–2021, with Forecasts to 2100: A Comprehensive Demographic Analysis for the Global Burden of Disease Study 2021 ». The Lancet, Vol. 403(10440), pp. 2057–2099. Disponible à &lt;https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(24)00550-6/fulltext&gt;. L’étude a été financée par la Gates Foundation, dont le portefeuille population s’est intéressé à la surpopulation en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud depuis deux décennies. Un seul point de vue institutionnel traverse les deux paniques assez confortablement.  ︎</li>
<li id="9dedbf75-b4b4-40a5-8097-058d7119fa14">Christof Vanschoubroek (2026). « Valérie Tanghe is de verrassing in de Groen-verkiezing: ‘Niet de individuele burger, maar de economie moet het klimaat redden’ ». De Standaard. 4 février 2026. Disponible à &lt;https://www.standaard.be/politiek/valerie-tanghe-is-de-verrassing-in-de-groenverkiezing-niet-de-individuele-burger-maar-de-economie-moet-het-klimaat-redden/128866061.html&gt;. ︎</li>
<li id="8e60f9a6-e422-46d3-af24-6b62fbb647fd">Soumaya Majdoub (2021). « Malthusian Fears in Current Migration Debates: Contemporary Manifestations of Malthusianization », dans Sarah Bracke &amp; Luis Manuel Hernández Aguilar (dir.). The Politics of Replacement: Demographic Fears, Conspiracy Theories, and Race Wars. Abingdon: Routledge, pp. 23-26.  ︎</li>
<li id="b603eca2-a0b3-4d75-a1d1-499b83784cea">Youmni Kezzouf &amp; Camille Polloni (2024). « Former Frontex Boss to Stand as French Far-Right Candidate in European Elections ». Mediapart. 19 février 2024. Disponible à &lt;https://www.mediapart.fr/en/journal/france/190224/former-frontex-boss-stand-french-far-right-candidate-european-elections&gt;. <img src="https://s.w.org/images/core/emoji/16.0.1/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</li>
</ol>
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			</item>
		<item>
		<title>Pronatalisme en Hongrie : Leçons et imaginaires</title>
		<link>https://www.election-presidentielle.fr/pronatalisme-en-hongrie-lecons-et-imaginaires/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Dominique Barthier]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 11 Jun 2026 03:52:54 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Europe]]></category>
		<category><![CDATA[Hongrie]]></category>
		<category><![CDATA[imaginaires]]></category>
		<category><![CDATA[leçons]]></category>
		<category><![CDATA[Pronatalisme]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Les efforts pour accroître les taux de natalité en Hongrie remontent à des siècles, mais l’agenda pro-natalité a reçu un</p>
<p>L’article <a href="https://www.election-presidentielle.fr/pronatalisme-en-hongrie-lecons-et-imaginaires/">Pronatalisme en Hongrie : Leçons et imaginaires</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.election-presidentielle.fr">ElectionPrésidentielle.fr</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<div class="wp-block-ldgejblocks-gej-block-introduction">
<p>Les efforts pour accroître les taux de natalité en Hongrie remontent à des siècles, mais l’agenda pro-natalité a reçu un nouvel élan sous Viktor Orbán. Lancée en 2010, sa « gouvernance pro-famille » a attaqué l’autonomie et l’égalité des femmes, mais des évolutions récentes en politique suscitent des espoirs. Un regard sur le passé – et sur l’avenir – de la politique démographique en Hongrie.</p>
</div>
<p><em>« Si vous ne possédez pas de logement, c’est très difficile… la location est extrêmement chère, surtout avec les charges en plus. Mon partenaire et moi avons tenté de nous en sortir. Si nous vivions seuls, nous ne pourrions pas joindre les deux bouts. Si nous voulions maintenir notre niveau de vie et tout offrir à notre enfant, cela serait impossible. Au troisième mois, nous devrions déjà contracter un prêt et nous endetter. Voilà comment cela se passerait, c’est pourquoi nous vivons chez ma mère dans sa maison. »</em><sup data-fn="1af1992c-60f2-4379-b3c6-c3f3e75af9e5" class="fn">1</sup></p>
<p>En 2018, une jeune femme originaire de Dombóvár, dans le sud-ouest de la Hongrie, parlait au nom de nombreuses personnes en évoquant leur existence dans le pays sous le gouvernement de l’ancien premier ministre Viktor Orbán. La flambée du coût de la vie et les bas salaires en milieu rural faisaient de la cohabitation avec les membres de la famille le seul chemin viable pour s’établir et fonder une vie d’adulte tout en élevant des enfants.</p>
<p>Curieusement, une série de subventions généreuses, d’avantages et d’exonérations fiscales était disponible pour les familles avec enfants et les couples envisageant de fonder une famille sous le régime Orbán, particulièrement à partir de 2015.</p>
<p>Ces mesures faisaient partie d’une série d’initiatives de politique démographique visant à déclencher un baby-boom en Hongrie. Or, les experts ont exprimé des préoccupations quant à leur équité, leur durabilité et leur accessibilité. Nombre d’instruments clés, y compris les crédits d’impôt et les refunds, privilégiaient fortement les couples mariés à hauts revenus. Ceux qui n’étaient pas conformes au modèle privilégié par le régime — la prétendue « famille nucléaire blanche et chrétienne » hongroise —, comme les couples non mariés ou non hétérosexuels et les familles moins bien dotées, étaient marginalisés. La minorité rom de Hongrie, confrontée à des niveaux plus élevés de pauvreté et d’exclusion, était particulièrement touchée. Les subventions liées au logement pour les familles ont contribué à la hausse des prix de l’immobilier et des loyers, poussant les jeunes générations vers d’autres formes d’habitation.</p>
<p>Par ailleurs, même lorsque les jeunes couples parvenaient à tirer parti de ces incitations financières, cela déclenchait souvent un paradoxe éthique.<sup data-fn="b238a741-1c38-4e61-85b1-f0ccbd4914ea" class="fn">2</sup> Bien qu’ils utilisaient ces dispositifs pour concrétiser des projets qu’ils avaient déjà en tête, bon nombre d’entre eux exprimaient une gêne morale à l’idée d’avoir des enfants à un moment précis pour bénéficier d’un soutien de l’État. En conséquence, les aides familiales deviennent un creuset de tensions et de négociations morales entre les citoyens.</p>
<p>Mais la difficulté la plus préoccupante entourant cette orientation politique — se présentant comme une réponse à ce qui était perçu comme un déclin démographique en Hongrie — résidait dans ses effets sur les femmes, notamment leur autonomie reproductive, leur indépendance économique et l’égalité entre les sexes.</p>
<h2 class="wp-block-heading"><strong>Origines historiques de la panique démographique</strong></h2>
<p>La crainte d’une dépopulation a longtemps façonné le discours démographique en Hongrie, avec des experts et des politiciens qui invoquent à répétition le spectre d’un déclin national. Bien que les circonstances aient changé au fil des siècles, ces récits restent étonnamment constants. Dans l’historiographie hongroise moderne, les inquiétudes liées au déclin démographique remontent souvent à l’après-Première Guerre mondiale et au Traité de Trianon (1920), qui ont redessiné de manière drastique les frontières du royaume. Depuis lors, les politiciens, les journalistes et les démographes n’ont cessé d’alerter sur la survie nationale.</p>
<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>Fears of depopulation have long shaped Hungarian demographic discourse, with experts and politicians repeatedly invoking the spectre of national decline.</p>
</blockquote>
<p>Pendant l’entre-deux-guerres, sous le régime autoritaire de Horthy, un cadre maternalisme a dominé le discours public. À partir de 1928, les femmes ayant un grand nombre d’enfants recevaient la Médaille de mérite pour les Mères valeureuses, et des politiques sociales globales furent mises en place pour soutenir la population rurale, en particulier les grandes familles pauvres. Toutefois, ces politiques s’appuyaient de plus en plus sur la confiscation de ce que l’on appelait jadis la « richesse juive » à partir de la fin des années 1930,<sup data-fn="47519c66-5fcc-4339-bd81-b89fdc470480" class="fn">3</sup> tout en excluant les personnes d’origine juive des coopératives d’aide sociale qui distribuaient les prestations, conférant à ce système une dimension clairement exclusive et discriminatoire. Les mécanismes de prêt, introduits sous lesquels les familles étaient exemptées de rembourser les emprunts d’État après la naissance du quatrième enfant, présentent une ressemblance frappante avec les politiques familiales introduites dans les années 2010.</p>
<p>Après la Seconde Guerre mondiale, un régime communiste soutenu par Moscou s’installa en Hongrie, et pourtant le cadre maternalisme persista. Au début des années 1950, l’État lança une campagne anti-avortement rigoureuse, resserrant les règles jusqu’à une quasi-prohibition.<sup data-fn="cdbdc14b-ec4e-472c-856f-2719765c4dcf" class="fn">4</sup> Parallèlement, les prestations sociales destinées aux mères furent élargies. Le discours pro-nataliste continua de s’appuyer sur les anciennes peurs de dépopulation, mais son cadre idéologique évolua : des taux de natalité plus élevés étaient désormais présentés comme essentiels à l’édification d’une société communiste idéale.</p>
<p>La troisième phase distincte du XXe siècle apparaît dans les années 1970, lorsque le régime d’État socialiste lança une nouvelle campagne démographique. Tout comme le discours pronataliste des années de l’entre-deux-guerres, cette approche associait la croissance démographique à une prospérité sociale et économique plus large. Elle s’est principalement concentrée sur l’aide financière via une nouvelle “allocation de garde d’enfants” (<em>gyermekgondozási segély</em>, GYES) en 1967. Le GYES offrait aux femmes la possibilité — mais les soumettait aussi à une pression sociale implicite — de rester à la maison avec leurs enfants durant les trois premières années de leur vie, soutenues par une compensation étatique limitée. D’autres mesures comprenaient le développement des infrastructures de santé, une planification familiale consciente, ainsi que le réajustement des comités étatiques chargés d’examiner les demandes d’avortement.</p>
<h2 class="wp-block-heading"><strong>Le contrat illibéral avec les femmes d’Orbán</strong></h2>
<p>Alors que les défis en matière des droits et de l’autonomie reproductive des femmes persistaient, issus d’acteurs conservateurs et religieux après la chute du communisme en 1989, ce n’est qu’après 2010 qu’un régime reproductif résolument néo-conservateur s’est véritablement mis en place. Dans ses premières années, l’accent était mis sur des incitations matérielles : par exemple, les familles de trois enfants ou plus bénéficiaient d’importantes réductions d’impôt, signe d’un déplacement de l’approche du citoyen social du pays. L’introduction du dispositif d’aide à l’accession immobilière pour les familles (<em>Családi Otthonteremtési Kedvezmény</em>, CSOK) en 2015 renforça davantage la direction pro-natalité de la politique démographique en offrant une aide financière aux familles pour l’achat d’un logement. Au-delà des objectifs démographiques, ces initiatives visaient aussi à stimuler la consommation et à dynamiser le secteur de la construction.</p>
<p>L’année 2018 constitua un tournant supplémentaire. À la suite de son troisième succès électoral consécutif, Orbán en déclara l’« Année des Familles » et, en 2019, lança le Plan d’action pour la protection de la famille (<em>Családvédelmi Akcióterv</em>). Ce programme élargit les incitations financières, incluant le prêt « babaváró » pour les futures mamans, des réductions hypothécaires liées à la naissance d’enfants et des exonérations fiscales à vie pour les mères de quatre enfants ou plus. Selon Orbán, avoir des enfants est « la question publique la plus personnelle », une assertion qui renforce une narration maternologique dans laquelle les femmes sont principalement définies par la maternité et apportent un service à l’État en portant et en élevant les futurs citoyens.</p>
<p>Le régime “carefare” illibéral promote une maternité payée et à temps plein comme alternative à la participation au marché du travail, présentant cette configuration comme une option séduisante pour les femmes. Par ailleurs, il entreprit la privatisation des services publics, notamment la santé et l’éducation, s’appuyant implicitement sur le travail reproductif des femmes comme substitut à faible coût à l’offre publique. Pour leur part, les femmes actives devaient effectuer à la fois un travail productif et reproductif afin de maximiser les prestations étatiques. Ce processus de « domestication » domestique a constitué une réponse distincte — mais finalement largement inefficace — aux défis économiques et sociaux plus généraux.</p>
<p>Une autre caractéristique de la poussée pro-nataliste d’Orbán fut le durcissement de l’accès à l’avortement. En 2011, une clause fut introduite dans la constitution hongroise qui consacrait la protection de la vie dès la conception. Bien que cela n’ait pas entraîné une criminalisation de l’avortement, cela a donné le ton pour les années suivantes. En raison de “restrictions furtives” comprenant l’interdiction de l’avortement médical en 2012, la nécessité d’auto-financement et la pression bureaucratique et psychologique croissantes — exacerbées par le controversé « décret de battement du cœur » introduit en 2022 qui oblige les médecins à fournir aux femmes enceintes cherchant un avortement une « indication clairement identifiable des signes vitaux fœtaux » avant de procéder à une termination — les femmes sous Orbán faisaient face à de nombreux obstacles qui rendaient l’accès à la procédure extrêmement difficile.</p>
<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>The illiberal “carefare regime” promoted paid, full-time motherhood as an alternative to participation in the labour market, presenting this arrangement as an attractive option for women. </p>
</blockquote>
<h2 class="wp-block-heading"><strong>Conséquences de la campagne</strong></h2>
<p>Au cours des seize dernières années, d’énormes montants d’argent public ont été dépensés au nom des ambitions pro-natalistes des décideurs hongrois. Parfois, l’aide familiale atteignait près de 5% du PIB. Parallèlement, les avantages fiscaux associés ont augmenté d’année en année.</p>
<p>Malgré les sommes investies, le baby-boom escompté n’a jamais vraiment eu lieu et les tendances démographiques sont restées largement inchangées. Selon le Bureau central hongrois de statistique,<sup data-fn="088c10b6-3ca1-48aa-af46-e864f2730859" class="fn">7</sup> en 1998, le nombre de naissances vivantes en Hongrie était de 97 301. Après le retour au pouvoir d’Orbán en 2010, les taux de natalité se situaient à un peu plus de 90 000 et sont restés stables jusqu’en 2013. Puis une brève hausse a été enregistrée entre 2014 et 2017, culminant à un peu plus de 93 000 en 2016.</p>
<p>Beaucoup de ces naissances n’étaient pas des naissances supplémentaires, mais plutôt des naissances avancées par rapport à des années futures, rappelant les effets à court terme des campagnes pronatalistes des années 1950. Après le pic de 2016, les taux de natalité ont légèrement reculé puis sont restés relativement stables pendant plusieurs années avant de chuter fortement à partir de 2022. En 2025, la Hongrie a enregistré le nombre le plus bas de naissances vivantes de son histoire, suggérant que la tendance à la baisse pourrait être difficile à inverser, en particulier si les défis structurels restent non résolus. Ceux-ci incluent le déclin du nombre de femmes en âge de procréer et l’émigration continue des jeunes vers l’Europe de l’Ouest en quête d’un niveau de vie supérieur et d’une vie plus heureuse.</p>
<p>Mais bien que l’influence des politiques pronatalistes d’Orbán sur les taux de natalité ait finalement été négligeable, leur impact sur les femmes a été conséquent : risques accrus de pauvreté, de violence domestique et obstétrique, dépendance économique, inégalités sur le marché du travail, et un resserrement progressif des droits reproductifs et de l’autonomie décisionnelle.</p>
<p>L’impact le plus net se voit dans le domaine des droits reproductifs. Le nombre d’interruptions de grossesse a chuté de manière significative, passant d’environ 40 000 en 2010 à un peu plus de 20 000 en 2024. Cependant, cette tendance ne doit pas être interprétée comme le résultat direct d’un durcissement des réglementations sur l’avortement; elle s’explique plus raisonnablement par des facteurs tels qu’une utilisation accrue des méthodes contraceptives et une planification familiale plus consciente, et elle s’est poursuivie indépendamment des restrictions légales. Ainsi, moins de femmes recherchent d’avortement, mais l’accès à la procédure est devenu plus difficile, touchant particulièrement les jeunes et les femmes à faible revenu, qui comptent davantage sur l’avortement comme ultime recours pour la planification familiale.<sup data-fn="a8893dd9-dcbd-4dd0-ad0c-53f3c7a7624c" class="fn">8</sup></p>
<p>Parallèlement, le recours à la césarienne a augmenté, passant de 38,46 % en 2015 à 41,59 % en 2024, ce que les associations hongroises de défense de la santé des femmes considèrent comme l’une des manifestations de la violence obstétricale généralisée.<sup data-fn="ff2059df-78b4-48ae-86d3-b2a00000d270" class="fn">9</sup> À cela s’ajoute le fait que les départements obstétriques ruraux ont été fermés en raison de la diminution du nombre de naissances et de la fuite des cerveaux parmi le personnel médical, tandis que le manque de médecins généralistes et d’infirmières scolaires est perceptible au quotidien, créant des lacunes inquiétantes dans les soins.</p>
<p>Une autre illustration de l’effet des politiques gouvernementales sur la capacité des femmes à faire des choix de vie sans contrainte fut l’explosion des mariages, culminant en 2021.<sup data-fn="55b51c2b-4036-4e4d-836d-4c5fd8af7899" class="fn">10</sup> Au sein des mariages, ces politiques ont renforcé les rôles traditionnels et la dépendance économique des femmes, les hommes gagnant davantage et pouvant profiter des avantages fiscaux sans s’impliquer dans l’éducation des enfants.</p>
<p>En matière d’inégalité professionnelle, la période de congé pouvant aller jusqu’à trois ans associée à l’allocation GYES a suscité des tensions, non seulement entre les employeurs et les salariés mais aussi au sein même des femmes. Des absences prolongées pour des raisons familiales — et même des jours de congé pour soigner des enfants malades — sont souvent mal tolérées par les employeurs. Résultat : les jeunes femmes sont souvent perçues comme des « bombes à retardement » susceptibles de se déclencher à tout moment. Comme l’explique une femme : « Si vous avez déjà donné naissance, c’est perçu comme un inconvénient, car de jeunes enfants peuvent tomber malades, et vous n’êtes donc ni désirée ni utile. Si vous n’avez pas encore donné naissance, vous êtes aussi perçue comme un inconvénient. »<sup data-fn="09ae5c6a-4de7-4af1-ba74-84a2c69dcfa8" class="fn">11</sup> Cela renforce les inégalités structurelles des femmes sur le marché du travail.</p>
<p>En 2018, une étude représentative publiée par la Friedrich-Ebert-Stiftung a examiné les réalités quotidiennes et les aspirations des femmes hongroises.<sup data-fn="c61f0776-0f65-4038-8cb1-142522649085" class="fn">12</sup></p>
<p>Elle a mis en lumière une série de problématiques structurelles, notamment des conditions de travail insuffisantes et des bas salaires, une crise de la prise en charge grandissante touchant autant les personnes âgées que les enfants, et la tension entre les attentes démographiques placées sur les femmes et les exigences du monde du travail qui supposent une disponibilité constante. Dans ce contexte, les conditions matérielles dominaient le discours, tandis que les luttes politiques symboliques autour de l’égalité des sexes et du harcèlement sexuel étaient largement secondaires, voire absentes. L’analyse pointe une réalité sombre : pour de nombreuses femmes hongroises, avoir des enfants est devenu une entreprise de plus en plus inabordable plutôt qu’un choix de vie réaliste.</p>
<p>Le plus grand défi demeure celui de s’occuper des enfants déjà nés, tout en étant confronté à des appels répétés à avoir davantage d’enfants. En pratique, toutefois, l’attention de l’État reste souvent rhétorique, centrée avant tout sur l’enfant à naître, présent et futur. Les couples et les parents isolés qui ont déjà satisfait les attentes pronatalistes du régime se retrouvent fréquemment sans un soutien suffisant. Parallèlement, la plupart des femmes continuent d’exprimer le désir d’avoir des enfants, mais identifient le monde du travail et une culture professionnelle toxique comme des obstacles majeurs à une vie épanouissante.</p>
<h2 class="wp-block-heading"><strong>La réalité frappe à la porte</strong></h2>
<p>Viktor Orbán a misé sur diverses formes de pression symbolique et de communication politique pour masquer les problèmes structurels qui touchent les femmes. Or, au printemps 2026, la réalité est venue confronter le régime directement.</p>
<p>À l’issue des élections législatives d’avril, le parti centriste TISZA a obtenu une victoire éclatante, et le régime d’Orbán s’est effondré. Le projet illibéral a finalement échoué. C’est principalement dans les petites communes et villes, souvent dotées d’un niveau de formation professionnelle ou d’un baccalauréat comme plus haut diplôme, que l’opposition au « Système de Coopération Nationale » (<em>Nemzeti Együttműködés Rendszere</em>, NER) — cadre idéologique et politique qui a fait de la Hongrie un régime illibéral — s’est cristallisée. Les professionnels de santé, les enseignants et les fonctionnaires civils ont émergé comme les perdants évidents d’un système corrompu marqué par la stagnation économique et la tension émotionnelle permanente due à la propagande étatique.</p>
<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>The Hungarian case illustrates a broader tension between demographic policy, gender inequality, and social welfare.</p>
</blockquote>
<p>Viktor Orbán et son parti hégémonique, le Fidesz, n’ont pas réussi à répondre aux réalités quotidiennes auxquelles font face les Hongrois. Le régime illibéral « carefare » a privilégié la croissance démographique au détriment de la qualité de vie, occultant des problématiques sociales plus pressantes. En naturalisant la reproduction comme une aspiration par défaut, ce discours a renforcé l’angoisse face au déclin national et a limité l’espace du débat public. Alors qu’Orbán menait des campagnes symboliques contre des pseudo‑ennemis, le nouveau premier ministre élu, Péter Magyar, s’est engagé à recentrer l’action sur la politique économique et à rétablir la confiance avec les alliés européens. Pour de nombreuses femmes hongroises, un tel changement pourrait apporter le soulagement attendu depuis longtemps, surtout si les acteurs politiques renoncent à tenter de réguler leurs corps et leur vie privée.</p>
<h2 class="wp-block-heading"><strong>Réorienter la pensée démographique</strong></h2>
<p>Le cas hongrois illustre une tension plus large entre politique démographique, inégalité entre les sexes et protection sociale. L’une des solutions possibles dans l’ère post-illibérale serait de réorienter la réflexion démographique d’un seul objectif centré sur l’augmentation des naissances vers une amélioration de l’espérance de vie, de la santé et de la qualité de vie globale, ainsi que vers des approches plus égalitaires et démocratiques en matière de soin.</p>
<p>Le programme démographique proposé par TISZA met principalement l’accent sur le retour des diasporas. Le parti a annoncé des plans pour encourager le retour des Hongrois vivant à l’étranger, nombre d’entre eux ayant quitté le pays en raison de l’insécurité économique et d’une politique de peur. Un deuxième élément clé de son programme électoral est l’amélioration de l’espérance de vie. Depuis 1981, les décès dépassent toujours les naissances vivantes, les chiffres annuels restant autour de 130 000 depuis 2010. Les femmes continuent également de mourir légèrement plus que les hommes chaque année. Bien que le programme fasse référence à une « réhumanisation » des soins obstétriques et à une meilleure accessibilité à la procréation médicalement assistée, il accorde relativement peu d’attention à la pression démographique persistante qui pèse sur les femmes pour qu’elles accouchent, ce que beaucoup considèrent comme révélateur de la position du nouveau gouvernement sur ces questions.</p>
<p>Comparé aux paradigmes démographiques des décennies passées, un focus politique sur le retour des diasporas et l’allongement de l’espérance de vie représenterait en effet un changement significatif tant dans le discours que dans les pratiques. En s’éloignant d’un fixisme exclusif sur les taux de fécondité et sur la régulation des choix reproductifs des femmes, une telle approche pourrait recentrer la politique démographique sur les vies vécues plutôt que sur des objectifs abstraits de population. Plutôt que d’essayer de renverser une tendance démographique peut-être irréversible, les politiques et les ressources devraient être dirigées vers l’amélioration du bien-être de ceux qui vivent déjà. L’efficacité des politiques futures reste une question ouverte, mais elle pointe sans ambiguïté vers un horizon plus humain pour la politique démographique.</p>
<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity">
<ol class="wp-block-footnotes">
<li id="1af1992c-60f2-4379-b3c6-c3f3e75af9e5">Anikó Gregor &amp; Eszter Kováts (2018). <em>Nőügyek 2018: társadalmi problémák és megoldási stratégiák: a</em> <em>kutatási eredmények összefoglalója.</em> Budapest: Friedrich-Ebert-Stiftung. Disponible à <https://collections.fes.de/publikationen/ident/fes/14461>. Traduction de l’auteur. ︎</li>
<li id="b238a741-1c38-4e61-85b1-f0ccbd4914ea">Szandra Kramarics (2025). « The marketization of family planning: the role of banks as policy actors in Hungarian reproductive policies ». <em>Intersections</em> : East European Journal of Society and Politics, vol. 11(2), p. 26–45. Disponible à <https://doi.org/10.17356/ieejsp.v11i2.1368>. ︎</li>
<li id="47519c66-5fcc-4339-bd81-b89fdc470480">Dorottya Szikra (2009). « Social Policy and Anti-Semitic Exclusion before and during World War II in Hungary. The Case of the Productive Social Policy », in Gisela Hauss &amp; Dagmar Schulte (eds). Amid Social Contradictions: Towards a History of Social Work in Europe. Opladen &amp; Farmington Hills, MI: Barbara Budrich Publishers. Disponible à <https://bit.ly/3QBmcU7>. ︎</li>
<li id="cdbdc14b-ec4e-472c-856f-2719765c4dcf">Andrea Pető &amp; Fanni Svégel (2024). « Nationalism, Pronatalism, and the Guild of Gynecology: The Complex Legacy of Abortion Regulation in Hungary ». <em>Central European History</em>, vol. 57(4), pp. 499-516. Disponible à <https://doi:10.1017/S0008938924000037>. ︎</li>
<li id="f0177cbf-c4a5-4426-9648-71b630b87437">Eva Fodor (2022). <em>The Gender Regime of Anti-Liberal Hungary</em>. Cham: Palgrave Pivot. Disponible à <https://library.oapen.org/handle/20.500.12657/51949>. ︎</li>
<li id="39adcdd7-1ddb-44df-8804-67a2cb1cfd00">Andrea Pető &amp; Fanni Svégel (2024). ︎</li>
<li id="088c10b6-3ca1-48aa-af46-e864f2730859">Hungarian Central Statistical Office (n.d.). « 22.1.1.6. Live births, total fertility rate ». Dernière visite: 27 avril 2026. Disponible à <https://bit.ly/4tCP4tG>. ︎</li>
<li id="a8893dd9-dcbd-4dd0-ad0c-53f3c7a7624c">Fanni Dés &amp; Krisztina Les (2024). « Azt a füzetet nem szabadna mutogatni » <em>Nők élményei Magyarországon az abortuszhoz való hozzáférés gyakorlatáról</em>. Budapest: Patent Egyesület. Disponible à <https://bit.ly/4uE6uH8>. ︎</li>
<li id="ff2059df-78b4-48ae-86d3-b2a00000d270">Andrea Pető &amp; Zsuzsanna Balázs (2026). <em>Viktor Orbán’s Affairs with Women: The Illiberal Playbook: Gender, Power, and Control.</em> Budapest: CEEOL Press. ︎</li>
<li id="55b51c2b-4036-4e4d-836d-4c5fd8af7899">Eurostat (2026). « Marriage and divorce statistics ». Données extraites en mars 2026. Disponible à <https://bit.ly/4dQqLC9>. ︎</li>
<li id="09ae5c6a-4de7-4af1-ba74-84a2c69dcfa8">Anikó Gregor &amp; Eszter Kováts (2018). ︎</li>
<li id="c61f0776-0f65-4038-8cb1-142522649085">Ibid. <img src="https://s.w.org/images/core/emoji/16.0.1/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</li>
</ol>
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		<title>Destin et choix : comment nos décisions façonnent notre vie</title>
		<link>https://www.election-presidentielle.fr/destin-et-choix-comment-nos-decisions-faconnent-notre-vie/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Dominique Barthier]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 10 Jun 2026 20:51:50 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Europe]]></category>
		<category><![CDATA[choix]]></category>
		<category><![CDATA[Comment]]></category>
		<category><![CDATA[décisions]]></category>
		<category><![CDATA[Destin]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Les tendances démographiques ne peuvent pas être inversées – elles doivent être naviguées. Les sociétés peuvent-elles garantir le bien-être lorsque</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<div class="wp-block-ldgejblocks-gej-block-introduction">
<p>Les tendances démographiques ne peuvent pas être inversées – elles doivent être naviguées. Les sociétés peuvent-elles garantir le bien-être lorsque la main-d&rsquo;œuvre se réduit et que les pressions fiscales s&rsquo;accentuent ? Et alors que les cohortes les plus âgées dépassent les jeunes en nombre, le conflit intergénérationnel est-il inévitable ?</p>
</div>
<p><em>Cet éditorial introduit l&rsquo;édition d&rsquo;été imprimée du Green European Journal, “Life Lines: Navigating Demographic Shifts”. Vous pouvez la lire en ligne ou vous abonner pour recevoir un exemplaire.</em></p>
<p>Longues à se manifester et pourtant apparemment inéluctables, les évolutions démographiques n&rsquo;ont jamais été uniquement une affaire de chiffres : elles nourrissent l&rsquo;imagination politique et la culture populaire. Ce qui est frappant, c&rsquo;est de voir à quel point la panique autour de la surpopulation, qui a gagné du terrain pendant des années, a laissé place à son image miroir : la peur du déclin démographique et de l&rsquo;effondrement civilisateur. Cette appréhension se retrouve aujourd&rsquo;hui au cœur des débats sur la migration, le genre, l&rsquo;identité, le bien-être et bien d&rsquo;autres sujets encore.</p>
<p>En effet, depuis le milieu des années 1960, les taux de natalité en Europe sont en déclin. En 2024, le taux de fécondité total dans l&rsquo;Union européenne s&rsquo;élevait à 1,34 naissance vivante par femme, bien en dessous du seuil de remplacement fixé à 2,1. Une fécondité faible, conjuguée à une espérance de vie en hausse, conduit à des populations vieillissantes et à des effets sur les effectifs actifs. Ces tendances démographiques ne se limitent pas à l&rsquo;Europe ou à l&rsquo;Occident : si la population mondiale continue globalement de croître, principalement grâce à une grande partie de l&rsquo;Afrique et à certaines régions d&rsquo;Asie, elle serait amenée à atteindre un pic avant la fin du siècle pour ensuite décliner.</p>
<p id="anchor">Ces mutations à long terme ont des causes et des conséquences sociales, politiques, économiques, culturelles et environnementales complexes, ce qui les rend difficiles à orienter mais incontournables à prendre en compte. Selon le Centre commun de recherche de la Commission européenne, l&rsquo;UE pourrait se retrouver avec environ 43 millions de personnes en moins dans la population active d&rsquo;ici 2070. Les économistes avertissent que cela pourrait encore accroître la pression sur les finances publiques, à l&rsquo;heure où les effets du climat et des dépenses de défense plus élevées resserrent les marges budgétaires.</p>
<p>La migration peut partiellement compenser les effectifs en déclin, mais elle peut aussi exacerber les déséquilibres démographiques en laissant des régions entières désertées et mal desservies. Cela, à son tour, augmente les inégalités et nourrit les sentiments d’abandon et de ressentiment, fragilisant la cohésion sociale et la préparation civique. Ces dynamiques se manifestent particulièrement en Europe de l&rsquo;Est, où l&rsquo;émigration a aggravé les effets d&rsquo;une natalité constamment faible. En réponse, les gouvernements de la région ont intensifié leurs efforts pour attirer de nouveau les citoyens partis après l&rsquo;élargissement de l&rsquo;UE, avec des résultats mitigés jusqu&rsquo;à présent.</p>
<p>Partout sur le continent, l&rsquo;âge apparaît comme une ligne de fracture électorale, les jeunes électeurs affichant un attachement moindre aux partis et des niveaux de polarisation plus élevés que les générations plus âgées. Alors que l&rsquo;on observe une propension générale à négliger l&rsquo;avenir, le biais en faveur du présent est plus prononcé chez les cohortes plus âgées. À mesure qu&rsquo;elles augmentent en nombre et que leur poids électoral s&rsquo;accentue, le soutien aux dépenses publiques pour les pensions et les soins de santé est susceptible de dépasser celui destiné à la garde d&rsquo;enfants, à l&rsquo;éducation ou à l&#8217;emploi.</p>
<p>Dans ce contexte, un affrontement entre générations peut sembler inévitable. Mais des innovations démocratiques pourraient aider à l’éviter — par exemple, en rééquilibrant les mécanismes institutionnels en faveur de ceux qui sont le plus touchés par les décisions politiques : les enfants et les jeunes, ainsi que les générations futures. À cet égard, quelques pays européens ont déjà instauré des cadres juridiques qui accordent le droit de vote à des citoyennes et citoyens de moins de 18 ans (généralement à partir de 16 ans). Des propositions plus radicales prônent un suffrage sans âge, soutenant que l’exclusion des enfants du droit de vote constitue une forme de discrimination systémique. Dans le même esprit, l’UE a récemment lancé une Stratégie sur l’équité intergénérationnelle afin de garantir une répartition juste des opportunités, des ressources et des charges entre les générations.</p>
<p>Comme le montre le débat sur les interdictions des réseaux sociaux pour les mineurs qui traverse l’Europe, la frontière entre participation et protection des jeunes n’est pas toujours claire. Le temps des utopies naïves sur les réseaux sociaux est révolu ; aujourd’hui, les plateformes sont largement vues moins comme des facilitateurs d’une sphère publique globalisée que comme des distributeurs de dopamine imprudents. Mais c’est précisément pour cette raison que certains considèrent les interdictions fondées sur l’âge comme un substitut à une régulation véritable, et il est indéniable que pour de nombreux jeunes, les réseaux sociaux restent une porte d’entrée vers une communauté et un engagement politique.</p>
<p>Le rôle complexe des réseaux sociaux s’est révélé de manière particulièrement marquante dans les récentes mobilisations de la génération Z en dehors de l’Europe. Au Népal, une interdiction en 2025 de 26 plateformes a réveillé un mécontentement déjà bouillonnant sous la surface. Plus connectés et mieux éduqués que jamais, les jeunes Népalais ont puisé dans les leçons d’autres mouvements pour défier la répression — déposant un premier ministre et en nommant un autre en moins de 48 heures. Toutefois, le rôle des réseaux sociaux n’a pas été uniquement positif : TikTok a coopéré avec la censure gouvernementale, tandis que Discord a amplifié des émotions politiques violentes. Des soulèvements rendus possibles numériquement peuvent toutefois nourrir une nouvelle conscience politique, même lorsqu’ils ne parviennent pas à atteindre leurs ambitions — comme au Kenya, où la répression violente des manifestations massives en 2024 n’a pas scellé l’émergence du changement dans une bouteille.</p>
<p>Le fait que nombre des mobilisations politiques les plus déterminantes de ces dernières années aient lieu dans des sociétés plus jeunes soulève aussi des questions sur les perspectives d’un paysage politique radical dans une Europe vieillissante, confrontée à l’érosion démocratique et à la montée de l’extrême droite.</p>
<p>Les forces réactionnaires, quant à elles, prétendent détenir les réponses à ce qu’elles présentent comme un prochain « hiver démographique ». Elles ont réussi à pousser le discours dominant sur la migration vers la droite, attisant les peurs du « remplacement ethnique » et défendant désormais la « remigration ». Elles veulent aussi revenir sur l’égalité des sexes et la liberté reproductive des femmes au nom d’une renaissance démographique. Toutefois, l’incitation économique pour les familles n’influence que le calendrier des naissances, tandis que la contrainte et la coercition ne produisent que discrimination et souffrance — bien loin du baby boom illibéral que les politiciens rêvant d’un tel phénomène imaginent.</p>
<p>L’alarme rhétorique n’est pas restée confinée à l’extrême droite. En 2024, par exemple, le président français Emmanuel Macron a évoqué un « réarmement démographique » pour lutter contre l’infertilité, tandis que les institutions néolibérales parlent couramment d’une jeunesse africaine comme d’une « bosse démographique » à transformer socialement en « dividende ».</p>
<p>Aux débuts de l’écologisme, le mouvement a été victime de la panique démographique également. Préoccupés par la faim, la pollution et l’épuisement des ressources, les premiers écologistes avertissaient d’une croissance démographique hors de contrôle. Cette analyse était superficielle — ce qui compte pour la santé planétaire, c’est surtout comment nous produisons et consommons, bien plus que combien nous sommes — et sujette à instrumentalisation — car celles et ceux identifiés comme « trop nombreux » sont trop souvent pauvres et racialisés. Depuis lors, l’écologie politique s’est départie de son héritage malthusien, mais cela a un coût : en se détachant des questions démographiques, elle les a reléguées à la sphère privée et a cédé le terrain à des cadres conservateurs.</p>
<p>C’est une erreur que les écologues disposent des outils pour corriger ; après tout, la question de la manière dont nous habitons la planète touche au cœur de la vision écologique. Une analogie avec le changement climatique peut s’avérer utile ici. Tout comme nous ne pouvons plus empêcher totalement le réchauffement climatique, nous ne sommes pas en mesure d’inverser les mutations démographiques en cours. Mais cela ne signifie pas que rien ne peut ou ne doit être fait. Améliorer les services de garde, allonger les congés parentaux, interdire les substances qui induisent l&rsquo;infertilité, promouvoir l’égalité des sexes et viser un monde plus pacifique et moins anxiogène constituent autant de mesures d’atténuation essentielles.</p>
<p>L’adaptation peut être tout autant transformatrice. Il s’agit de réformer les démocraties afin de favoriser la participation et le dialogue intergénérationnel, mais aussi de reconnaître la véritable valeur du travail de care rémunéré et non rémunéré, y compris la réhabilitation d’un secteur longtemps sous-évalué et sous-financé. Plus fondamentalement encore, cela signifie réorienter notre système social et économique tout entier, loin de la seule logique de productivité et de croissance, vers le soin mutuel et la protection de la planète.</p>
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		<title>Le Dragon et le Lac Miroir : pourquoi les États-Unis et la Chine doivent rivaliser sans s&#8217;affronter</title>
		<link>https://www.election-presidentielle.fr/le-dragon-et-le-lac-miroir-pourquoi-les-etats-unis-et-la-chine-doivent-rivaliser-sans-saffronter/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Dominique Barthier]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 10 Jun 2026 19:53:29 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Etats-Unis]]></category>
		<category><![CDATA[Chine]]></category>
		<category><![CDATA[doivent]]></category>
		<category><![CDATA[Dragon]]></category>
		<category><![CDATA[ÉtatsUnis]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La géopolitique moderne s’opère de plus en plus par la perception plutôt que par la confrontation directe. Pendant la guerre</p>
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<p class="wp-block-paragraph">La géopolitique moderne s’opère de plus en plus par la perception plutôt que par la confrontation directe. Pendant la guerre froide, les puissances rivales étaient séparées par des frontières idéologiques et économiques plus nettes.</p>
<p class="wp-block-paragraph">Aujourd’hui, toutefois, les États-Unis et la Chine restent fortement interconnectés par le biais du commerce, de la finance, des chaînes d’approvisionnement et des technologies avancées, même si la compétition stratégique s’intensifie. Certains responsables américains estiment que des décennies d’ouverture à l’égard de la Chine ont renforcé Pékin sur le plan économique et technologique tout en échouant à produire une libéralisation politique tangible. De ce point de vue, l’ouverture de l’Amérique aurait involontairement accéléré l’essor d’un concurrent stratégique qui cherche désormais à contester l’influence américaine en Asie et à remodeler certains éléments de l’ordre international.</p>
<p class="wp-block-paragraph">Le danger ne réside pas uniquement dans la puissance croissante de la Chine, mais aussi dans le risque que les deux nations interprètent les actions à travers l’hypothèse d’un conflit inévitable. Les tensions croissantes autour des semi-conducteurs, de l’intelligence artificielle, de la politique industrielle et de Taïwan renforcent de plus en plus la méfiance mutuelle. Les républicains insistent souvent sur la nécessité de dissuasion, de préparation militaire et de résilience économique pour empêcher que la dépendance stratégique vis-à-vis de la Chine s’installe, particulièrement dans les technologies critiques et les chaînes d’approvisionnement.</p>
<p class="wp-block-paragraph">Pourtant, l’histoire démontre aussi que les conflits entre grandes puissances peuvent émerger lorsque la peur se durcit en hostilité permanente et que les décideurs perdent la capacité de distinguer les menaces véritables des reflets de leurs propres inquiétudes. Le défi du XXIe siècle n’est donc pas seulement de contenir la Chine, mais de la concurrencer sur la base d’une force réelle sans laisser la rivalité évoluer vers une confrontation irréversible.</p>
<h2 class="wp-block-heading">The lake that reflected a monster</h2>
<p class="wp-block-paragraph">Dans une vieille histoire chinoise associée à la tradition philosophique du <em>Zhuangzi</em> (un texte chinois ancien nommé d’après son auteur, le philosophe Zhuang Zhou), un dragon descendit des montagnes pendant une période de sécheresse à la recherche d’eau. Après des jours d’errance à travers des forêts brûlées et des vallées sèches, il finit par trouver un lac calme et parfaitement clair caché entre les rochers. Quand le dragon se pencha pour boire, toutefois, il se figea de colère. Sous la surface bouillonnait un autre dragon qui le regardait vers le haut avec une hostilité égale, les yeux brûlant de défi et de suspicion.</p>
<p class="wp-block-paragraph">Le dragon rugit. Le reflet rugit en retour. Le dragon frappa le lac de ses griffes, faisant éclater la surface dans le chaos. Ce n’est que lorsque l’eau se calma de nouveau que le dragon réalisa que l’ennemi sous l’eau n’avait jamais existé. Le monstre qu’il craignait était en réalité son propre reflet.</p>
<p class="wp-block-paragraph">Les grandes puissances de l’histoire se sont souvent comportées ainsi. Elles confondent l’anxiété structurelle avec une menace existentielle, les miroirs avec des ennemis et la compétition avec le destin. La tragédie est que, une fois la peur institutionnalisée, les États peuvent amplifier l’hostilité jusqu’à ce qu’une rivalité gérable échoue et dégénère en conflit incontrôlable.</p>
<p class="wp-block-paragraph">La relation moderne entre les États‑Unis et la Chine ressemble de plus en plus à ce dragon et ce lac. Washington perçoit Pékin comme un adversaire autoritaire cherchant à renverser l’ordre international; Pékin voit Washington comme un hegemon déclinant qui tente d’étouffer l’ascension naturelle de la Chine.</p>
<p class="wp-block-paragraph">Comprendre la logique stratégique d’un adversaire ne nécessite pas d’aplanir moralement les systèmes politiques ni de prétendre que toutes les démonstrations de puissance se valent. Les sociétés libérales et les États autoritaires organisent l’autorité, la dissidence, la surveillance et la liberté individuelle selon des principes profondément différents, et ces distinctions orientent la manière dont chaque côté interprète la sécurité, la légitimité et l’ordre. Les deux récits contiennent des éléments de vérité, mais chacun est incomplet, ce qui rend la relation bien plus dangereuse que ce que chacun comprend pleinement.</p>
<p class="wp-block-paragraph">Pourtant, toutes les peurs ne sont pas illusion. La compétition stratégique entre les États‑Unis et la Chine n’est pas seulement le produit d’un malentendu ou d’un phénomène de projection psychologique. Les systèmes démocratiques libéraux et les systèmes autoritaires centralisés produisent parfois des relations fondamentalement différentes entre l’État, l’individu, l’information, les marchés et le pouvoir politique lui-même. Ces différences engendrent des tensions stratégiques réelles même en l’absence d’hostilité délibérée. Le danger réside dans le fait de laisser la rivalité se durcir en fatalisme civilisateur.</p>
<p class="wp-block-paragraph">La réalité la plus importante est que le XXIe siècle a fondamentalement transformé la structure même de la rivalité. L’Amérique et la Chine ne sont pas deux empires isolés qui s’affrontent à l’autre bout du monde. Elles évoluent dans le même écosystème financier, technologique, industriel et numérique. Ce sont des rivaux qui partagent le même sang.</p>

<h2 class="wp-block-heading">La fin de la géopolitique classique</h2>
<p class="wp-block-paragraph">Une grande partie des analyses contemporaines des relations entre les États‑Unis et la Chine s’appuie encore sur des cadres du XXe siècle. Certains analystes la comparent à la guerre froide, d’autres évoquent le « piège de Thucydide », arguant que la guerre devient probable dès qu’une puissance montante menace l’hégémon établi. Ces cadres séduisent intellectuellement parce qu’ils réduisent la complexité à des schémas historiques familiers. Malheureusement, ils risquent aussi d’aveugler les décideurs sur la manière dont la structure du pouvoir mondial a profondément changé.</p>
<p class="wp-block-paragraph">La rivalité antique entre Athènes et Sparte s’exerçait dans un monde où les économies étaient majoritairement territoriales. La guerre froide s’est déroulée à travers deux systèmes économiques largement séparés. Même la Grande‑Bretagne et l’Allemagne avant la Première Guerre mondiale restaient sensiblement moins intégrées que les réseaux mondiaux d’aujourd’hui. Or les États‑Unis et la Chine sont immergés dans l’existence économique l’un de l’autre comme jamais auparavant dans l’histoire humaine.</p>
<p class="wp-block-paragraph">Les consommateurs américains dépendent de la capacité manufacturière chinoise. La croissance chinoise dépend de l’accès aux marchés mondiaux et à la liquidité en dollars. Les entreprises technologiques américaines s’appuient sur des chaînes d’approvisionnement qui s’étendent à travers Taïwan, la Corée du Sud, le Japon, l’Asie du Sud-Est et la Chine continentale. Les systèmes industriels chinois dépendent de l’architecture mondiale des semi-conducteurs et des systèmes financiers occidentaux, même s’ils cherchent à réduire ces dépendances.</p>
<p class="wp-block-paragraph">Cela crée un paradoxe extraordinaire. Plus les deux puissances s’intègrent, plus elles deviennent vulnérables à l’influence de l’autre. L’interdépendance économique n’élimine pas la rivalité. Elle la transforme en quelque chose d’infrastructurel et systémique plutôt que purement militaire.</p>
<p class="wp-block-paragraph">La mondialisation n’a pas aboli la géopolitique. Elle l’a numérisée.</p>
<h2 class="wp-block-heading">Le nouveau champ de bataille</h2>
<p class="wp-block-paragraph">Dans les siècles passés, le pouvoir se mesurait principalement par le territoire, la production industrielle et la force militaire. Aujourd’hui, le pouvoir émerge de plus en plus du contrôle des systèmes qui relient l’économie mondiale. Le champ de bataille du XXIe siècle ne se limite donc pas aux porte-avions et aux systèmes de missiles. Il s’étend aux semi-conducteurs, à l’intelligence artificielle, aux réseaux satellites, aux monnaies de réserve, à l’infrastructure de l’informatique en nuage, aux réseaux énergétiques, au traitement des terres rares, aux systèmes de paiement et aux normes numériques.</p>
<p class="wp-block-paragraph">Cette transformation explique pourquoi les tensions contemporaines entre Washington et Pékin centrent de plus en plus sur la technologie plutôt que sur l’idéologie seule. L’intelligence artificielle, la fabrication de semi-conducteurs, l’informatique quantique, l’infrastructure des télécommunications et la fabrication avancée constituent le terrain stratégique central de l’époque moderne. Celui qui contrôle ces systèmes peut façonner non seulement la productivité économique, mais aussi la capacité militaire, l’influence financière, l’architecture de surveillance et même la légitimité politique elle-même.</p>
<p class="wp-block-paragraph">La Chine comprend cela clairement. La stratégie industrielle du président Xi Jinping n’est plus uniquement axée sur le développement économique. Il s’agit de réduire la vulnérabilité stratégique tout en accroissant l’emprise systémique. Pékin recherche l’autosuffisance technologique non pas parce qu’elle rejette entièrement la mondialisation, mais parce qu’elle ne fait plus confiance à la mondialisation pour rester politiquement neutre.</p>
<p class="wp-block-paragraph">Washington, quant à lui, interprète de plus en plus la dépendance technologique envers la Chine comme un risque pour la sécurité nationale. Les restrictions sur les semi-conducteurs, les contrôles à l’exportation, les sanctions et les subventions industrielles ne sont que les symptômes de la même prise de conscience : l’intégration économique est devenue une source d’exposition géopolitique.</p>
<p class="wp-block-paragraph">Le résultat est une situation historique étrange dans laquelle la mondialisation continue de s’approfondir même que la confiance s’effondre. Les nations restent liées économiquement tout en se préparant psychologiquement à un affrontement. Le système devient simultanément plus connecté et plus fragmenté.</p>
<h2 class="wp-block-heading">Taïwan et la géographie du renseignement</h2>
<p class="wp-block-paragraph">Aucune question n’illustre mieux cette transformation que Taïwan. Pendant des décennies, Taïwan était principalement considéré comme un point névralgique géopolitique lié à la souveraineté, à la démocratie et à la dissuasion militaire. Si ces facteurs demeurent importants, Taïwan a acquis une signification bien plus grande ces dernières années en raison de sa position au centre de l’écosystème mondial des semi-conducteurs.</p>
<p class="wp-block-paragraph">Taiwan Semiconductor Manufacturing Company, ou TSMC, produit l’immense majorité des semi-conducteurs les plus avancés du monde. Pourtant, l’importance véritable de Taïwan va bien au-delà de la simple fabrication. L’île domine des écosystèmes critiques entourant l’empaquetage avancé des puces, les tests, l’intégration de la mémoire et l’optimisation de la fabrication, qui sont indispensables pour les systèmes d’intelligence artificielle.</p>
<p class="wp-block-paragraph">L’intelligence artificielle est souvent discutée comme s’il s’agissait d’un logiciel abstrait existant quelque part dans le cyberspace. En réalité, l’IA est profondément matérielle. Elle dépend des usines de fabrication, des fermes de serveurs, des systèmes de refroidissement, des chaînes de lithographie, des infrastructures énergétiques et d’écosystèmes de fabrication hautement spécialisés accumulés au fil des décennies. Taïwan fonctionne donc non seulement comme une île, mais comme le système nerveux industriel de l’économie de l’IA émergente.</p>
<p class="wp-block-paragraph">Cette réalité modifie la signification stratégique de Taïwan pour la Chine et pour les États‑Unis. Pour Pékin, Taïwan n’est plus seulement une affaire de réunification historique ou de dignité nationale. Le contrôle de Taïwan offrirait une influence énorme sur l’infrastructure qui soutient l’avenir de l’économie de l’information. Pour Washington, Taïwan n’est plus seulement une question de solidarité démocratique ou de crédibilité des alliances. Il est de plus en plus lié à la suprématie technologique américaine elle‑même.</p>
<p class="wp-block-paragraph">Le danger est que les deux récits paraissent simultanément rationnels. Cela rend le compromis psychologiquement et politiquement difficile, car chaque camp interprète Taïwan non pas comme une question négociable mais comme une composante structurelle de sa sécurité à long terme.</p>
<h2 class="wp-block-heading">L’ambiguïté stratégique commence à s’éroder</h2>
<p class="wp-block-paragraph">Pendant des décennies, la question de Taïwan est restée relativement stable parce que les États‑Unis entretenaient une politique délibérément ambiguë sur le plan stratégique. Washington n’a ni soutenu formellement l’indépendance taïwanaise ni accepté le calendrier de réunification établi par Pékin. L’ambiguïté elle‑même est devenue le mécanisme stabilisateur, car toutes les parties restaient incertaines quant aux limites précises de l’intervention américaine.</p>
<p class="wp-block-paragraph">Le cadre établi par la « politique d’ambiguïté stratégique » de la politique d’une seule Chine, habilement façonné par l’ancien secrétaire d’État américain Henry Kissinger il y a plus de quarante ans et défendu plus tard par des responsables réalistes comme James A. Baker III, n’avait jamais pour but d’apporter une résolution finale à la question de Taïwan. Son objectif était plutôt de préserver la stabilité par une incertitude calibrée, offrant à Washington une marge de manœuvre suffisante pour dissuader tout conflit tout en évitant une confrontation directe avec Pékin sur la question nationale la plus sensible.</p>
<p class="wp-block-paragraph">L’essence de cette politique reposait sur l’ambiguïté : Pékin ne pouvait pas être certain que les États‑Unis interviendraient militairement, tandis que Taïwan ne pouvait pas être certain que Washington soutiendrait une déclaration unilatérale d’indépendance. La stabilité, par conséquent, n’émanait pas de la clarté, mais d’une incertitude soigneusement gérée.</p>
<p class="wp-block-paragraph">Kissinger comprenait que Taïwan représentait l’obstacle central à la normalisation entre Washington et Pékin pendant le réalignement de la Guerre froide dans les années 1970. L’architecture diplomatique établie par le communiqué de Shanghai (document publié par les États‑Unis et la Chine le 27 février 1972, décrivant les mesures pour améliorer les relations et traiter les préoccupations mutuelles) et renforcée plus tard par la Taiwan Relations Act (qui permettait à Washington de poursuivre ses relations économiques, culturelles et sécuritaires avec Taïwan) créait une structure délibérément flexible capable de s’adapter à l’évolution des réalités géopolitiques sans forcer l’une ou l’autre partie à une confrontation immédiate.</p>
<p class="wp-block-paragraph">Des décideurs comme Baker défendirent par la suite cette approche parce qu’ils reconnaissaient que l’abandon de l’ambiguïté stratégique au profit d’une rigidité idéologique ou d’une « clarté stratégique » pourrait transformer une compétition gérable en un conflit catastrophique entre grandes puissances. Alors que les tensions autour des semi-conducteurs, de l’intelligence artificielle et de Taïwan s’intensifient, l’érosion de cette architecture soigneusement équilibrée risque de min­er l’un des mécanismes les plus efficaces de gestion des crises géopolitiques dans l’histoire diplomatique moderne.</p>
<p class="wp-block-paragraph">Aujourd’hui, cette architecture s’affaiblit. La pression militaire chinoise autour de Taïwan ne cesse de s’accentuer. L’identité taïwanaise devient de plus en plus distincte de celle de la Chine continentale. La politique parlementaire américaine pousse de plus en plus à des gestes symboliques en soutien à Taïwan. La politique intérieure des trois sociétés pousse désormais vers des positions plus fermes plutôt que vers une retenue stratégique.</p>
<p class="wp-block-paragraph">Les partisans de Donald Trump louent souvent son imprévisibilité comme une brillante forme de stratégie, tandis que ses détracteurs la dénigrent comme de l’imprudence. Les deux interprétations passent à côté de quelque chose d’important. Trump ne pense pas la géopolitique selon le cadre traditionnel de la grande stratégie américaine : il aborde les affaires étrangères de manière transactionnelle, et non historique. Cependant, il serait imprudent de sous‑estimer ses instincts politiques. Il semble habile à naviguer et à tirer parti des moments d’ambiguïté stratégique.</p>
<p class="wp-block-paragraph">Xi pense en termes de continuité civilisationnelle, de renaissance nationale et de destin historique. Trump pense en termes de levier, de négociation et d’avantage tactique immédiat. Cette asymétrie dans la psychologie stratégique crée d’immenses risques, car chaque camp comprend de moins en moins comment l’autre interprète les signaux, les engagements et même l’ambiguïté elle‑même.</p>
<p class="wp-block-paragraph">Les conflits les plus dangereux de l’histoire ne naissent pas nécessairement d’une agression délibérée, mais d’attentes incompatibles sur la façon dont l’autre côté pense.</p>
<h2 class="wp-block-heading">Dissuasion et retenue</h2>
<p class="wp-block-paragraph">Pourtant, une simple incompréhension stratégique n’explique pas à elle seule la stabilité géopolitique. Un équilibre durable entre grandes puissances dépend aussi d’une dissuasion crédible. Une compétition sans une force militaire, technologique et économique suffisante peut inviter à une coercition opportuniste, notamment lorsque les États rivaux pensent que l’équilibre du pouvoir penche en leur faveur.</p>
<p class="wp-block-paragraph">À l’inverse, la dissuasion sans retenue diplomatique peut accélérer l’escalade en convainquant les deux camps que tout retard les rend plus vulnérables. Une stabilité soutenable exige donc un équilibre délicat entre capacité et retenue : assez de puissance pour dissuader l’agression, mais assez de discipline stratégique pour empêcher que la rivalité ne devienne existentielle.</p>
<p class="wp-block-paragraph">L’architecture initiale de l’ambiguïté stratégique entourant Taïwan fonctionnait précisément parce qu’elle équilibrant ces forces de manière simultanée. L’ambiguïté dissuadait toute escalade unilatérale tout en préservant l’incertitude sur les seuils de conflit. La stabilité émergeait non pas de la confiance, mais d’une retenue calibrée renforcée par une puissance crédible.</p>
<h2 class="wp-block-heading">La civilisation industrielle chinoise</h2>
<p class="wp-block-paragraph">L’analyse occidentale sous-estime fréquemment l’ampleur et la cohérence de la stratégie industrielle chinoise parce qu’elle suppose encore que Pékin opère selon la logique traditionnelle de l’économie de marché. En réalité, Xi a transformé la politique industrielle chinoise en quelque chose d’historiquement unique. Elle ne se limite plus à des secteurs stratégiques sélectionnés. Elle ressemble de plus en plus à une tentative d’ingénierie d’un système de production à l’échelle d’une civilisation.</p>
<p class="wp-block-paragraph">La Chine vise désormais des semi-conducteurs avancés, de l’intelligence artificielle, des véhicules électriques, des batteries, des drones, des systèmes quantiques, les énergies renouvelables, la biotechnologie, les télécommunications, les produits chimiques avancés, la robotique et même des industries manufacturières matures, simultanément. L’objectif n’est pas seulement la croissance, mais la résilience, la souveraineté technologique et l’emprise systémique.</p>
<p class="wp-block-paragraph">Cela crée une tension énorme avec les économies de marché libre. Les entreprises occidentales opèrent sous la contrainte de la rentabilité et du rendement pour les actionnaires. La Chine, en revanche, peut tolérer des surcapacités industrielles et des pertes financières prolongées si elles génèrent une dominance stratégique à long terme.</p>
<p class="wp-block-paragraph">Les fabricants chinois de panneaux solaires, par exemple, détruisent souvent la rentabilité de l’industrie au niveau mondial tout en accroissant simultanément la part de marché de la Chine et son levier géopolitique.</p>
<p class="wp-block-paragraph">Cela explique pourquoi de nombreuses hypothèses économiques occidentales traditionnelles échouent de plus en plus face à la Chine. L’efficacité du marché et la résilience stratégique ne sont pas toujours des objectifs compatibles. Pékin privilégie la résilience même lorsque l’efficacité pâtit, tandis que les démocraties fondées sur le marché libre privilégient souvent l’efficacité jusqu’à ce que la vulnérabilité stratégique devienne soudainement visible. Dans cette optique, les tarifs douaniers peuvent ne pas être souhaitables d’un point de vue purement économique, mais ils peuvent néanmoins être compris comme des instruments stratégiques visant à réduire la dépendance et à renforcer la résilience nationale.</p>
<p class="wp-block-paragraph">Le résultat est une reconnaissance croissante en Occident que des décennies d’intégration économique profonde ont involontairement renforcé les capacités géopolitiques d’un État qui opère selon des hypothèses fondamentamentalement différentes sur l’économie, la souveraineté et le contrôle politique.</p>
<h2 class="wp-block-heading">Intelligence artificielle et la nouvelle course aux armements</h2>
<p class="wp-block-paragraph">L’intelligence artificielle a accéléré ces tensions de façon spectaculaire, car l’IA ressemble de plus en plus non pas à une simple innovation technologique, mais à l’infrastructure opérationnelle de la civilisation future. Les systèmes d’IA peuvent influencer la planification militaire, les opérations cybernétiques, les marchés financiers, la recherche scientifique, la logistique, l’éducation, la médecine et la surveillance politique, simultanément. Cela génère une immense anxiété stratégique tant à Washington qu’à Pékin.</p>
<p class="wp-block-paragraph">Pourtant, l’IA n’est pas seulement du logiciel et des semi‑conducteurs. Elle est aussi l’électricité, les systèmes de refroidissement, les capacités minières, les réseaux logistiques, les infrastructures de transport maritime, les écosystèmes de fabrication et une main-d’œuvre hautement qualifiée opérant à l’échelle continentale. La compétition émergente en IA est donc aussi une lutte pour les systèmes énergétiques, la profondeur industrielle, les routes commerciales maritimes et les chaînes d’approvisionnement physiques.</p>
<p class="wp-block-paragraph">Les décideurs américains craignent que des systèmes d’IA chinois intégrés à l’infrastructure mondiale élargissent l’influence géopolitique de Pékin. Les décideurs chinois craignent que les restrictions américaines sur les technologies des semi-conducteurs et de l’IA ne visent à enfermer définitivement la Chine en dessous du frontier technologique.</p>
<p class="wp-block-paragraph">Par ailleurs, l’investissement dans l’IA ressemble de plus en plus à une mobilisation géopolitique spéculative. Les géants américains investissent des centaines de milliards de dollars annuellement dans des infrastructures d’IA, des centres de données et des écosystèmes de semi-conducteurs. Les marchés financiers tournent de plus en plus autour des narratifs liés à l’IA. L’importance géopolitique de Taïwan croît en conséquence. Les marchés du travail connaissent une anxiété face à l’automatisation avant même que les déplacements massifs ne se matérialisent pleinement.</p>
<p class="wp-block-paragraph">L’IA devient ainsi à la fois une technologie, une bulle financière, un atout militaire et une force psychologique modelant la conscience publique.</p>
<p class="wp-block-paragraph">Le danger ne réside pas seulement dans la compétition technologique elle‑même. Le danger est que l’IA intensifie la perception que la rivalité géopolitique est devenue existentielle. Une fois que les États croient que le leadership technologique détermine la survie civilisatrice, le compromis devient difficile et l’escalade plus facile à justifier.</p>
<h2 class="wp-block-heading">Le chat entre le tigre et l’ours</h2>
<p class="wp-block-paragraph">Pour les puissances intermédiaires comme le Japon, la Corée du Sud et de nombreux pays d’Asie du Sud-Est, la rivalité émergente produit une réalité profondément inconfortable. Leurs économies dépendent fortement de la Chine, tandis que leurs cadres de sécurité restent étroitement liés aux États‑Unis. Ils ressemblent de plus en plus à ce que décrit un observateur japonais comme « le chat pris entre le tigre et l’ours » — trop lié économiquement à l’un et trop dépendant sur le plan stratégique de l’autre pour s’aligner pleinement sur l’un ou l’autre sans risque significatif.</p>
<p class="wp-block-paragraph">Le Japon, en particulier, est confronté à un dilemme stratégique majeur. Tokyo dépend des garanties militaires américaines tout en restant économiquement intégré à la Chine. La culture politique japonaise privilégie généralement la stabilité, la prévisibilité et la continuité institutionnelle précisément lorsque l’environnement international devient plus fragmenté et improvisé.</p>
<p class="wp-block-paragraph">C’est exactement pourquoi les rhétoriques inflammatoires entourant Taïwan se révèlent souvent contre-productives. Des déclarations de politiciens tels que la Première ministre japonaise Sanae Takaichi peuvent attirer l’attention politique intérieure, mais elles n’apportent que peu à la stabilité stratégique et risquent au contraire de compliquer davantage un environnement régional déjà fragile. Pour des pays comme le Japon, l’objectif ne doit pas être une escalade rhétorique, mais une gestion de crise prudente visant à empêcher que la compétitivité stratégique ne dégénère en conflit militaire.</p>
<p class="wp-block-paragraph">Du point de vue de Tokyo, l’issue idéale est évidente. La compétition entre les États‑Unis et la Chine devrait rester confinée aux tarifs douaniers, à la politique industrielle, aux restrictions technologiques et à la rivalité diplomatique, et ne pas dégénérer en confrontation militaire. Pourtant, même cet espoir pourrait sous-estimer l’enracinement si profond des tensions structurelles au sein du système international.</p>
<p class="wp-block-paragraph">C’est dans ce cadre géopolitique plus large que la critique chinoise des réformes sécuritaires récentes du Japon doit être comprise. Pékin et Pyongyang décrivent de plus en plus la modernisation de la défense du Japon — y compris l’augmentation des dépenses de défense, l’élargissement de la coordination des alliances avec les États‑Unis et le relâchement des restrictions à l’export d’armes — comme la preuve d’un soi-disant « nouveau militarisme » (« 新型軍国主義 »). Les responsables chinois soutiennent que le Japon s’éloigne progressivement de son orientation pacifiste d’après‑guerre et se prépare à jouer un rôle militaire plus actif dans les contingences régionales, notamment en ce qui concerne Taïwan.</p>
<p class="wp-block-paragraph">Le Japon rejette vivement cette caractérisation. À la suite de rapports selon lesquels Xi aurait critiqué Takaichi lors du récent sommet États‑Unis‑Chine pour représenter une « renaissance du nouveau militarisme », le porte-parole du Cabinet japonais, Minoru Kihara, a réitéré que la doctrine de sécurité fondamentale du pays après‑guerre demeure inchangée. Il a souligné que le Japon continue d’adhérer au principe de l’autodéfense exclusive, ne conservant que le niveau minimal de capacité militaire nécessaire à la défense nationale, et a rejeté les accusations chinoises comme « entièrement infondées ». </p>
<p class="wp-block-paragraph">Le vrai problème n’est plus seulement une querelle bilatérale entre Washington et Pékin. La question plus profonde concerne l’organisation future de l’ordre économique et stratégique international lui‑même.</p>
<p class="wp-block-paragraph">Le monde continuera-t-il de fonctionner à travers des marchés relativement intégrés et des règles économiques partagées malgré les tensions politiques croissantes ? Ou les États réorganiseront‑ils de plus en plus le commerce, la technologie, la finance et les chaînes d’approvisionnement autour de considérations de sécurité stratégique et d’alignement géopolitique ?</p>
<p class="wp-block-paragraph">C’est désormais le vrai défi qui se déroule en dessous des gros titres sur les tarifs et Taïwan.</p>
<h2 class="wp-block-heading">Le dragon et le lac brisé</h2>
<p class="wp-block-paragraph">L’idée la plus dangereuse en géopolitique est l’inévitabilité. Une fois que les dirigeants se convainquent que le conflit ne peut être évité, ils commencent à adopter des comportements qui le rendent plus probable. La peur devient auto‑réalisatrice. La suspicion se durcit en doctrine. La rivalité se transforme en identité.</p>
<p class="wp-block-paragraph">Pourtant, la paranoïa stratégique n’est pas le seul danger. L’aveuglement stratégique peut aussi inviter à la coercition. Une cohabitation stable exige ni hystérie ni passivité, mais un réalisme discipliné capable d’équilibrer dissuasion et retenue.</p>
<p class="wp-block-paragraph">C’est pourquoi la tendance croissante à Washington comme à Pékin à décrire l’autre côté comme un ennemi civilisateur est si dangereuse. La Chine n’est pas l’Allemagne nazie. L’Amérique n’est pas un empire en déclin se préparant à une guerre inévitable. Les deux pays restent dynamiques, adaptatifs, innovants et profondément interconnectés entre eux.</p>
<p class="wp-block-paragraph">La Chine n’est pas « l’ennemi possible » de l’Amérique au sens traditionnel. C’est quelque chose de bien plus complexe. La Chine est simultanément le concurrent, le client, le fournisseur, le challenger technologique, le contrepartie financière, le partenaire manufacturier et le rival stratégique des États‑Unis.</p>
<p class="wp-block-paragraph">La relation n’est pas bipolaire au sens de la Guerre froide. C’est une rivalité symbiotique au sein d’un système commun.</p>
<p class="wp-block-paragraph">Cette distinction importe profondément car la coexistence demeure non seulement possible mais nécessaire. L’ordre international de l’avenir ne se décidera pas uniquement par la dissuasion militaire ou par la domination technologique. Il dépendra aussi de la capacité des deux plus grandes puissances mondiales à apprendre à rivaliser sans se transformer psychologiquement en monstres existentiels.</p>
<h2 class="wp-block-heading">Donald Trump et l’aigle de l’ère à venir</h2>
<p class="wp-block-paragraph">Dans une autre fable chinoise, une sorcière dragon descendue des montagnes dans une époque de tempêtes et agenouillée près d’un lac noir silencieux caché sous les nuages, regardant dans l’eau immobile, elle murmura : « Miroir sur la surface de l’eau, qui commandera l’âge qui vient ? »</p>
<p class="wp-block-paragraph">Depuis les profondeurs du lac, le reflet répondit : « Dragon, ton feu peut ébranler la terre, mais l’aigle commande encore les cieux. »</p>
<p class="wp-block-paragraph">À l’ère de transformation géopolitique, les États‑Unis cherchent à préserver les bases financières, technologiques et institutionnelles de l’ordre international. Le dragon qui regarde dans le lac a finalement craint son propre reflet. La tragédie de l’histoire est que les grandes puissances s’en rendent souvent compte seulement après que l’eau s’est brisée.</p>
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<p class="wp-block-paragraph">La question décisive du siècle qui vient n’est pas de savoir si une civilisation triomphera définitivement d’une autre, mais si les grandes puissances peuvent préserver une compétition dans des limites qui évitent de détruire le système dans lequel elles vivent toutes les deux.</p>
<p class="wp-block-paragraph">La présidence des États‑Unis demeure la fonction politique la plus puissante du système international moderne. Que l’aigle continue de dominer les cieux dépendra non seulement de la force, mais aussi de la sagesse, de la retenue et de la capacité d’adaptation avant que la rivalité ne débouche sur une catastrophe.</p>
<p class="wp-block-paragraph"><em>[Kaitlyn Diana edited this piece.]</em></p>
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		<title>Vies liées au travail : Plongée au cœur du système kafala</title>
		<link>https://www.election-presidentielle.fr/vies-liees-au-travail-plongee-au-coeur-du-systeme-kafala/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Dominique Barthier]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 10 Jun 2026 16:51:29 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Europe]]></category>
		<category><![CDATA[cœur]]></category>
		<category><![CDATA[kafala]]></category>
		<category><![CDATA[liées]]></category>
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		<category><![CDATA[travail]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>À travers le Moyen-Orient, la migration de travailleurs est une réalité démographique déterminante. On estime à environ 24 millions les</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<div class="wp-block-ldgejblocks-gej-block-introduction">
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<p>À travers le Moyen-Orient, la migration de travailleurs est une réalité démographique déterminante. On estime à environ 24 millions les travailleurs migrants employés dans la région. Leur majorité vit dans les États du Golfe, avec environ 11 millions en Arabie saoudite, 9 millions aux Émirats arabes unis et 2 millions au Qatar, constituant l’épine dorsale de plusieurs économies. Ces travailleurs soutiennent des secteurs essentiels allant de la construction et de la logistique aux soins de santé, au commerce, à la sécurité, à l’agriculture et au travail domestique. Dans certains pays, les travailleurs migrants dépassent largement la population locale. Par exemple, aux Émirats arabes unis, près d’un résident sur dix est un migrant, et près de neuf sur dix résidents le sont.</p>
<p>Malgré des variations entre les États, la dépendance à la main-d’œuvre migrante est structurelle et répandue. Pourtant, cette centralité démographique et économique ne se traduit pas par une inclusion sociale ou juridique. Bien au contraire, les migrants restent fondamentalement considérés comme temporaires, exclus de la citoyenneté et dépendants de leurs employeurs pour leur statut légal. Le système de parrainage appelé kafala, utilisé principalement dans les pays du Conseil de coopération du Golfe et dans les pays du Levant (Jordanie et Liban), se situe au cœur de ce paradoxe, transformant une majorité numérique en une main-d’œuvre légalement et politiquement marginalisée.</p>
<h2 class="wp-block-heading"><strong>Comment fonctionne le <em>kafala</em> ?</strong></h2>
<p>Le système <em>kafala</em>, conçu à l’origine pour attirer des travailleurs non permanents, est un régime migratoire temporaire qui lie le statut de séjour d’un travailleur migrant à un employeur.</p>
<p>Il instaure une relation tripartite entre le travailleur, le sponsor et l’État — une relation dans laquelle l’autorité sur l’existence légale des migrants est déléguée à des acteurs privés. La dépendance qu’il crée est ancrée non seulement dans la structure juridique elle-même, mais aussi dans les coutumes et les pratiques. Le droit d’un travailleur à rester dans un pays donné, à changer d’emploi ou à partir est souvent subordonné au consentement du sponsor. Bien que certaines réformes aient été introduites, les problèmes de fond demeurent : la mobilité est restreinte et les risques de dénoncer des conditions abusives persistent.</p>
<p>Cette dynamique déséquilibrée entraîne des conséquences systémiques. Puisque le statut de résidence est lié à l’emploi, quitter un employeur abusif pourrait signifier perdre son statut légal. Pour les travailleurs domestiques migrants, la situation est particulièrement aiguë. Souvent exclus du cadre du droit du travail et classés comme des « domestiques » plutôt que comme des employés, ils occupent une zone grise juridique où les garanties liées au salaire minimum, les limites d’heures de travail et les mécanismes de recours ne s’appliquent pas forcément.</p>
<h2 class="wp-block-heading"><strong>L’ordre social du <em>kafala</em></strong></h2>
<p>Les travailleurs migrants ne constituent pas un groupe homogène au sein du système kafala, qui opère à travers des hiérarchies fondées sur la nationalité, la race, la classe et le genre, façonnant l’accès aux droits, à la mobilité et à la protection.</p>
<p>Au sommet de cette hiérarchie se trouvent les expatriés, souvent originaires de pays de l’OCDE et employés dans des secteurs tels que la finance, l’éducation et la gestion d’entreprises. Bien qu’ils soient soumis à des exigences de parrainage, ils bénéficient généralement de salaires plus élevés, d’une mobilité accrue et d’un soutien institutionnel renforcé. Le rang intermédiaire regroupe des travailleurs professionnels et semi‑qualifiés originaires de pays comme les Philippines et l’Inde, ainsi que d’autres régions du monde arabe, oeuvrant dans des secteurs tels que les soins de santé, le commerce de détail et la technologie. À la base se trouvent les travailleurs migrants à faible salaire originaires d’Asie et d’Afrique, concentrés dans la construction et les travaux domestiques, où les protections sont les plus faibles et la vulnérabilité à l’exploitation la plus élevée. Ces divisions se doublent d’un clivage de genre : les hommes sont surreprésentés dans la construction, tandis que les femmes constituent la majorité des travailleurs domestiques, souvent dans des conditions fortement isolées.</p>
<p>Pour les travailleurs domestiques, le contrôle s’étend souvent au-delà des salaires et des heures, les arrangements de vie sur place brouillant fréquemment la frontière entre travail et vie privée. Cela peut signifier de longues heures, une disponibilité permanente, une intimité réduite, et une dépendance envers les employeurs pour obtenir l’autorisation de quitter le domicile ou pour maintenir des liens sociaux. Les salaires et les tâches sont aussi fréquemment structurés par des présomptions racialisées liées à la nationalité, reproduisant des hiérarchies au sein même du foyer.</p>
<p>Alors que le statut juridique de toutes les catégories reste lié au parrainage, leur capacité à naviguer dans cette dépendance varie considérablement, reflétant des inégalités plus larges.</p>
<h2 class="wp-block-heading"><strong>Majorité sans appartenance</strong></h2>
<p>Les périodes de crise mettent en lumière l’absence structurelle d’une protection sociale globale pour les travailleurs migrants. Les inégalités existantes tendent à se creuser avec la montée des discours anti‑migrants, la discrimination et les violations des droits humains, tandis que les protections étatiques restent souvent réservées aux citoyens.</p>
<p>La guerre israélo‑américaine contre l’Iran a renouvelé l’attention sur ces vulnérabilités. Des organisations de droits humains ont exprimer des inquiétudes quant au fait que le statut légal de nombreux travailleurs demeure lié à leurs employeurs, limitant leur capacité à réagir de manière autonome face à des conditions qui se dégradent rapidement. Au Liban, par exemple, des travailleurs domestiques ont été confinés ou abandonnés par leurs employeurs, parfois sans accès à des documents d’identité et avec peu de moyens d’obtenir une évacuation, un abri ou une assistance. Au Qatar, les livreurs ont été exclus des refuges. Par ailleurs, dans l’ensemble du Golfe, les travailleurs migrants peu qualifiés affrontent des obstacles supplémentaires à l’évacuation, notamment des contraintes financières et des obligations envers des familles restées à l’étranger.</p>
<p>Certaines entreprises ont assuré des salaires continus ou apporté une aide au retour, mais ces cas restent rares. Plus largement, les crises démontrent à quelle vitesse la dépendance juridique peut se traduire par une précarité : sous kafala, la capacité d’un travailleur à se déplacer et à accéder à une protection reste subordonnée à une relation privée.</p>
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		<title>Moins de travailleurs, mais plus forts ? Des salariés dans une Europe vieillissante</title>
		<link>https://www.election-presidentielle.fr/moins-de-travailleurs-mais-plus-forts-des-salaries-dans-une-europe-vieillissante/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Dominique Barthier]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 10 Jun 2026 14:55:21 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Europe]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L’ère de la mondialisation s’est appuyée sur une main-d’œuvre bon marché et abondante. Cette époque touche à sa fin. À</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<div class="wp-block-ldgejblocks-gej-block-introduction">
<p>L’ère de la mondialisation s’est appuyée sur une main-d’œuvre bon marché et abondante. Cette époque touche à sa fin. À mesure que les taux de fécondité diminuent et que l’espérance de vie s’allonge, la population en âge de travailler se rétrécit et des marchés du travail plus tendus deviendront la norme – mais ce qui suivra n’est pas prédéterminé. Grâce à la négociation collective et à un renouveau de l’attention portée aux soins, les travailleurs peuvent transformer le changement démographique en une opportunité de redistribution et d’une plus grande égalité.</p>
</div>
<p>« La prédiction est difficile – surtout quand il s’agit de l’avenir. » Cette maxime, souvent attribuée à Mark Twain, rappelle fréquemment aux économistes les limites de leurs modèles et de leurs conjectures. Or, pour des tendances qui évoluent lentement comme le changement démographique, la société est mieux placée pour établir des prévisions, ce qui peut permettre à la clairvoyance de façonner les résultats et de renforcer la résilience. En Europe comme dans le monde, une transformation démographique de longue date est en cours: une population active en déclin et une population âgée qui s’accroît devraient devenir des caractéristiques déterminantes du XXIe siècle. Le taux de fécondité — le nombre moyen d’enfants qu’une femme peut avoir au cours de sa vie — a, au cours des quarante dernières années, chuté en dessous du niveau de remplacement (2,1) et s’est stabilisé autour de 1,4 dans l’UE dans les années 1990. Parallèlement, la mortalité a reculé grâce aux avancées médicales, à l’amélioration des normes de santé et de sécurité au travail, et à des modes de vie plus sains. Aujourd’hui, l’espérance de vie à la naissance dépasse les 80 ans en Europe — environ dix années de plus que dans les années 1970. Le résultat global est qu’un nombre plus restreint d’enfants naissent, mais que les gens vivent plus longtemps. Compte tenu des flux nets de migration vers l’UE, qui se situent en moyenne autour d’un million de personnes par an depuis les années 2000, Eurostat prévoit une population stable à environ 450 millions jusqu’en 2050 (hors élargissements de l’UE).</p>
<p>L’un des plus grands bouleversements en cours concerne la population en âge de travailler (âgée de 20 à 64 ans). Dans le scénario de référence, l’âge moyen en Europe devrait passer de 43,5 à 47 ans d’ici à 2050. Cela résulte à la fois d’un faible taux de fécondité et d’une mortalité plus faible, les deux facteurs combinant pour augmenter la part de personnes âgées de plus de 65 ans, passant de 21 % à 29 % de la population totale (en fait, le nombre de personnes de 85 ans et plus devrait doubler, passant de 3 % à 6 %). Le résultat est que la population en âge de travailler diminuera de 59 % à 53 % du total. Pour le voir autrement, d’ici 2050, il y aura 26 millions de personnes en moins dans la tranche d’âge active. En combinant ces deux évolutions, le ratio de dépendance lié à la vieillesse passerait de 3:1 à 2:1. Cela signifie qu’il n’y aura bientôt plus que deux personnes en âge de travailler pour une personne de plus de 65 ans.</p>
<p>Des baisses particulièrement fortes de la population en âge de travailler sont attendues en Europe de l’Est et du Sud, où les taux de fécondité ont été particulièrement bas, et où l’émigration vers d’autres parties de l’UE a accéléré les tendances démographiques. (Cela se voit le plus clairement en Europe de l’Est.) La Lettonie, la Lituanie, la Bulgarie, la Roumanie et la Hongrie, ainsi que la Grèce et le Portugal, sont confrontés à une diminution de la population en âge de travail de plus de 20 %, selon ces projections. À l’inverse, l’immigration devrait renforcer ce groupe d’âge à Malte, au Luxembourg, en Suède, en Irlande et en Belgique, certains de ces pays ayant aussi bénéficié d’une fécondité moins marquée en déclin.</p>
<h2 class="wp-block-heading"><strong>Choc positif</strong></h2>
<p>Comme l’observent les économistes Charles Goodhart et Manoj Pradhan dans The Great Demographic Reversal (2020), ce qui a caractérisé l’ère de la mondialisation à partir des années 1970 et 1980, c’était un choc positif sur le marché du travail : de vastes cohortes de baby-boomers en Europe et en Amérique du Nord sont entrées sur un marché du travail mondialisé, suivies par les travailleurs d’Europe de l’Est après la chute de l’Union soviétique et par la main-d’œuvre chinoise après l’adhésion du pays à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en 2001. L’effet combiné a été de rendre le travail bon marché et abondant. Ces évolutions démographiques s’inversent depuis les années 2010, et de nombreuses économies émergentes suivent des trajectoires similaires à celles décrites pour l’Europe. La population mondiale devrait atteindre un sommet avant la fin du siècle. Aujourd’hui, la croissance démographique est concentrée dans quelques régions du monde, notamment l’Inde et l’Afrique subsaharienne. Cependant, les travailleurs de ces régions restent, pour l’instant, moins intégrés dans les chaînes de production mondiales. Sur le plan économique, Goodhart et Pradhan soutiennent que des forces de travail plus petites freineront la croissance du PIB.</p>

<p>Une récente note de travail de l’OIT estime que l’« écueil démographique » dans le scénario de base d’emploi ralentira la croissance européenne d’environ 0,25 point de pourcentage par an jusqu’en 2050. De plus, une main-d’œuvre plus restreinte sera confrontée à une demande de consommation élevée émanant des ménages plus âgés dépensant leurs épargnes tout au long de leur vie, ce qui alimentera les pressions de rareté, l’inflation et le resserrement des marchés du travail.</p>
<h2 class="wp-block-heading">Inverser la réversion ?</h2>
<p>Comme pour toute projection, il existe une part d’incertitude. À moins de guerres cataclysmiques ou de fléaux, deux facteurs principaux pourraient, en théorie, mettre fin à la réversion démographique ou en atténuer les conséquences en Europe: la migration et la médiation sur le marché du travail. En ce qui concerne le premier point, les immigrés sont, en moyenne, beaucoup plus jeunes que les populations autochtones, et la migration pourrait donc augmenter la force de travail et réduire la dépendance liée à la vieillesse. Cependant, la migration reste l’élément le plus incertain de la projection démographique et, quantitativement, le plus faible. En 2024, il y a eu 4,8 millions de décès et 3,6 millions de naissances dans l’UE; la migration nette s’établissait, en moyenne, autour d’un million par an. Même une migration nettement plus élevée ne mettrait donc pas fin au vieillissement de l’Europe. Même avec une hausse de 30 % de la migration nette par rapport au scénario de référence, la population en âge de travailler passerait tout de même de 262 millions à 249 millions. Pour référence, la projection de référence pour 2050 se situe actuellement à 236 millions. </p>
<p>La migration nette devrait être maintenue à des niveaux supérieurs de plus de 50 % par rapport aux années précédentes si la population en âge de travailler veut se stabiliser, et des niveaux encore plus élevés seraient nécessaires pour stabiliser les ratios de dépendance. Or, des pays comme la Chine et le Brésil se disputent de plus en plus les flux migratoires, et ces niveaux apparaissent peu probables. De plus, même s’ils pouvaient être atteints, de tels flux migratoires importants vers l’Europe risqueraient de submerger les capacités administratives et les prestations publiques — et, très probablement, d’aller à l’encontre du sentiment public. Ce sont là des facteurs déterminants pour une intégration réussie des migrants dans le marché du travail. Les chercheurs spécialisés sur la migration et la démographie convergent sur des évaluations sensiblement similaires.<sup data-fn="5c4258c7-8e0f-46a2-855b-5c55bb37085c" class="fn">1</sup></p>
<figure class="wp-block-image size-full"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1573" height="1181" src="https://www.election-presidentielle.fr/wp-content/uploads/2026/06/Moins-de-travailleurs-mais-plus-forts-Des-salaries-dans.jpg" alt="" class="wp-image-43525"   data-pagespeed-url-hash="1832474311" onload="pagespeed.lazyLoadImages.loadIfVisibleAndMaybeBeacon(this);" onerror="this.onerror=null;pagespeed.lazyLoadImages.loadIfVisibleAndMaybeBeacon(this);"><figcaption class="wp-element-caption">Prévision de la dépendance liée à la vieillesse par État membre Source : EUROPOP2023, calcul interne.</figcaption></figure>
<p>Cela ne signifie pas que l’immigration ne sera pas clé pour atténuer les risques démographiques. Les migrants assurent un travail essentiel dans des secteurs en pénurie et critiques tels que la logistique, l’alimentation (Transformation), l’industrie et les soins de santé. Les pénuries de travailleurs saisonniers dans l’agriculture pendant la pandémie de Covid-19, ou de chauffeurs routiers après le Brexit, en témoignent de manière frappante. Des scénarios de migration réalistes, toutefois, ne peuvent inverser le déclin de la main-d’œuvre, et encore moins empêcher les ratios de dépendance liés à la vieillesse de basculer davantage. </p>
<p>En deuxième lieu, la dépendance démographique ne se traduit pas directement en dépendance économique, car ce rapport est médié par le marché du travail. Le marché du travail détermine la part des personnes qui perçoivent des prestations issues de la protection sociale (par exemple les personnes âgées et celles qui leur versent des cotisations, comme les travailleurs). Cela, à son tour, détermine la dépendance économique. Combattre le chômage et favoriser la participation à la force de travail réduit la dépendance économique liée à la vieillesse. Par exemple, des calculs de modélisation montrent que les effets conjoints d’un fort taux d’emploi et d’une forte migration pourraient réduire l’augmentation de la dépendance économique liée à la vieillesse de plus de 50 % en Allemagne et en Autriche.<sup data-fn="c3b41ef5-19be-4985-91f4-84d45d9242ae" class="fn">2</sup></p>
<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>Des changements structurels dans le paysage des entreprises obligeront toutefois les syndicats à s’étendre au-delà de leurs bastions traditionnels</p>
</blockquote>
<p>Les politiques publiques peuvent faire bien plus pour parvenir à ce résultat. Par exemple, accroître la compatibilité entre travail et famille en développant les infrastructures publiques, en offrant des congés parentaux et de soins plus longs et en luttant contre les discriminations liées au genre, comme l’écart de rémunération entre les sexes, pourraient augmenter la participation des femmes au marché du travail. Adapter les lieux de travail et promouvoir des horaires flexibles pourrait par ailleurs inciter les travailleurs âgés à rester plus longtemps en activité ou à opter pour une retraite progressive. Enfin, une meilleure reconnaissance des compétences, un traitement équitable et des standards de travail de qualité seraient susceptibles d’accroître la participation des migrants au marché du travail. </p>
<p>Cependant, la conclusion est claire: même si la migration est bien gérée et que les taux de participation augmentent, cela ne ferait que modérer — et non inverser — la tendance démographique vers une dépendance accrue vis-à-vis des personnes âgées.</p>
<h2 class="wp-block-heading"><strong>Emploi, investissement et productivité</strong></h2>
<p>La projection démographique prévoit que pour chaque personne qui atteint 65 ans, le nombre de personnes qui atteindront 20 ans diminuera de 0,83 à 0,77 d’ici 2050. Comme les cohortes qui sortent du marché du travail sont plus importantes que celles qui y entrent, le marché du travail devrait se resserrer. Le Centre européen pour le développement de la formation professionnelle (Cedefop) prévoit des pénuries de main-d’œuvre dans l’ensemble des compétences d’ici 2035.<sup data-fn="44e10f32-46d6-41df-8c54-1386049f20af" class="fn">3</sup> Les professionnels, les travailleurs des services, les occupations élémentaires, les opérateurs d’usines et les assembleurs devraient tous connaître une pénurie de type « 3 » sur une échelle en quatre points. Les pénuries et les postes non pourvus n’ont cessé d’augmenter depuis la crise financière mondiale de 2008.</p>
<p>Pour les travailleurs européens, les pénuries de main-d’œuvre auront deux effets: d’abord, une pression inflationniste accrue due à des goulets d’étranglement de la production et à des heures de travail intensifiées – et souvent plus longues – dans les secteurs concernés; ensuite, un accroissement du pouvoir de négociation, en particulier alors que les populations en âge de travailler diminuent et que les tensions géopolitiques restreignent l’attrait des options d’externalisation.</p>
<p>Concernant l’investissement, le tableau est préoccupant. Les évolutions démographiques impliquant une croissance plus faible, des coûts du travail plus élevés, davantage de transferts vers les retraités et des ménages âgés qui dépensent leurs économies sur le long terme rendront l’augmentation de l’investissement plus difficile. Par ailleurs, des taux directeurs plus élevés en réponse à l’inflation pourraient aggraver cette dynamique, en faisant grimper les taux d’intérêt et, par conséquent, les coûts d’investissement. Une croissance continue et accélérée de la productivité est le socle d’un niveau de vie plus élevé et d’un travail décent, et offre des marges pour des augmentations salariales tout en apaisant les contraintes budgétaires et de financement des aides sociales. Cette stratégie « haute route », qui ne consiste pas uniquement à réduire les coûts et à déqualifier la main-d’œuvre, est ce qui crée des emplois à haut salaire, une concurrence fondée sur la qualité et la valeur du savoir-faire, et permet de retenir les travailleurs au niveau de l’entreprise. Or, la croissance de la productivité est en stagnation, et l’écart démographique sur le PIB pourrait conduire à une économie de l’UE qui se contracte, exacerbant les contestations liées à la répartition. Dans son rapport de 2024, l’ex-président de la Banque centrale européenne Mario Draghi a identifié la stagnation de la productivité comme le principal obstacle à la compétitivité européenne.</p>
<p>Un obstacle majeur à l’investissement est que les profits des entreprises sont de plus en plus conservés plutôt que réinvestis.<sup data-fn="982ed074-ac45-4321-a0c3-cb067f7d7a44" class="fn">4</sup> Les voix des travailleurs pourraient jouer un rôle majeur dans le changement de cette réalité, car une plus grande participation des salariés à la prise de décisions augmente l’investissement et la croissance de la productivité des entreprises, ce qui est nécessaire pour les transitions verte et numérique.<sup data-fn="e7ca4f01-f68e-45d6-8263-372b66367f25" class="fn">5</sup> Les travailleurs atténuent la tendance des actionnaires à privilégier les rendements à court terme (ce qui conduit souvent à un sous-investissement).</p>
<h2 class="wp-block-heading"><strong>Crises et opportunités pour les travailleurs </strong></h2>
<p>Pour les syndicats, cette combinaison de marchés du travail plus resserrés et d’inflation plus élevée pourrait constituer un vent favorable au renouvellement. Dans la plupart des pays, l’adhésion syndicale a diminué en raison de facteurs tels que la diminution de l’emploi dans la fabrication, les externalisations, la montée de pratiques d’emploi atypiques et les stratégies des employeurs. Cependant, la densité syndicale (pourcentage d’employés affiliés à un syndicat) commence récemment à se stabiliser dans certains pays, notamment en Irlande, en France, en Espagne, en Lituanie, en Roumanie et en Norvège.<sup data-fn="d13d907a-c9ec-4388-b275-64c3620909f0" class="fn">6</sup> Par le passé, les syndicats ont réussi à s’organiser plus efficacement lorsque les marchés du travail étaient plus tendus, augmentant ainsi la capacité de négociation des travailleurs, et dans des contextes d’inflation élevée, en protégeant les salaires réels. Cela pourrait de nouveau devenir le cas dans la nouvelle réalité démographique.</p>
<p>Cependant, les changements structurels dans le paysage des entreprises obligeront les syndicats à s’étendre au-delà de leurs bastions traditionnels dans les grandes entreprises manufacturières et le secteur public, pour toucher les services marchands et les lieux de travail plus modestes, où l’emploi croît rapidement. En outre, des formes d’emploi atypiques, telles que la sous-traitance et le travail indépendant via des plateformes, gagnent en importance. Des campagnes d’expansion réussies qui atteignent aussi ces secteurs seront nécessaires pour le processus de revitalisation.</p>
<p>Le secteur des soins sera particulièrement stratégique à cet égard. À mesure que la part des personnes âgées dans la société augmente, la part des biens et services nécessaires à leur prise en charge augmentera également. Trente-sept pour cent des femmes et 29 % des hommes de plus de 85 ans présentent des limitations sévères dans les activités et nécessitent une aide pour effectuer les actes quotidiens. La démence, en particulier, exerce une pression sur le secteur, car elle accroît les besoins de soins sans réduire l’espérance de vie. En raison des compétences sociales complexes requises pour prendre soin des personnes âgées, une grande partie de ce travail ne peut pas être réellement automatisée, ce qui nécessite le développement du secteur des soins, où les pénuries de main-d’œuvre sont déjà visibles.<sup data-fn="9c2a94dc-0283-4170-b5d3-4df79451953a" class="fn">7</sup></p>
<p>Le travail dans les soins est souvent effectué de manière informelle par des proches, principalement des femmes. Cependant, ce travail informel réduit les opportunités d’emploi des femmes, contredisant l’objectif d’élargir la participation à la force de travail afin d’atténuer les pressions démographiques. Quant au secteur formel des soins, il est actuellement caractérisé par des bas salaires et une forte ségrégation entre les sexes. Des conditions de travail dignes sont nécessaires pour attirer davantage de professionnels des soins et assurer la dignité des personnes âgées. Cela place la société devant un dilemme, car des contraintes budgétaires existent en parallèle. Les syndicats pourraient jouer ici un rôle important en luttant pour de meilleures conditions de travail et en organisant les travailleurs. De telles campagnes dans le secteur des soins pourraient être un élément essentiel du renouvellement des syndicats. Elles pourraient aussi intégrer la perspective plus large des travailleurs acquise par le dialogue social et la consultation, jouant ainsi un rôle clé dans la définition de ce secteur clé d’une société au vieillissement.</p>
<p>Les perspectives démographiques du XXIe siècle apportent donc à l’Europe d’importants défis: croissance faible, forte dépendance vieillesse, pénuries de main-d’œuvre, pressions inflationnistes et perspectives moroses pour l’investissement et le secteur des soins. En même temps, cet arrangement pourrait renforcer la capacité du mouvement ouvrier organisé à se revitaliser et à naviguer ces défis au bénéfice des travailleurs.</p>
<ol class="wp-block-footnotes">
<li id="5c4258c7-8e0f-46a2-855b-5c55bb37085c">Voir, par exemple : Hein de Haas (2024). How Migration Really Works: 22 Things You Need to Know about the Most Divisive Issue in Politics. Londres : Penguin. Simona Bignami et al. (2024). « Low Fertility in the EU: A Review of Trends and Drivers ». Science for Policy Brief, No. JRC137492. Bruxelles : Joint Research Centre, Commission européenne. Disponible à <https://publications.jrc.europa.eu/repository/handle/JRC137492>. ︎</li>
<li id="c3b41ef5-19be-4985-91f4-84d45d9242ae">Pour l’Autriche, voir : Josef Wöss &#038; Erik Türk (2014). « Demografie und Sozialstaat: Arbeitsmarkt hat zentrale Bedeutung ». Wirtschaft und Gesellschaft, Vol. 40(3), pp. 429–443. Disponible à <https://www.arbeiterkammer.at/infopool/wien/Demographie_und_Sozialstaat_-_WuG_3-2014.pdf&gt;. Pour l’Allemagne, voir : Erik Türk et al. (2018). « Den demografischen Wandel bewältigen: Die Schlüsselrolle des Arbeitsmarktes ». IMK Report, No. 137. Düsseldorf : Institut für Makroökonomie und Konjunkturforschung (IMK). Disponible à <https://www.imk-boeckler.de/de/faust-detail.htm?sync_id=HBS-006858&gt;. &#x21a9;︎</li>
<li id="44e10f32-46d6-41df-8c54-1386049f20af">Cedefop (2025). Cedefop Labour and Skills Shortage Index. Luxembourg : Publications Office of the European Union. Disponible à <https://op.europa.eu/en/publication-detail/-/publication/a29414ce-e900-11ef-b5e9-01aa75ed71a1/language-en&gt;. &#x21a9;︎</li>
<li id="982ed074-ac45-4321-a0c3-cb067f7d7a44">Peter Chen, Loukas Karabarbounis &amp; Brent Neiman (2017). « The Global Rise of Corporate Saving ». Journal of Monetary Economics, Vol. 89, pp. 1–19. Disponible à <https://doi.org/10.1016/j.jmoneco.2017.03.004&gt;. &#x21a9;︎</li>
<li id="e7ca4f01-f68e-45d6-8263-372b66367f25">Stan De Spiegelaere &#038; Sigurt Vitols (2026). « Worker Participation: A Missing Element on the Road to Competitiveness ». ETUI Policy Brief, 2, 2026. Bruxelles : European Trade Union Institute. Disponible à <https://www.etui.org/publications/worker-participation-missing-element-road-competitiveness&gt;. &#x21a9;︎</li>
<li id="d13d907a-c9ec-4388-b275-64c3620909f0">Agnieszka Piasna et al. (eds) (2026). Benchmarking Working Europe 2026. Bruxelles : European Trade Union Institute &amp; European Trade Union Confederation. Disponible à <https://www.etui.org/sites/default/files/2026-04/ETU%20BM2026-WEB.pdf&gt;. &#x21a9;︎</li>
<li id="9c2a94dc-0283-4170-b5d3-4df79451953a">Cedefop (2025) <img src="https://s.w.org/images/core/emoji/16.0.1/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</li>
</ol>
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]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>Oubliés à l’étranger, indispensables à la maison</title>
		<link>https://www.election-presidentielle.fr/oublies-a-letranger-indispensables-a-la-maison/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Dominique Barthier]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 10 Jun 2026 12:53:23 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Europe]]></category>
		<category><![CDATA[indispensables]]></category>
		<category><![CDATA[létranger]]></category>
		<category><![CDATA[Maison]]></category>
		<category><![CDATA[Oubliés]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.election-presidentielle.fr/oublies-a-letranger-indispensables-a-la-maison/</guid>

					<description><![CDATA[<p>Suite à l&#8217;effondrement du communisme et à l&#8217;intégration de l&#8217;Europe centrale et orientale et des États baltes dans l&#8217;Union européenne,</p>
<p>L’article <a href="https://www.election-presidentielle.fr/oublies-a-letranger-indispensables-a-la-maison/">Oubliés à l’étranger, indispensables à la maison</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.election-presidentielle.fr">ElectionPrésidentielle.fr</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<div class="wp-block-ldgejblocks-gej-block-introduction">
<p>Suite à l&rsquo;effondrement du communisme et à l&rsquo;intégration de l&rsquo;Europe centrale et orientale et des États baltes dans l&rsquo;Union européenne, les citoyens de ces régions ont utilisé leurs nouvelles libertés pour émigrer vers l&rsquo;ouest. Leurs pays d&rsquo;origine n&rsquo;étaient pas bien préparés à gérer les effets économiques et culturels de cet exode, et n&rsquo;ont que peu œuvré pour entretenir les liens avec leurs diasporas. Aujourd&rsquo;hui, confrontés à des vulnérabilités démographiques, stratégiques et démocratiques croissantes, ils cherchent à réparer cette rupture.</p>
</div>
<p>Pendant des décennies, les États membres d&rsquo;Europe centrale et orientale (CEEO) et des pays baltes au sein de l&rsquo;UE ont connu une émigration soutenue, des millions de citoyens partant travailler à l&rsquo;étranger. Les gouvernements accueillaient les flux de remises et tentaient de s&rsquo;adapter aux pénuries de main-d&rsquo;œuvre nationales, mais l&rsquo;engagement envers leurs diasporas demeurait limité. Cette approche était en partie façonnée par le contexte historique. Magdalena Ulceluse, professeure associée en migration internationale à l&rsquo;Université de Malmö, en Suède, explique : « Les pays d&rsquo;Europe de l&rsquo;Est entretiennent une relation complexe avec la libre circulation. Issus d&rsquo;un contexte communiste où la mobilité était interdite, l&rsquo;émigration est devenue associée à une liberté durement conquise. »</p>
<p>Cependant, une combinaison de facteurs structurels de longue date et de développements plus récents incite ces gouvernements à repenser leur contrat social et leur relation avec leur diaspora. Si le déclin démographique demeure un défi durable, partiellement alimenté par l&rsquo;émigration soutenue et des natalités historiquement basses, de nouvelles pressions, notamment la guerre en Ukraine et la montée de la polarisation politique, accélèrent ce tournant. Résultat: les États perçoivent de plus en plus leurs diasporas non seulement comme des contributeurs économiques mais aussi comme des électorats politiquement pertinents et comme des acteurs clés en matière de sécurité et de démographie.</p>
<p>L’émigration a été significative. Sur les quelque 19 millions d&rsquo;habitants de la Roumanie, par exemple, près d&rsquo;un quart vit à l&rsquo;étranger, principalement en Europe de l&rsquo;Ouest. Ils constituent la plus grande diaspora de l&rsquo;UE. Environ deux tiers sont des migrants économiques, occupant des postes dans la construction, l&rsquo;aide sociale aux personnes âgées et l&rsquo;agriculture saisonnière que les travailleurs des pays d&rsquo;accueil ne veulent plus occuper. Rien qu&rsquo;en 2023, ils ont envoyé chez eux 6,5 milliards d&rsquo;euros sous forme de remises — près de 3 % du PIB de la Roumanie. La Pologne comptait environ 1,5 million de citoyens vivant ailleurs dans l&rsquo;UE à la fin de 2023, les remises représentant 1,1 % du PIB. Lettonie, avec une population d&rsquo;environ 1,86 million d&rsquo;habitants, a vu entre 280 000 et 300 000 nationaux ou anciens nationaux — plus de 15 % de sa population — s&rsquo;installer dans des pays de l&rsquo;UE ou de l&rsquo;OCDE. </p>
<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>Les pays d&rsquo;Europe centrale et orientale entretiennent une relation complexe avec la libre circulation.</p>
</blockquote>
<p>Ces flux d&rsquo;émigration se sont en grande partie produits après l’adhésion de ces pays à l’UE (la Pologne et la Lettonie ont rejoint l’UE en 2004, la Roumanie en 2007). Les migrants étaient attirés par des salaires plus élevés et des marchés du travail plus stables dans des pays comme l’Allemagne, la Belgique, l’Espagne et l’Italie. « Dans les pays d’origine, les coûts de l’émigration étaient visibles dès le début », note Ulceluse, « mais les politiques à l’égard de la diaspora n’ont pas réellement changé avant que la dimension politique n’apparaisse, marquée par la polarisation et la montée des partis d’extrême droite. »</p>
<h2 class="wp-block-heading"><strong>Oubliés et séduits</strong> </h2>
<p>Pour la Roumanie, les conséquences politiques de deux décennies d’inertie deviennent difficiles à ignorer. En 2024, la Cour constitutionnelle du pays a annulé des élections en raison d’ingérences étrangères présumées et de financement illégal de la campagne; lors du redressement l’année suivante, le candidat pro-européen Nicușor Dan a battu le candidat d’extrême droite George Simion, mais sans résultats sans surprise : parmi les communautés de la diaspora en Allemagne, en Italie et en Espagne — des pays où vivent d’importantes communautés roumaines — Simion a obtenu environ 70 % des voix.</p>
<p>Ulceluse soutient que l’ampleur du soutien de la diaspora à Simion reflète un changement dans le profil des Roumains partis à l’étranger. « Les premières vagues comptaient de nombreux migrants hautement qualifiés, des professionnels de la classe moyenne, qui s’installent dans des emplois qualifiés à l’étranger. Mais ces dernières années, des agences de recrutement se déploient à travers le pays, dans les villages, offrant de conduire les gens à l’hébergement en Hollande ou en Belgique. Cette infrastructure a ouvert la porte à une plus grande diversité de migrants. »</p>
<p>Pour nombre d’entre eux, notamment ceux qui travaillent dans l’agriculture, l’expérience à l’étranger a été marquée par une profonde isolation. « Ils vivent en marge, ne parlent pas la langue et nourrissent une profonde méfiance, même envers leurs compatriotes roumains », déclare Ulceluse. « Ils se sentent invisibles : pas d’opportunités chez eux, et pas de reconnaissance à l’étranger. »</p>
<p>La pandémie de Covid-19 a aggravé leurs griefs : les travailleurs en emploi précaire ou saisonnier se retrouvaient fréquemment exclus de la protection sociale, des soins de santé et de l’aide financière dans les pays d’accueil. Par ailleurs, les autorités roumaines, y compris le président de l’époque, ont déconseillé leur retour au pays pendant les fêtes par crainte d’y introduire le virus. L’inflation continue et la crise du coût de la vie ont encore fragilisé leurs finances, les remises ayant chuté fortement en 2024.</p>
<p>Les politiciens traditionnels des partis libéral et social-démocrate ne les évoquaient que pendant les campagnes, avec des slogans et des appels à leur vote. En revanche, l’alliance d’extrême droite AUR, du côté des Simion, s’est efforcée de s’engager de manière continue avec la diaspora. Le parti a cherché activement à rencontrer les communautés de la diaspora là où elles se trouvent, touchant une large palette de groupes sociaux, des chauffeurs de camion dans des parkings aux participants d’événements associatifs de la diaspora. Lors des dernières élections, ces efforts ont porté leurs fruits, même si cela n’a pas suffi à permettre à Simion de gagner.</p>
<p>Le parti conservateur estonien, EKRE, a lui aussi raconté une histoire similaire. Lors des élections parlementaires de 2019, il a remporté 43,7 % du vote postal de la diaspora — bien que ce fût à partir d’un segment relativement restreint de l’électorat estonien vivant à l’étranger (principalement des expatriés Finlande et Suède). Vassilis Petsinis, maître de conférences en sciences politiques à l’Université Corvinus de Budapest, attribue en partie ce soutien à l’accent mis par EKRE sur les politiques de retour. « EKRE a plaidé pour faciliter le retour des émigrants estoniens et développer l’infrastructure de soutien à la réintégration », précise-t-il, notant que de telles politiques ont pu séduire notamment certains groupes, comme les travailleurs manuels.</p>
<h2 class="wp-block-heading"><strong>Une obligation de servir ? </strong> </h2>
<p>Dans des cas tels que la Roumanie et l’Estonie, les modèles de vote de la diaspora suggèrent que l’aliénation et la privation de droits à l’étranger, si elles persistent suffisamment longtemps, peuvent se transformer en choix politiques extrêmes.</p>
<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>L&rsquo;aliénation et la privation de droits à l&rsquo;étranger, si elles se prolongent suffisamment longtemps, peuvent se muer en choix politiques extrêmes.</p>
</blockquote>
<p>Mais les tendances électorales ne constituent qu’une partie du tableau. Les relations entre les gouvernements et leurs diasporas sont de plus en plus réassemblées dans une logique de sécurité. Le retour d’un conflit militaire d’envergure en Europe pose une question immédiate et pratique : que peut-on légitimement demander à des citoyens vivant à l’étranger, y compris en matière de défense de leur patrie ?</p>
<p>Alors que la Roumanie n’a pas réintroduit le service militaire obligatoire, elle a approuvé en 2025 un projet de loi instituant une formation militaire volontaire de quatre mois pour les citoyens âgés de 18 à 35 ans, qu’ils résident en Roumanie ou à l’étranger. Cette législation est présentée comme un mécanisme de renforcement des capacités de réserve, mais le gouvernement roumain a commencé à construire le cadre juridique et institutionnel permettant d’intégrer les citoyens à l’étranger dans la défense nationale si l’environnement sécuritaire venait à se dégrader. Lorsque l’on a demandé au chef d’état-major roumain, le général Vlad Gheorghiță, ce qu’impliquerait le recrutement de la diaspora en cas de guerre, il a déclaré que le service militaire « demeure un devoir constitutionnel pour tous et une obligation légale ». </p>
<p>L’Estonie est en train d’adapter son service militaire obligatoire, qui doit passer de huit à onze mois, à douze mois à partir de 2027, et ce, y compris pour la diaspora, bien qu’une partie de celle-ci soit exclue. Les citoyens ayant résidé à l’étranger de manière continue pendant au moins sept ans avant leur inscription dans l’obligation de défense nationale, ou étant nés à l’étranger et ayant vécu là juste avant leur inscription, peuvent être libérés de leurs obligations s’ils ne demandent pas à servir dans les cinq ans. Ceux qui restent hors de ces exemptions restent dans le vivier du service militaire.</p>
<p>La Lettonie réintroduit également le service militaire obligatoire, avec apparemment moins d’exemptions que l’Estonie. Jusqu’en 2027, les citoyens lettons résidant définitivement à l’étranger et inscrits auprès du Bureau de la citoyenneté et des affaires migratoires sont exemptés des listes de tirage. À l’issue de cette période transitoire, les Lettons de la diaspora pourraient être appelés par le Service national de défense. Selon Māris Andžāns, directeur du Centre d’études géopolitiques à Riga, l’incorporation de la diaspora devrait avoir des effets ambivalents. Il soutient que cela « pourrait inciter certains doubles citoyens à renoncer à leur citoyenneté lettonne », mais passer 11 mois en Lettonie, comme l’exige le service, pourrait aussi « renforcer le lien avec le pays ». Un passeport, dit-il, apporte « non seulement des opportunités, mais aussi des obligations ».</p>
<p>Ce qui demeure plus difficile à prévoir, c’est la réaction des différentes générations de Lettons vivant à l’étranger. Andžāns met en garde contre toute hypothèse selon laquelle les émigrés récents seraient plus attachés à leur pays que ceux dont les familles sont parties il y a des décennies. « Certains Américains d’origine lettone qui ne parlent pas letton pourraient être plus disposés à servir que ceux qui sont partis récemment », estime-t-il. Les émigrants les plus récents ont souvent quitté leur pays parce qu’ils estimaient qu’ils ne pouvaient pas y construire une vie, et ils peuvent ressentir peu d’attirance à revenir.</p>
<p>Le gouvernement letton organise déjà des ateliers dans les ambassades et des camps de diaspora à l’étranger pour expliquer la politique et gérer les attentes. Mais, comme le reconnaît Andžāns, les cinq prochaines années seront le vrai test quant à la direction que prendra la diaspora. Plus largement, Andžāns souligne que le retour de la conscription ne relève pas seulement d’un phénomène letton ou balte, mais s’inscrit dans une tendance plus vaste en Europe, poussée par des soucis de sécurité et des pressions démographiques.</p>
<h2 class="wp-block-heading"><strong>Nouvelles stratégies </strong> </h2>
<p>Ces préoccupations en matière de sécurité s’inscrivent dans une trame structurelle plus profonde : le déclin démographique. Les projections démographiques pour la région sont préoccupantes. La population roumaine devrait passer d’environ 19 millions aujourd’hui à 14 millions d’ici 2100 sans tenir compte de l’immigration ; celle de la Pologne passerait de 38 à 24 millions.</p>
<p>Les taux de fécondité plus faibles constituent un facteur clé, mais l’émigration soutenue a fortement aggravé la pression. En Roumanie, certains analystes prévoient des effets structurels à long terme. Remus Gabriel Anghel, professeur à la National University of Political Studies and Public Administration et chercheur à l’Institut roumain d’études sur les minorités nationales, déclare que « une part importante de la population rurale roumaine disparaîtra probablement », la population étant de plus en plus concentrée dans des centres urbains de tailles variées. Selon lui, l’immigration est peu susceptible de combler le vide. Dans les institutions publiques et les entreprises, « à l’avenir, il faudra des personnes capables d’écrire, de lire et de préparer des documents en roumain au minimum », une exigence qui limite dans quelle mesure l’arrivée de travailleurs étrangers peut compenser le manque. Théoriquement, les Moldaves, dont la langue officielle est également le roumain, pourraient aider à combler certains de ces trous. Mais plutôt que de s’installer dans leur pays voisin, beaucoup préfèrent émigrer vers les pays d’Europe occidentale et méridionale, comme l’Italie, ou se diriger vers l’est, en Russie, à la recherche de perspectives économiques plus avantageuses.</p>
<p>Même avec une main-d&rsquo;œuvre peu qualifiée, Anghel prévoit que l’augmentation de l’immigration ne sera pas aisée. Malgré l’échelle actuelle modeste du travail étranger en Roumanie, les rhétoriques populistes et anti-immigration gagnent du terrain, suggérant que le plafond politique d’un programme d’immigration géré pourrait être inférieur au besoin démographique. L’implication est que le retour de la diaspora, ou au moins le maintien de liens diaspora forts susceptibles à terme de faciliter le retour, figure parmi les leviers politiques les plus exploitables.</p>
<p>Face à ces défis, les gouvernements de la CEE et des régions baltiques ont passé ces dernières années à tenter de refaçonner leur politique en matière de diaspora. Selon un rapport publié en 2025 par le EU Global Diaspora Facility, 13 États membres de l’UE, dont la Roumanie, la Lettonie et la Pologne, disposent désormais d’une loi, d’une stratégie ou d’une politique spécifique à la diaspora. Le rapport a également identifié 97 institutions publiques à travers l’UE impliquées dans des politiques liées à la diaspora.</p>
<p>La Pologne s’est engagée dans l’une des réformes les plus globales. Au cours des dernières années, le pays a adapté ses politiques à la réalité selon laquelle la diaspora compte désormais « les prochaines générations de la communauté polonaise, des personnes qui ne sont pas nées en Pologne et des émigrés ». </p>
<p>À la fin de 2025, le vice-Premier ministre polonais a souligné la nécessité de « renforcer et moderniser les méthodes d’enseignement du polonais, y compris comme langue étrangère, dans les écoles communautaires polonaises et dans les systèmes éducatifs des pays où vivent les membres de la communauté polonaise ». Cela est intervenu peu après l’adoption par le Conseil des ministres polonais de la Stratégie gouvernementale de coopération avec la diaspora et les Polonais résidant à l’étranger pour 2025–2030. Les opportunités destinées aux jeunes membres de la diaspora constituent un axe clé de cette stratégie. Dans le cadre de celle-ci, en 2026, le Ministère des Affaires étrangères a lancé des programmes visant les jeunes d’origine polonaise, notamment des visites d’études en Pologne et des stages professionnels destinés à faire de la relocalisation et de l’établissement une option réaliste.</p>
<p>Bastian Sendhardt, chercheur associé à l’Institut allemand des affaires polonaises (DPI), affirme que ces mesures récentes marquent « un virage vers une approche plus stratégique et étatique de la gestion des liens transnationaux nationaux ». Cependant, souligne-t-il, leur portée est inégale.</p>
<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>Malgré les lacunes et les échecs des politiques, certains membres de la diaspora rentrent tout de même.</p>
</blockquote>
<p>Elles fonctionnent surtout « pour ceux qui ont déjà un lien avec la Pologne », car elles apportent un soutien à des moments clés tels que l’éducation ou la mobilité précoce dans la carrière. En conséquence, les politiques demeurent « structurellement limitées », n’engageant principalement que des individus déjà mobiles et culturellement connectés, plutôt que des générations ultérieures plus intégrées. En ce sens, elles « se comprennent mieux comme un renforcement des liens existants que comme une reversal des processus de détachement à long terme ». </p>
<p>La Roumanie est aussi en train de réviser sa politique relative à la diaspora, avec un nouvel élan après les élections de l’an dernier. Au fil des ans, le pays a étendu son réseau consulaire, financé des programmes visant à préserver l’identité roumaine à l’étranger et lancé des initiatives encourageant le retour des ressortissants, y compris un soutien financier pour les entrepreneurs revenant.</p>
<p>Les chercheurs remettent en question l’efficacité de ces politiques. « En Roumanie, il y a beaucoup de rhétorique sur l’engagement de la diaspora, mais pas de politique efficace en la matière », souligne Anghel. « Le seul programme cohérent, Start-Up Diaspora, a surtout aidé ceux qui avaient déjà l’intention de revenir. » La décortication de Maria Regina Tongson, auteure du rapport du EU Global Diaspora Facility, est la même : « les pays peuvent adopter des politiques sur le papier sans nécessairement allouer des ressources pour les mettre en œuvre, surtout si l’objectif est simplement de donner une visibilité symbolique à leur diaspora. »</p>
<p>La direction politique roumaine a également reconnu ces manques. Peu après son élection, le président Dan a admis : « La Roumanie n’a pas de véritable stratégie pour les Roumains de la diaspora, elle n’a pas une enquête exhaustive sur les besoins de ces personnes. » Il a ajouté que le ministère des Affaires étrangères et la présidence devront élaborer une stratégie comportant « des objectifs, des budgets et des échéances ». </p>
<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>L’appartenance peut se cultiver par la langue, la culture et l’engagement soutenu, plutôt que par des gestes symboliques.</p>
</blockquote>
<p>Pour un État qui a passé deux décennies à recevoir des remises tout en offrant peu en retour, cet aveu était révélateur. Lorsqu’il a finalement fallu agir, la Roumanie a promis le type d’infrastructure politique de base qui aurait dû être en place dès longtemps. Au moment de la rédaction, aucune stratégie formelle n’avait encore été publiée.</p>
<p>Malgré les lacunes et les échecs des politiques, certains membres de la diaspora rentrent néanmoins. En 2022, environ 190 000 Roumains vivant à l’étranger sont rentrés chez eux. En 2023, ce chiffre est passé à environ 218 000. En Pologne, 19 500 personnes sont retournées définitivement en 2024, soit près de 30 % de plus que en 2023. On estime qu’au total jusqu’à 300 000 Polonais seraient revenus dans le pays depuis 2017.</p>
<p>Anghel se montre prudent quant à attribuer cela à la stratégie de la diaspora gouvernementale. Ce qui motive le retour, soutient-il, est une convergence de forces plus prosaïques : la famille, la culture, l’épuisement et la situation du marché du travail en Europe de l’Ouest, où les salaires sont stagnants et les loyers en forte hausse depuis les années d’émigration les plus marquées. « Aller en Europe de l’Ouest apporte des retours bien moins élevés qu’il y a 15 ans », affirme-t-il.</p>
<h2 class="wp-block-heading"><strong>Ce que signifie un passeport</strong> </h2>
<p>Depuis leur entrée dans l’UE, les États de CEE et des États baltes ont bénéficié du travail de leurs ressortissants à l’étranger, des envois de remises à l’étranger à l’épuration du chômage et ont offert peu en retour. Désormais, confrontés à des vulnérabilités croissantes — démographiques, stratégiques, démocratiques — ils commencent à exiger davantage de leurs citoyens : un vote qui les soutienne, une obligation militaire honorée, une loyauté culturelle maintenue.</p>
<p>Au cœur, ce que de nombreux gouvernements européens, en particulier dans les régions CEE et baltiques, affrontent, c’est une question de contrat social : spécifiquement ce que signifie ce contrat lorsque l’une des parties le trahit. Pour les émigrants de première génération, l’équation est immédiate et personnelle : ce qu’ils ont donné, ce qu’ils ont reçu et s’il existe encore un lien significatif. Pour les émigrants de seconde et de troisième génération, il n’existe pas de point de référence équivalent. « Ils se sentent souvent plus allemands ou italiens que roumains, même lorsque les deux parents sont roumains », dit Anghel, « parce qu’ils ont grandi là-bas et y ont développé leurs références. »</p>
<p>Ils ne sont pas partis. Beaucoup d’entre eux n’ont jamais été là. Le contrat social n’est pas rompu : il n’a tout simplement jamais été conclu. Un passeport devient, pour beaucoup, une affaire de formalités administratives plutôt que d’identité, une connexion maintenue, le cas échéant, à travers des fragments : la langue d’un grand-parent, une visite payée, un nom transmis par héritage.</p>
<p>Sendhardt convient que « il existe une poussée structurelle claire vers le pays de résidence, où les individus s’insèrent dans les systèmes éducatifs, les marchés du travail et la vie sociale quotidienne ». Il ajoute que l’attachement au pays d’origine persiste, mais « davantage comme repère symbolique ou familial que comme lieu principal de loyauté politique ou sociale ». Et pourtant, l’identité n’est pas figée, et l’appartenance peut être cultivée par la langue, la culture et l’engagement soutenu plutôt que par des gestes symboliques.</p>
<p>La démarche de la Pologne auprès des jeunes communautés de la diaspora suggère que certains pays commencent à reconnaître cela. Pour Sendhardt, les politiques les plus efficaces sont celles qui créent un engagement soutenu et concret, tel que l’enseignement de la langue, les échanges youth, les programmes d’études, les stages professionnels et les opportunités professionnelles liées à la Pologne. Cela s’explique par le fait qu’elles intègrent la Pologne dans les expériences vécues des gens plutôt que de s’appuyer uniquement sur des notions abstraites d’identité. Cependant, il avertit que leur impact dépend fortement de l’accessibilité et de la continuité : les programmes ponctuels ont tendance à avoir des effets à long terme limités.</p>
<p>Ces tensions se déploient également dans le cadre d’un projet européen plus large qui demeure, à bien des égards, inachevé. La promesse post-nationale de l’UE, incarnée par la libre circulation et l’intégration économique poussée, a permis une « contamination croisée » des identités et des trajectoires de vie à travers les frontières. Pourtant, les dimensions clés de l’appartenance et des obligations restent d’ordre national, allant des attachements émotionnels et des récits politiques à des éléments plus concrets tels que le service militaire. Le résultat est un paysage stratifié et parfois contradictoire où les individus mènent des vies transfrontalières, tandis que les États continuent à faire valoir des droits fondés sur des cadres nationaux.</p>
<p>Pour les États d’Europe centrale et orientale et les États baltes, cette contradiction est particulièrement marquée : ils ont été parmi les plus grands contributeurs à l’expérience européenne en matière de libre circulation et parmi les moins préparés à en supporter les coûts. La question déterminante à laquelle ils doivent désormais répondre est de savoir s’ils peuvent encore combler un fossé qu’ils ont laissé s’élargir pendant des décennies, et ce, sur plusieurs générations. Leur réponse pourrait non seulement déterminer l’avenir de leurs diasporas, mais aussi leur résilience en tant qu’États.</p>
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		<title>Climat et banlieues : combattre l’écofascisme par l’écologie populaire</title>
		<link>https://www.election-presidentielle.fr/climat-et-banlieues-combattre-lecofascisme-par-lecologie-populaire/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Dominique Barthier]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 10 Jun 2026 09:52:53 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Europe]]></category>
		<category><![CDATA[banlieues]]></category>
		<category><![CDATA[climat]]></category>
		<category><![CDATA[combattre]]></category>
		<category><![CDATA[lécofascisme]]></category>
		<category><![CDATA[lécologie]]></category>
		<category><![CDATA[par]]></category>
		<category><![CDATA[populaire]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.election-presidentielle.fr/climat-et-banlieues-combattre-lecofascisme-par-lecologie-populaire/</guid>

					<description><![CDATA[<p>Les partis d’extrême droite en France ont élargi leur base de soutien en mêlant les questions d’immigration et de climat</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<div class="wp-block-ldgejblocks-gej-block-introduction">
<p>Les partis d’extrême droite en France ont élargi leur base de soutien en mêlant les questions d’immigration et de climat à une nouvelle idéologie « nationaliste verte ». Les jeunes des banlieues autour de Paris et d’ailleurs voient clair dans le mensonge et élaborent de nouveaux récits pour reconquérir l’agenda climatique face à l’écofascisme.</p>
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<p>Le matin du 12 octobre, une foule s’est rassemblée à Saint-Ouen-sur-Seine, la première commune au nord de Paris. Non loin de la place centrale, ils attendaient l’inauguration de l’École du Climat. Sanaa Saitouli, cofondatrice de <em>Banlieues Climat</em>, une association française de lutte pour l’environnement, se tenait devant le public, émue et incapace de parler. Féris Barkat, activiste et influenceur qui a cofondé l’école avec Saitouli et deux autres personnes, souriait en commençant à s’adresser à l’auditoire.</p>
<p>« Quand Banlieues Climat est né, Sanaa m’a dit qu’un jour nous ouvririons notre propre école où nous pourrions faire de l’éducation au climat », a-t-il déclaré. « Je lui ai répondu qu’elle était folle. Et pourtant, presque deux ans après la création de l’association, l’école est devenue une réalité. »</p>
<p>Barkat et Saitouli, ainsi que Abdelaali El Badaoui et Youssef Soukouna, les autres co-fondateurs, viennent de ce que l’on appelle des quartiers prioritaires (zone à urbaniser en priorité, ZUP) en raison des défis socioéconomiques auxquels ils font face.</p>
<p>L’école qu’ils ont fondée est le fruit de mois de travail acharné mené par les jeunes de Banlieues Climat, qui vise à sensibiliser aux questions environnementales et climatiques dans les quartiers populaires. Depuis la création de l’association en 2022, l’objectif est de faire entendre les voix de la classe ouvrière au premier plan du débat public et de développer des projets de terrain dans ces quartiers.</p>
<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>L’objectif a été de mettre les voix de la classe ouvrière au premier plan du débat public.</p>
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<p>Créée par les jeunes pour les jeunes, Banlieues Climat tourne autour de plusieurs initiatives. D’abord et surtout, elle vise à dispenser une éducation à l’environnement et à former de nouveaux jeunes formateurs. Elle met aussi fortement l’accent sur la sensibilisation : par exemple, <em>Le Banquet Végétal</em> est une initiative visant à sensibiliser aux bienfaits d’une cuisine à base de plantes, et a proposé des ateliers de cuisine lors de l’inauguration de l’école du Climat, en collaboration avec Banlieues Climat.</p>
<p>Présents à la cérémonie d’inauguration de l’école, une douzaine de jeunes formés par l’association avaient voyagé à vélo de Saint-Ouen à Marseille, dans le sud de la France, afin de sensibiliser au changement climatique en échangeant avec des agriculteurs et d’autres écologistes.</p>
<p>Comme l’a déclaré le maire de Saint-Ouen, Karim Bouamrane, lors du jour d’ouverture de l’école, l’association peut certes être centrée sur le climat, mais elle représente la « convergence des luttes — celle du climat avec les luttes sociales et politiques », et elle est une réponse à ces luttes. Dans un contexte de gains importants récents de l’extrême droite, Bouamrane a déclaré : « Plus jamais ! », ajoutant que « Banlieues Climat signifie plus jamais grâce au climat. »</p>

<h2 class="wp-block-heading"><strong>L’évolution de l’extrême droite française</strong> </h2>
<p>Le 21 septembre, le nouveau gouvernement français a été officiellement annoncé. Le président du Parti socialiste, Olivier Faure, l’a qualifié de gouvernement le plus à droite de l’histoire de la Ve République. Dirigé par le républicain Michel Barnier, il confirme le glissement à droite d’Emmanuel Macron.</p>
<p>La France suit une tendance européenne plus large, avec des partis de droite et d’extrême droite qui accèdent au pouvoir. Lors des dernières élections européennes de juin 2024, le parti d’extrême droite français le Rassemblement National (RN) de Marine Le Pen et de Jordan Bardella a recueilli 7,7 millions de voix — soit 2,5 millions de plus qu’il y a cinq ans. Même s’il ne contrôle aucun ministère, le RN exerce une puissance et une influence indéniables sur le gouvernement Barnier, qui intègre de nombreux politiciens de droite.</p>
<p>L’une des stratégies utilisées par l’extrême droite pour élargir son socle consiste à nouer les peurs anciennes liées à l’immigration à des préoccupations plus récentes autour de la crise écologique, la première semblant nourrir la seconde. Historiquement, la droite a entretenu une position sceptique sur le climat, niant l’urgence de la crise. Le président de Reconquête, Éric Zemmour, avait même comparé le réchauffement climatique à une « nouvelle religion ». Or, à présent, avec un électorat plus largement conscient de la gravité de la crise climatique, l’extrême droite a développé son propre récit sur le changement climatique.</p>
<h2 class="wp-block-heading"><strong>Le scepticisme climatique se transforme en écofascisme</strong> </h2>
<p>Le nouveau récit climatique de l’extrême droite n’est pas assorti d’un soutien à des politiques vertes. En juin, Marine Le Pen, ancienne présidente du RN, a déclaré : « Je veux arrêter les énergies renouvelables, parce que ce que vous appelez énergie renouvelable n’est ni propre ni renouvelable. » Elle a ensuite assuré à ses sympathisants qu’elle n’était pas climato-sceptique.</p>
<p>L’écologisme de l’extrême droite française se déploie sur deux grands volets. Le premier considère les questions environnementales comme un problème de second ordre. Dans le programme du RN pour les élections législatives de 2024, par exemple, le climat ne figure pas parmi les questions sur lesquelles le parti souhaite se concentrer. En fait, le climat n’apparaît pas dans le programme, à l’exception de quelques mentions ici et là. Le second volet, qui a fait son chemin ces dernières années, est appelé éco-fascisme, ou nationalisme vert. Cette vision reconnaît le changement climatique comme un problème, mais en attribue la responsabilité à des migrants, aux peuples du Sud global et à la modernité.</p>
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<p>L’écofascisme reconnaît le changement climatique comme un problème mais attribue la responsabilité aux migrants, aux peuples du Sud global et à la modernité.</p>
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<p>Francesca Santolini, auteure de <em>Ecofascists: Extreme Right and the Environment</em>, a déclaré au <em>Green European Journal</em> : « Aujourd’hui, les partis de droite sont obligés de se prononcer sur l’écologie car c’est désormais une question incontournable », largement discutée par les décideurs et le public. Même les partis autrefois sceptiques ont été contraints de reconsidérer leurs positions et d’introduire de nouveaux récits. « Le récit que développe l’extrême droite est populiste et opère par inversion de la réalité, en créant des ennemis et des maîtres à qui l’on confie les tâches », dit Santolini. En ce qui concerne le climat, elle affirme que les partis d’extrême droite « reconnaissent une crise écologique mais attribuent la responsabilité à des facteurs autres que les combustibles fossiles. »</p>
<p>Attribuer la responsabilité aux migrants est à la base de ce que l’on appelle « l’éco-barrière-frontière », par lequel le territoire est défendu au nom de la sauvegarde écologique. Le concept a été forgé en 2021 par deux chercheurs britanniques, Joe Turner et Dan Bailey. Dans leur analyse de la propagande de 22 partis nationalistes en Europe, ils ont trouvé une distillation parfaite de l’éco-barrière-frontière dans les mots de Marine Le Pen : « L’écologisme est l’enfant naturel du patriotisme, qui est l’enfant naturel de l’enracinement », a déclaré Le Pen en 2019. « La meilleure préservation de l’environnement est la défense des frontières », a-t-elle ajouté.</p>
<p>L’idée selon laquelle les migrants (même ceux originaires de territoires gravement touchés par la crise climatique) dégradent l’environnement dans leurs pays d’arrivée remonte aux penseurs malthusiens et conservateurs qui ont soutenu l’idée d’une pureté originelle de la nature. Ces penseurs estimaient que seuls ceux qui possédaient la terre étaient capables de la protéger, tandis que ceux qui ne la possédaient pas (par exemple les migrants) constituaient une menace.</p>
<p>« C’est honteux », déclare Barkat. « Ce sont des stratégies pour rallier un électorat populaire. » La nouvelle conviction de l’extrême droite française et européenne est bien incarnée par les mots de Jordan Bardella, qui a déclaré en 2019 que « les frontières sont les meilleurs alliés de l’environnement… C’est grâce à elles que nous allons sauver la planète ». Pour Santolini, cette idée vient « directement du récit nazi de sang et de sol et ainsi de la lignée de pensée qui lie l’écologisme à la xénophobie ». </p>
<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.election-presidentielle.fr/wp-content/uploads/2026/06/1781085173_230_Climat-et-banlieues-combattre-lecofascisme-par-lecologie-populaire.jpg" alt="" class="wp-image-41656"   data-pagespeed-url-hash="3137195926" onload="pagespeed.CriticalImages.checkImageForCriticality(this);"><figcaption class="wp-element-caption">@Veronica Gennari</figcaption></figure>
<h2 class="wp-block-heading"><strong>Là où le climat frappe le plus durement</strong> </h2>
<p>« C’est une façon de dresser les pauvres contre les plus pauvres, mais ce sont de fausses informations. Si nous voulons sauver l’environnement, nous savons comment le faire et nous savons qui est le plus grand consommateur », déclare Barkat. « Les pauvres ne sont pas le problème et les périphéries non plus. »</p>
<p>Une grande partie du travail et de l’activisme de Banlieues Climat vise précisément à faire entrer les voix de ces quartiers populaires défavorisés sous le feu des projecteurs médiatiques. « En effet, même s’ils sont les zones où la consommation est la plus faible parce qu’ils sont moins prospères et plus précaires, les quartiers populaires restent ceux les plus exposés à la crise climatique », explique Barkat.</p>
<p>Le paysage typique des banlieues des grandes villes françaises (notamment les ZUP) est illustré par les tours HLM. Ce sont d’immenses immeubles linéaires qui constituent ce que l’on appelle en France une cité. Ils datent des années 1950 et 1960 et ont été construits pour accueillir un grand nombre de résidents, notamment des migrants. Souvent érigés à la hâte et dépourvus d’isolation thermique, ces bâtiments nécessitent aujourd’hui de lourdes rénovations. Entre-temps, toutefois, ils restent des lieux peu adaptés pour se protéger du froid en hiver ou des vagues de chaleur en été. « Nous vivons dans des zones pas conçues pour supporter la chaleur », déclare Barkat. « La rénovation thermique des bâtiments est souvent retardée et les espaces verts manquent. »</p>
<p>Les banlieues, où l’espace est abondant et les coûts inférieurs à ceux des métropoles, ont aussi été soumises à une industrialisation massive à partir de la seconde moitié du XIXe siècle (notamment dans le nord de Paris). En raison de leur proximité avec une grande ville, qui leur fournissait un marché, des industries importantes et des infrastructures de transport se sont implantées dans les quartiers ouvriers, exposant leurs habitants à la pollution et à d’autres facteurs de mauvaise santé.</p>
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<p>Même si ce sont les zones où les gens consomment le moins parce qu’elles sont moins prospères et plus précaires, les quartiers populaires sont ceux qui sont le plus exposés à la crise climatique.</p>
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<p>La santé a été le point de départ de la conscience écologique de Barkat. Il a pris pleinement conscience de l’urgence climatique et du lien direct entre climat et santé lorsque sa mère est tombée gravement malade à cause de la pollution. Depuis les débuts de Banlieue Climat, la sensibilisation aux effets de la pollution de l’air, entre autres, a animé le travail du mouvement. Une étude de Santé publique France en 2021 a montré que 40 000 décès annuels en France étaient attribuables aux particules fines. Lorsque les Français sont restés chez eux pendant le confinement lié à la Covid-19 et ont donc été exposés à moins de pollution, le nombre de décès a chuté de 2 300.</p>
<p>Si le climat est négligé, alors la santé de la population en souffrira, mais les banlieues seront touchées de manière plus violente, car elles disposent de la moins bonne offre de soins en France. Féris Barkat estime que, dans les banlieues, la sensibilisation au climat est étroitement liée aux politiques sociales nécessaires pour améliorer les conditions de vie. Il est convaincu que la montée des partis d’extrême droite entraînera une érosion accrue de la protection sociale dans les zones périphériques, ce qui provoquera à son tour un manque d’intérêt pour l’écologie. « C’est un cercle vicieux », dit-il. « Je ne pense pas que l’extrême droite aura un grand impact direct sur la question climatique dans les banlieues, mais il y aura une répercussion par le biais de la question sociale. »</p>
<p>Les partis d’extrême droite continuent de propager le récit selon lequel les banlieues ont bénéficié de trop d’aides publiques, au détriment des campagnes oubliées. « Dans les quartiers difficiles, il y a bien plus d’argent public qui y est versé que dans nos campagnes », a affirmé Le Pen en 2023.</p>
<p>Bien que des études aient réfuté l’affirmation de Le Pen selon laquelle les zones rurales reçoivent moins de soutien de l’État que les zones suburbaines, ses politiques tendent à privilégier la France rurale et se montrent hostiles envers les zones périphériques majoritairement peuplées par des personnes d’origine immigrée. Elle a même critiqué l’Aide médicale d’État (AME), un dispositif qui permet aux immigrés en situation irrégulière de bénéficier de l’accès aux soins. L’extrême droite française veut réduire drastiquement cet accès, voire l’abolir totalement.</p>
<h2 class="wp-block-heading"><strong>Lutter par l’écologie</strong> </h2>
<p>Les ZUP en France « sont extrêmement multiculturelles », explique Barkat. « C’est là que vivent des immigrés français de deuxième ou troisième génération. » Beaucoup viennent de la région Maghreb ou d’Afrique, poursuit-il, ce qui signifie « qu’il existe un fort intérêt environnemental lié à leurs origines qui peut être éveillé… Leurs ancêtres provenaient des zones où la crise climatique est la plus grave. »</p>
<p>C’est précisément cet intérêt que les jeunes membres de Banlieues Climat cherchent à éveiller. En effet, l’association propose plusieurs initiatives pour sensibiliser au climat. Tout d’abord, elle organise des sessions de formation reconnues par le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Ces sessions sont dirigées par des jeunes pour leurs pairs et comprennent des échanges, des cours et des débats. À ce jour, Banlieues Climat a formé plus de 400 jeunes. « Maintenant que l’école est ouverte, nous nous préparons aussi à former une délégation de jeunes pour assister à la COP 30 à Belém en novembre 2025 », déclare Sanaa Saitouli.</p>
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<p>Barkat affirme qu’avec ses nombreuses initiatives, l’association cherche « à mettre les projecteurs sur les jeunes des quartiers populaires qui n’ont habituellement pas de place pour parler en public ». C’est exactement ce qu’il a fait pendant la période électorale de cette année. Face à l’avancée de la droite et au risque d’avoir un Premier ministre issu directement du RN, Barkat et d’autres activistes se sont davantage exprimés sur des initiatives écologiques et politiques.</p>
<p>« Nous avons vraiment œuvré pour changer l’équilibre des pouvoirs », explique-t-il. « Nous avons envoyé des jeunes s’exprimer à la télévision et organisé une projection d’art à l’Assemblée nationale pour dire que nous, enfants de personnes migrantes, sommes chez nous. Nous le savons mais d’autres en doutent. Nous leur avons rappelé. »</p>
<p>Bien que l’intervention ait été immédiatement interrompue et stoppée par les forces de l’ordre, la projection artistique à l’Assemblée nationale, montrant la fameuse chanteuse Aya Nakamura (ciblée par les attaques d’extrême droite), a attiré l’attention sur les quartiers populaires. « Lorsqu’il y a un besoin et une urgence de lutter contre l’extrême droite, Banlieues Climat a pris position sans discuter, et nous avons décidé d’agir », a déclaré Saitouli.</p>
<p>Les jeunes des quartiers populaires continuent de répondre aux politiques d’extrême droite par l’activisme et l’écologie. Lors d’une formation à Cergy, un participant a exprimé très clairement l’idée qui anime Banlieues Climat : « Parfois nous, jeunes issus de milieux immigrés, sommes perçus comme un problème en France. Mais ce qui est positif, c’est que la question du climat est un problème pour toute la France. Si nous la résolvons ou contribuons à la résoudre, nous serons perçus comme la solution. »</p>
<p>Lors de la journée d’ouverture de l’École du Climat, Laurence Tubiana, figure emblématique de la lutte climatique en France et marraine de Banlieues Climat, a souligné ce fait. « La lutte contre la crise climatique ne peut être menée si tout le monde ne participe pas et, en particulier, elle ne peut pas être menée sans les jeunes des quartiers populaires », a-t-elle déclaré.</p>
<p>Pendant la période électorale, selon Barkat, « j’ai vu une énergie incroyable. Beaucoup voulaient nous aider. L’objectif principal est d’éviter la résignation car rien n’a changé depuis des années. C’est ce que nous faisons. »</p>
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<p>L’article <a href="https://www.election-presidentielle.fr/climat-et-banlieues-combattre-lecofascisme-par-lecologie-populaire/">Climat et banlieues : combattre l’écofascisme par l’écologie populaire</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.election-presidentielle.fr">ElectionPrésidentielle.fr</a>.</p>
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